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Neurosciences, numérique et mutations politiques

Les Francas, L’Harmattan, 2019

1er avril 2020

Tout comme les précédents, cet ouvrage est le fruit d’un travail collaboratif qui s’inspire des réflexions et des analyses d’un collectif pluridisciplinaire de scientifiques reconnus, dont la volonté est d’engager réflexion et débat. Construit sur la base de trois entrées thématiques, il nous invite à poser notre regard dans un rétroviseur mais surtout sur une loupe, dans le but d’observer les mutations sociétales et les défis éducatifs qui en découlent pour les générations de demain.

La première entrée est celle des neurosciences. Le chapitre de François Galichet, L’intelligence du futur et la question éducative, traite d’abord du déplacement de la conception de l’intelligence, celle-ci n’étant plus considérée comme une capacité unique et globale mais plutôt comme un processus beaucoup plus complexe. Il aborde aussi l’idée que les neurosciences ne révolutionnent pas l’éducation mais confirment des intuitions des « grands pédagogues et psychologues » qui prônaient les pédagogies actives fondées sur le socioconstructivisme.

Il n’est pas courant d’aborder les concepts d’identité individuelle et collective et leur interdépendance sous l’angle des neurosciences… C’est ce que fait Claude Escot en expliquant que les réseaux neuronaux constituent des outils indispensables pour donner du sens au monde qui nous entoure. De ce fait, il interroge aussi la question de leur fragilité et la nécessité d’apprendre à résister aux automatismes de pensée afin de ne pas se laisser entrainer par des impulsions et des intuitions menant bien souvent à des biais cognitifs. Organiser des espaces collectifs de débats ouverts à des groupes d’origines diverses permettrait aux individus de confronter leurs idées et de s’ouvrir à des points de vue différents.

La culture numérique, abordée de façon transversale, constitue la seconde thématique de l’ouvrage. Maurice Corond y consacre néanmoins un chapitre spécifique : Pour des postures formatrices dans une culture numérique. Il questionne l’usage que l’on fait des outils numériques en termes de bouleversement de notre rapport au temps, mais aussi du risque de perdre notre liberté individuelle et la qualité de nos relations avec les autres. Pour lui, les défis éducatifs dans ce domaine ne manquent pas, à commencer par l’indispensable vigilance à l’égard de tout ce qui se présente comme « innovant ». Le chapitre se termine avec la proposition de cinq postures à adopter.

Le troisième thème concerne les mutations politiques. Jean Bourrieau, dans son chapitre, L’éducation populaire face aux défis démocratiques, fait le constat que la démocratie se fragilise et s’affaiblit parce qu’elle est de moins en moins représentative. Il aborde également la capacité de mobilisation des réseaux sociaux et des forums mais d’après lui, ce sont de « simples juxtapositions de points de vue qui ne permettent pas le débat » constituant par là-même une illusion à la démocratie. Il conclut par la nécessité d’une éducation à la démocratie dans une démarche d’éducation populaire, impliquant une pluralité d’acteurs de l’éducation et des pouvoirs publics.

Le chapitre Penser l’engagement des jeunes comme un défi éducatif, rédigé par Valérie Becquet, et celui de Chafik Hbila, Vers des politiques de jeunesse intégrées et globales, apportent un éclairage sur les raisons pour lesquelles les jeunes générations peinent à se faire entendre et à trouver leur place en matière d’action collective. Leurs analyses font état de la nécessité à revisiter la façon dont est appréhendée la place de jeunes, dans une logique d’ambition et de projet politique.

Enfin, face aux mutations rapides en tous genres et à l’injonction de savoir s’y adapter, Olivier Douard, dans son chapitre Porter son regard vers 2050 pour repenser l’éducation, propose l’ambition d’oser un changement radical de paradigme éducatif avec méthode et rigueur, pour pouvoir réellement innover.

La conclusion de Christelle Declercq, Pour une éducation globale et continue, reprend l’ensemble des constats des différents auteurs et décline les défis que l’éducation peut être amenée à relever en termes de valeurs et de projet de société, en écho à un modèle écologique du développement humain proposé par Bronfenbrenner.

Comme annoncé dans son introduction, cet ouvrage s’intéresse aux visées de l’éducation, non pas en termes d’objectifs, mais surtout en termes de valeurs et de projet de société. La qualité d’analyse des différents contributeurs permettra sans aucun doute de favoriser la réflexion, le débat et espérons-le, la flexibilité et l’adaptabilité, dans le cadre de la formation des acteurs de l’éducation.

Bénédicte Dubois