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Recension parue dans le N° 405 de juin 2002

Manifeste pour un débat public sur l’école

Éditions La Découverte, Paris, 2002.

8 juin 2002


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La publication d’un petit ouvrage intitulé « manifeste pour un débat sur l’école » par un collectif animé par Jacques George (La Découverte, Paris, 2002, 124 pages) va probablement amener la communauté éducative et au-delà tous les gens intéressés à l’éducation à réagir. Tout au moins souhaitons-le car le propos, souvent rigoureux et appuyé sur des travaux de recherche, veut éviter de tomber dans le débat de « café du commerce » (voir page 9).
Les auteurs de ce manifeste ont « la passion de l’École » (p. 7) et souhaitent que « des débats puissent déboucher sur des propositions concrètes, et non des prises de position manichéennes stéréotypées et finalement stériles... » (p. 8).
Le premier chapitre est consacré à l’énoncé de « contradictions entre les principes invoqués et l’action quotidienne ». Ces propos courageux tenus de l’intérieur du monde de l’éducation font un peu écho à des propos déjà entendus ici ou là mais qu’il convenait de taire si l’on était du sérail. Le deuxième chapitre vise à montrer combien l’éducation a du mal à passer des paroles (mêmes officielles, le BO par exemple) aux actes. Nous avons eu l¹occasion de l¹évoquer à propos du B2i, et aussi comme les auteurs de ce document à propos des TPE. Le troisième chapitre est consacré au métier d’enseignant et essaie de montrer que si l’on considère que c’est un métier, il faut aller vers une conception professionnelle de la formation initiale et continue. Le quatrième chapitre est consacré aux savoirs et à la question des disciplines et de leur découpage, et surtout à la notion centrale de socle de compétence. Le cinquième chapitre nous permet de comprendre que tout cela est vain si les examens et plus généralement l’évaluation ne sont pas repensés. En se penchant sur la fonction de construction d¹un sens social par chacun, les auteurs posent dans le sixième chapitre la question du rôle de l’école par rapport à l’idéal démocratique. Enfin le dernier chapitre amène à se poser la question de l’éducation permanente, question qui invite à inscrire l’école dans la cité pour en faire l’école de la cité. La conclusion de cet ouvrage réinvite au débat de fond. Il appelle aussi bien les politiques que les professionnels de l’éducation à repenser le sens de l’école, pas seulement sur la forme mais vraiment sur le fond.

En ce qui concerne les TIC, deux pages retiennent notre attention, ainsi que quelques passages épars. En premier lieu, les pages 11 et 12, dans l’introduction, posent la question des nouvelles technologies. En effet en renvoyant dos à dos les protagonistes du débat sur l’intérêt des TIC à l’école, les auteurs invitent à la réflexion, l’observation et l’analyse rigoureuse des pratiques d’intégration des TIC. Même si l’on sent le malaise des auteurs sur la question des TIC, force est de constater qu’ils ont raison d’en appeler au développement de vrais travaux de recherche qui couperaient court à de trop nombreux propos d’évidence qui entachent le débat.
En effet les TIC sont un excellent exemple, un révélateur (comme on peut le constater depuis 20 ans) des errements des discours. C’est d¹ailleurs ce qui depuis longtemps entache tout discours sur une éducation aux médias. En effet comment parler de ces objets nouveaux qui envahissent le salon avant d’envahir la salle de classe. Et pourtant avec l’informatique c’était plutôt bien parti. On avait commencé en 1970, c’est-à-dire bien avant la généralisation de l’informatique dans le monde du travail et encore davantage dans la vie quotidienne et maintenant dans les foyers. Avec l’audiovisuel, les choses ont été très vite réglées, cela ne concernait pas l’école, car la télé c’est du domaine du loisir. D’ailleurs ce petit ouvrage ne fait pas allusion à l’audiovisuel ou seulement de façon annexe. Comme si les jeunes ne construisaient pas leur imaginaire social aussi à l’aide de la télé.

Plus loin dans le texte on trouvera des appels à la réflexion globale sur l’école et surtout sur les apprentissages scolaires au sein de laquelle on retrouvera ce qui fait de plus en plus sens autour des TIC en milieu éducatif : les usages au service des questions d’apprentissage.

On lira aussi un passage étonnant sur la place de la technologie dans l’enseignement, page 79 et 80, en particulier on observera un plaidoyer, dont on pourra d’ailleurs largement discuter tant il semble mettre de côté le fond même de l’enseignement actuel de la technologie.

La conclusion de cet ouvrage nous invite à un débat rigoureux. Saluons la clarté des auteurs. Ils nous invitent à accéder aux travaux de recherche avant de débattre de tout et de n’importe quoi. Il nous reste à définir une éthique de ce débat afin qu’il soit véritablement productif et qu’il permette de sortir des invectives trop souvent entendues sans arguments autres que d’autorité ou de souvenir personnel. Les spécialistes des TICE dans nos établissements sont questionnés par ce texte, souhaitons qu’aussi ils y participent.

Le Manifeste est cosigné par : Jacques George, Jacky Beillerot, Alain Berestetsky, Luc Berille, Maurice Charrier, Didier Dacunha-Castelle, Jacques Demeulier, Gilles Ferry, Claire Héber-Suffrin, Marc Héber-Suffrin, Claude Lelièvre, Gilbert Longhi, Philippe Meirieu, Nicole Mosconi, Claude Rebaud, Dominique Sénore, Georges Vigarello, Jean-Luc Villeneuve, Jean-François Vincent, Thierry Volck, Jean-Michel Zakhartchouk.
Des extraits du Manifeste se trouvent sur : http://www.multimania.com/possible/MANIDEC.html

Bruno Devauchelle, CEPEC


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