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Recension parue dans le N° 418 d’octobre 2003

Les cahiers, mémoires de vie

Ève Leleu-Galland, CNDP Collection Première école.

5 octobre 2003

Aller à l’école c’est bien vite apprendre le nom et l’usage de différents cahiers : cahier du jour ou d’essai, du soir ou de brouillon, rayures Sieyès ou larges interlignes, 32 ou 96 pages... Grands cahiers, petits cahiers habillés de protège-cahiers, identiques uniformes rouges, bleus, jaunes ou même à carreaux ! Dans ce livre qui a le format d’un grand cahier, Ève Leleu-Galland fait le point sur ces objets scolaires que sont les cahiers pour envisager des cahiers d’un genre nouveau, les cahiers de vie.
S’ils sont déjà connus et parfois utilisés par nombre d’enseignants de maternelle, les terminologies varient et les pratiques aussi : elles ne s’inscrivent pas toutes dans les mêmes registres conceptuels et ne poursuivent pas les mêmes finalités. Ce livre décrit quelques-unes de ces pratiques et, c’est un de ses mérites, en les situant conceptuellement, lève quelques ambiguïtés. Le cahier de vie n’est pas un simple cahier de liaison, ce n’est pas non plus une brochure prête à remplir telle que fournie par le commerce - dont, contrairement aux apparences, le principal destinataire est l’adulte et non l’enfant.
Pour Ève Leleu-Galland il est un « support vivant de mémoire qui conserve et présente les productions et éléments jugés dignes d’importance dans la vie de l’enfant et de l’écolier ». L’enfant y est à la fois « auteur et destinataire », « concerné en tant qu’enfant, qu’élève et que sujet » (et pas seulement l’élève de maternelle - même si son rôle à l’école élémentaire n’est qu’entrevu -). C’est un « outil de médiation qui développe une appropriation individuelle de l’écrit dans un contexte social porté par la famille et l’école ». Ainsi il est proche à la fois du journal intime et des écritures ordinaires dont l’auteur nous rappelle les fonctions, usages et quelques analyses théoriques.
En effet, ce livre apporte et mêle à la fois des références théoriques, des descriptions de pratiques, de nombreuses idées et une mise en perspective artistique. À cet égard, l’iconographie aussi est riche (on peut cependant regretter que l’on ait parfois privilégié l’esthétisme à la lisibilité notamment pour les pages de tableaux sur fond sombre).
Pour finir reprenons les propos de la préface de Philippe Lejeune (l’auteur - entre autres - du Pacte autobiographique, de Cher cahier, des Brouillons de soi et fondateur de l’APA - association pour l’autobiographie - étant tout à fait bienvenu comme préfacier) : à vous, à nous (maîtres, parents et enfants) d’inventer ce cahier, ce cahier à soi, ce cahier où l’on est chez soi et où l’on peut inviter le monde, ce cahier qu’il n’est jamais trop tôt pour commencer.

Françoise Carraud