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Éditorial du n° 560 : Urgence écologique : un défi pour l’école

Le feuilleton du bac continue

Cécile Blanchard

27 mars 2020
Début février 2020, le CRAP-Cahiers pédagogiques faisait, dans un communiqué de presse, un premier bilan, négatif, des épreuves communes de contrôle continu (E3C) et de la réforme du baccalauréat. Un avis que nous ne sommes pas seuls à partager. Tour d’horizon des derniers épisodes.

« Il semble que se soit instituée une confusion entre la logique de la certification (baccalauréat) et la logique de la formation (notes “balise”), qui devrait être au cœur de la réforme : le poids (effectif ou présumé) des épreuves (E3C) déséquilibre l’ensemble, au détriment de la formation (on n’est pas sorti de la notation sanction).  » La phrase, résumant ce que beaucoup ont dit ou écrit, est de l’Inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche (ex-IGEN et IGAENR), dans une note de la Mission de suivi et d’observation de la mise en œuvre de la réforme du lycée général et technologique datée de janvier 2020 et publiée par le Café pédagogique [1].

Le CRAP-Cahiers pédagogiques ne disait pas autre chose début février dans son communiqué de presse [2] : «  Faute d’avoir pu ou su choisir entre contrôle continu et contrôle terminal, la réforme actuelle du baccalauréat accumule les aspects négatifs, […] ces épreuves […] imposent un bachotage permanent, tout au long des deux années de 1re et terminale.  »

Si l’Inspection générale relève «  une appréciation souvent positive de la réforme  » chez les élèves et leurs parents, elle souligne néanmoins que «  les avis sont très contrastés sur les E3C  ». Les parents en pointent la «  complexité excessive  », les élèves se disent «  constamment sous la pression de l’évaluation  » et les chefs d’établissement relèvent «  qu’on affirme simplifier le bac alors qu’il se complexifie, générant pour l’institution un surcout énorme pour un rendement faible  ».

Pour l’association Éducation & Devenir, qui a publié un texte de propositions [3] début mars, il fallait réformer et « alléger  » le baccalauréat, qui «  n’en pouvait plus d’agoniser chaque nouvelle année un peu plus  ». Mais Éducation & Devenir décrit la communauté scolaire comme prise entre «  des injonctions contradictoires dont elle ne peut venir à bout  » : l’injonction ministérielle et «  la réalité de son terrain qui ne lui permet pas de proposer à ses élèves des évaluations pertinentes correspondant à leur propre progression  ».

Des propositions

Pour sortir de la situation, excluant «  de revenir au baccalauréat ancien  », l’association formule des propositions dans le sens d’un «  véritable contrôle continu des deux ans du cycle terminal  ». Ainsi, «  les “40 % de contrôle continu” deviennent ainsi opérationnels à moindre cout temporel (celui des élèves, des enseignants et des personnels de direction) et émotionnel  ». Le CRAP-Cahiers pédagogiques pour sa part souhaite également faire «  la part plus belle au contrôle continu  » ainsi que des «  épreuves largement renouvelées dans leur forme comme dans leur contenu  ».

On pouvait espérer que le nouveau et déjà fameux grand oral représente un début de renouvèlement des épreuves, s’il portait sur un projet interdisciplinaire mené sur une année et reposait sur un travail de groupe, dans la continuité des TPE (travaux personnels encadrés) désormais supprimés bien qu’appréciés des élèves. Mais les modalités de l’épreuve, précisées par arrêté le 13 février, ne semblent pas devoir lui faire prendre ce chemin.

Grand oral

Cet oral durera vingt minutes avec vingt minutes de préparation, un choix que regrette le sociologue Pierre Merle, spécialiste des questions liées à l’évaluation, dans un article publié par le Café pédagogique le 2 mars dernier [4]. Il s’inquiète ainsi de ce que «  au bac, pour les oraux de rattrapage d’une durée réglementaire de dix minutes, beaucoup d’exposés ne dépassent pas les trois à quatre minutes. Les correcteurs, même en multipliant les questions, ont souvent des difficultés à respecter le temps prescrit.  »

Au-delà, les deux questions que devront préparer les élèves porteront chacune sur un seul enseignement de spécialité, et risquent fort de ressembler plutôt à du bachotage sur une question de cours qu’à un projet vraiment personnel de l’élève.

Pierre Merle pointe surtout le «  paradoxe stupéfiant  » du coefficient élevé de l’épreuve, «  alors même que la réforme du lycée n’a prévu aucune heure spécifique pour préparer les élèves  ». Ainsi, «  plutôt que de dépenser un demi-million d’heures supplémentaires à évaluer les lycéens, n’aurait-il pas été plus éducatif d’utiliser ce volume horaire à les former ?  ».

«  Lorsque le ministre affirme que le grand oral va “compenser les inégalités entre élèves en préparant tout le monde à la réussite de l’examen” alors même qu’il n’accorde pas aux professeurs les moyens de compenser celles-ci, il contribue à accroitre les inégalités qu’il souhaite réduire.  » Pour Pierre Merle, «  le grand oral du bac revient à donner plus à ceux qui ont plus et, finalement, à transformer des inégalités sociales en inégalités scolaires  ».

Évolutions

De son côté, le Comité de suivi de la réforme a rendu un avis le 11 mars dernier, dans lequel il recommandait que les E3C aient lieu sur des demi-journées banalisées. Le ministre a annoncé le lendemain [5] au contraire une «  simplification des modalités de passation plus en adéquation avec des épreuves qui relèvent du contrôle continu et doivent à ce titre s’insérer dans l’emploi du temps normal des élèves  », ce qui renforce plutôt leur dimension de contrôle continu. Et le calendrier de ces mêmes E3C est assoupli, celles-ci pouvant désormais «  se dérouler, au choix des établissements, à partir du 20 avril, comme initialement annoncé, et jusqu’à la fin du mois de juin  ».

Le comité recommandait également au ministre d’ouvrir une nouvelle réflexion sur l’évaluation globale du bac. Celui-ci a répondu, dans un courrier aux membres du comité le 12 mars également : «  S’agissant d’évolutions plus substantielles, telles qu’évoquées au cours de vos travaux, des considérations d’équité ainsi que le respect des informations données aux élèves et à leurs familles empêchent de modifier les règles au cours de l’année.  »

Nous bouclons ce numéro le 13 mars, au lendemain de l’annonce par le Président de la République de la fermeture des toutes les écoles, tous les collèges et tous les lycées de France «  jusqu’à nouvel ordre  ». On terminera donc par cette question : que sera-t-il possible de mettre en place pour que cette génération d’élèves de Première ne soit pas plus malmenée encore ?

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