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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Le chant des projets

Leslie Lamothe

2 novembre 2018

Les chorales ont retrouvé leur cote d’antan en alliant le chant et le collectif. Elles ont trouvé aussi un nouveau souffle dans les pratiques pédagogiques. Leslie Lamothe, enseignante en éducation musicale et chant choral en Charente, nous raconte comment, à la faveur d’un soutien de la collectivité locale et de ressources fournies par les Francofolies, la chorale qu’elle anime est devenue un lieu d’ouverture culturelle.


Elle a grandi à Mont-de-Marsan dans les Landes, un coin de France où les harmonies, les associations musicales fleurissent et ambiancent de façon joyeuse la vie locale. Elle apprend la clarinette, se passionne pour la musique, la place sur la portée de ses vocations, veut en faire son métier. Elle ne songe pas à l’enseignement lorsqu’elle rejoint le Conservatoire de Bordeaux et suit un cursus de musicologie à l’Université.

L’envie vient plus tard, de retour dans les Landes, lorsqu’elle donne des cours de clarinette et de solfège en même temps qu’elle effectue des vacations en collège. Elle passe alors le CAPES en candidate libre via le CNED. « Les vacations ont eu un rôle très formateur en travaillant avec des gens que je côtoyais depuis l’enfance. » Elle effectue sa première année de titulaire en région parisienne, exerce un an en Corrèze, puis arrive il y a six ans en Charente où elle enseigne dans plusieurs collèges, dont Alfred-de-Vigny à Coteaux du Blanzacais. « Depuis que j’y suis, je me suis mise au chant lyrique et au jazz. J’ai toujours besoin d’apprendre, c’est très nourrissant pour enseigner. Pour moi, il faut continuer à être musicien pour enseigner la musique.  »

La chorale du collège existait sous forme d’atelier. Depuis la rentrée, elle fait l’objet d’un enseignement facultatif d’une heure par semaine. Chaque année, un projet est monté avec d’autres collègues, avec à la clé du travail en commun et des rencontres entre les chorales.

Un projet de folie

À la fin de l’année scolaire 2017, elle échange avec le directeur du conservatoire de Barbezieux, Bernard Horreaux, qui lui parle des dispositifs pédagogiques mis à disposition par Francos Éduc, émanation du festival des Francofolies orientée vers l’éducation. Elle connaît déjà la structure, découverte lors de formations. Elle y a aussi suivi un stage de trois jours pris en charge par le rectorat, en compagnie d’autres enseignants, au cours duquel elle a pu travailler avec des artistes. « Un vrai bol d’air frais. On parle de la musique, de pédagogie, mais aussi de culture et des liens possibles avec l’enseignement du français par exemple. »

Les « Enfants de la zique » existent depuis vingt ans, créés sous l’impulsion de Jean-Louis Foulquier, le fondateur du festival, pour qui « la chanson est un lieu évident d’éducation artistique et culturelle ». C’est une véritable source documentaire désormais associée à Canopé pour une traduction numérique, avec un site proposant des ressources pour les enseignants. Le responsable du conservatoire propose à Leslie Lamothe et à son collègue Dominique Pierrel, du collège de Barbezieux, de se lancer dans une adaptation du projet « Ma classe chanson » dont l’idée est de travailler une thématique au travers des chansons d’un artiste. « Je ne me sentais pas de le faire toute seule. Nous sommes partis à trois collèges dont les deux dans lesquels j’enseignais. » L’initiative, à laquelle participent également les élèves du conservatoire, reçoit le soutien financier de la communauté de communes.

Cette année-là, Francos Éduc propose, via les enfants de la zique, la thématique « pouvoir et métissage », avec comme artiste de référence Bernard Lavilliers. Six de ses chansons sont adaptées et préparées pour les enseignants avec des versions playback et des partitions, y compris de chant choral, téléchargeables pour différents niveaux. Des pistes d’exploitation du thème et des textes sont également mis en ligne. Pour le projet, quatre chansons sont retenues plus sur l’angle du métissage.

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Répétition

Le corpus final est composé de dix titres avec des compléments apportés par l’enseignante mais aussi par Sophie Maurin, artiste compositrice interprète intervenant pour Francos Éduc. Les élèves du conservatoire travaillent la partie instrumentale et les arrangements pour accompagner la chorale composée de soixante collégiens provenant des trois établissements. L’artiste est présente, vient à deux reprises au cours de l’année pour prodiguer conseils, partager autour de son métier, elle échange aussi beaucoup par mail avec les enseignants. « Avec les enfants cela s’est très bien passé. C’est une artiste très sympathique et pédagogue. »

À la fin de l’année, le spectacle avec l’ensemble des instrumentistes et des choristes est représenté deux fois, à la salle des Coteaux du Blazacais et au château de Barbezieux, dans « un vrai théâtre, avec une vraie scène ». Les conditions sont celles d’un spectacle professionnel avec une excellente qualité de son et de lumières. La première partie est assurée par Sophie Maurin. « Les élèves ont été étonnants, très impressionnants car ils ont joué le jeu. Ils ont eu une journée entière de répétition et se sont donnés le soir à 300 % pour la représentation. »

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Représentation

Le bonheur et la pédagogie de projet

Cette année, elle s’est lancée dans un nouveau projet, élargi à tous les collèges du sud de la Charente et associant des enseignants de français, d’arts plastiques et un professeur-documentaliste. L’objectif est de créer un spectacle vivant autour de dix chansons sur le thème du bonheur. Pour la partie chant, 250 élèves participeront. Des saynètes sont écrites et travaillées avec des classes de 6e et de 5e. Elles seront interprétées par quelques uns. Des décors vont aussi être fabriqués. L’initiative est organisée et vécue comme une thématique transversale pour l’année entière à laquelle tous les élèves contribuent.

L’enseignante apprécie ce travail collectif avec une ambition qui grandit d’année en année, associe de plus en plus d’enseignants d’autres disciplines, de collégiens, de partenaires. Férue de pédagogie de projet, elle a déjà mené plusieurs initiatives avec des professeurs de français, sur l’écriture et l’interprétation de slams puis, une autre année, d’une comédie musicale. « Il y a une véritable fibre artistique ici avec des collègues intéressés par la musique et le théâtre. » Elle partage son enthousiasme et vérifie la vivacité des chorales au sein de l’association des professeurs d’éducation musicale et chant choral de Charente (APEMC) qui soutient l’organisation de ses différents projets.

Ouverture culturelle et dynamique locale

L’ouverture culturelle des collèges est selon elle d’importance dans un territoire composé de petites villes et villages où « les familles ne vont pas spontanément à la culture ». Les projets culturels menés par les établissements attirent les parents. Ils contribuent également à développer une dynamique locale par un travail de plus en plus soutenu avec les associations culturelles locales. À Barbezieux, le Projet éducatif et d’action culturelle propose des interventions d’artistes, des spectacles à un moindre prix pour les élèves. « L’an passé avec “Ma classe en chanson” les élèves ont rencontré des enfants qui pratiquent la musique. Ils découvrent ce qu’il se passe à côté de chez eux. Cela leur ouvre des horizons en leur amenant ce qu’ils ne trouvent pas d’emblée sur le territoire. »

Pour elle, la chorale dépasse la simple interprétation de chansons. Par sa dimension collective, où chacun peut trouver sa place, elle est un lieu d’expression, de réussite, de révélation de compétences tues ou cachées, comme le permet aussi le théâtre. Elle a vu sur le visage de ses élèves fleurir de grands sourires en se rendant compte du beau travail accompli, elle a vu leurs parents sourire en retour de fierté. Elle attribue cet effet positif à la pratique artistique collective, à la production d’un spectacle mais pas seulement. Elle met en avant la pédagogie de projet, celle qui fait d’une initiative un fil rouge pour l’année entre plusieurs disciplines. « Je saute à pieds joints dans la pédagogie de projet. C’est vraiment là que je veux aller, plus que de rester enfermée dans la classe. » Elle sait que la qualité du résultat produit compte beaucoup.

Pour « ma classe en chanson », elle souligne la qualité des ressources et de l’accompagnement artistique de Francos Éduc, la scène et les moyens techniques mis à disposition par la communauté de communes. Elle en retient une fiabilité qui donne des ailes créatives à tous, et une folle envie de poursuivre les projets sur le flot des chansons.

Monique Royer


Pour en savoir plus :
Plateforme des Enfants de la Zique
Ressource Bernard Lavilliers
Vidéo du projet

Sur la librairie

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