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Morale laïque : pourquoi, comment faire ?

Laurence Loeffel : "Au bénéfice des élèves, du climat de la classe et des apprentissages"

12 mai 2013

Le rapport : « Pour un enseignement laïque de la morale » a été remis au le 22 avril au Ministre de l’éducation Nationale. Laurence Loeffel, l’un des trois auteurs, apporte des précisions et montre des points sur lesquels s’appuyer pour la mise en place. Par exemple, il s’agit bien de réfléchir, de délibérer, mais d’agir aussi.


Quelles sont les orientations essentielles de votre rapport ?

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La mission a pris acte du lien intrinsèque entre morale et éducation : il n’y a pas d’éducation sans morale, sans valeurs qui sous-tendent le geste éducatif. L’un des objectifs d’un enseignement de morale à l’école serait de redonner des couleurs à ce lien, de le rendre plus explicite. Une deuxième orientation est de restaurer la dimension morale des valeurs civiques républicaines et démocratiques et de permettre ainsi une réarticulation du moral et du civique, de la personne et du citoyen. Les progrès de l’individualisme, la pluralisation des valeurs et des croyances a eu pour conséquence un divorce entre les valeurs personnelles et les valeurs citoyennes ce qui complexifie l’adhésion aux valeurs communes, non seulement pour les élèves, mais parfois aussi pour les enseignants. Nous touchons là un point critique : la manière dont chacun se relie au commun aujourd’hui, dans le cadre pluraliste qui est celui des démocraties contemporaines. C’est pourquoi le rapport propose l’objectif de « faire communauté ».

Vous parlez d’avoir pour objectif l’engagement des élèves dans la communauté scolaire. Qu’entendez-vous par là ?

Le périmètre de la morale ne se définit pas seulement par la réflexion ou la délibération, mais aussi par l’action. On peut toujours avoir les meilleurs principes moraux possible… Tant qu’on ne les traduit pas en actes, ils demeurent lettre morte. L’action est l’épreuve de la morale ; c’est pourquoi le rapport soutient le principe d’un engagement des élèves dans la communauté scolaire et au nom de la communauté scolaire, par des actions de solidarité, une certaine liberté d’initiative laissée aux élèves dans l’organisation de projets qui engagent leur établissement ; mais il importe surtout que l’école valorise cet engagement.

Vous citez explicitement comme méthode la discussion à visée philosophique, à laquelle nous sommes attachés. De votre point de vue, en quoi peut-elle être utile dans une éducation laïque à la morale ?

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Discussion à visée philosophique dans la classe de Stéphanie Fontdecaba

Le rapport mentionne la discussion à visée philosophique comme une méthode parmi d’autres. S’il insiste sur l’importance de la méthode dans l’enseignement de la morale, il souligne aussi l’intérêt d’un « éclectisme de bon aloi » dans ce domaine. En Belgique où la morale figure dans les cursus depuis les années 1950, la discussion à visée philosophique figure comme ressource méthodologique à côté de la méthode des dilemmes moraux et de celle de la clarification des valeurs. La discussion à visée philosophique, si elle est bien menée, c’est-à-dire préparée en amont et soutenue par une réflexion méthodologique (je veux dire par là, non pas utilisée comme une recette) présente un grand intérêt pour initier les élèves au raisonnement moral et les amener à réfléchir de manière critique.

Auriez-vous un conseil, une précision, à donner aux enseignants qui seront en charge de la mise en place ?

Qu’ils y croient ! Quand ça marche, c’est tout bénéfice pour les élèves, pour le climat de la classe et pour les apprentissages !

Voir en ligne : Le rapport "Pour un enseignement de la morale laïque"

Michel Tozzi, spécialiste des nouvelles pratiques philosophiques à l’école et dans la cité, nous a donné son avis sur ce rapport.

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Michel Tozzi, vous avez, avec d’autres, beaucoup contribué à développer les pratiques "à visée philosophique" dans les classes. Pouvez-vous nous citer trois points à remarquer dans le rapport présenté par Rémy Schwartz, Laurence Loeffel et Alain Bergounioux, rapporteurs de la mission de réflexion sur l’enseignement de la morale laïque à l’École ?

Michel Tozzi : le rapport contient des orientations sur le développement du jugement moral et de la discussion qui vont pleinement selon moi dans le sens de ce que nous proposons depuis longtemps.

  • Le rapport recommande « l’abandon du travail par maxime au profit d’une démarche d’apprentissage méthodique et régulière à partir de supports diversifiés, textes littéraires, contes, documents, images, films, situations de la vie quotidienne  ».
  • L’enseignement de la morale doit former le jugement moral, c’est-à-dire la capacité des élèves d’apprécier et de discuter les jugements moraux… Un objectif de formation du jugement moral privilégiera des situations construites autour de dilemmes moraux. Elles présentent plusieurs intérêts : elles font entrer les élèves dans des pratiques langagières comme le débat ou la discussion qui requièrent en eux-mêmes des qualités morales comme l’écoute, le respect et la reconnaissance de la parole d’autrui. (…) Les élèves sont ainsi mis en situation d’argumenter, de justifier leurs choix, de délibérer en s’initiant à la complexité des situations ou des questions morales ». Il est expressément mentionné à cet effet l’intérêt de « la discussion à visée philosophique » (24)
  • « Outre le développement de ces capacités de délibération et de discussion, l’enseignement doit former un sujet moral capable d’agir dans la relation à l’autre : il doit donc reposer sur la coopération, la prise de responsabilité, les pratiques participatives et valoriser l’engagement des élèves dans la communauté ».

Michel Tozzi

Et puis...

Au moment de la sortie de ce rapport sur l’enseignement de la morale laïque, nous proposons de nouveaux outils pour réfléchir. Notre dernier hors-série, une compilation d’articles parus ces dernières années sur l’éducation à la citoyenneté, le droit, la laïcité, les débats et les « questions sensibles » à l’école, participera à la réflexion en cours sur une morale laïque.
D’autre part, la note du CRAP transmise à la commission nous parait toujours vitalisante. Nous la joignons.

Publication

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Faire vivre une morale laïque
Hors-série n°30 - avril 2013

Dossier coordonné par Michèle Amiel et Élisabeth Bussienne

En septembre 2012, le ministre de l’Éducation annonçait un enseignement de la morale laïque dispensé à tous les niveaux de l’école et nommait des experts pour en définir les contours. Cette compilation de textes parus depuis une vingtaine d’années dans nos colonnes n’a pas vocation à prendre directement parti dans le débat ainsi ouvert. Mais la question n’est pas neuve, tant s’en faut, et il nous a paru pertinent de proposer ces quelques regards pour alimenter la réflexion.

Ce n’est en effet pas d’aujourd’hui que la morale est bien présente à tous les niveaux de la scolarité, comme un des fondements de l’action éducative de l’école. En tant qu’enseignants et éducateurs, en nous appuyant sur des valeurs, nous travaillons sur la socialisation des élèves. Comme le montrent les textes de la partie qui ouvre ce dossier, nous sommes amenés à un moment ou un autre, volontairement ou pas, à traiter explicitement de questions morales dans différentes disciplines ou pendant les temps de vie de classe, à vivre et à faire vivre une morale dans le quotidien de l’établissement. Notre pratique professionnelle est informée par une éthique et sans que cela soit forcément formalisé, transmet des valeurs, appelle des comportements qui ont à voir avec le « juste », la « distinction du bien et du mal », les « vertus » (pour reprendre des mots utilisés par Vincent Peillon dans son annonce).

Des valeurs, et donc la morale, sont aussi au fondement du vivre ensemble. À l’inquiétude de la perte d’influence de l’école, de nombreux articles proposent des éléments de réponse, des pistes pour faire vivre les valeurs morales, construire le sens des règles de la vie collective, exercer à la responsabilité, dans la « vie scolaire » comme dans les enseignements disciplinaires.

Notre note sur la morale laïque

Extraits :

Se défaire des attentes illusoires
Il faut d’abord s’accorder sur l’objectif donné à un tel enseignement. S’il s’agit d’en faire un dispositif au service de la pacification des établissements scolaires, en pensant qu’un enseignement de la morale pourrait avoir des effets sur le degré de respect dans les relations entre élèves, ou entre élèves et adules, c’est une illusion. La vie des établissements ne se réduit pas à la somme de la moralité de chacune des personnes qui le fréquentent.

Mais favoriser le débat
La perspective d’« enseigner la morale laïque » est une invitation à définir chacun de ces termes, ce qui promet des débats utiles tant au niveau national qu’à celui des équipes pédagogiques.

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