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Droits des enfants

La parole des enfants et des jeunes

Virginie Duval

22 novembre 2019

Le réseau Ritimo inscrit son action dans le courant altermondialiste pour rechercher, expérimenter et faire connaître des alternatives qui participent à la création d’un monde plus juste, durable et respectueux des droits fondamentaux. Les 30 ans de la CIDE donnent à Virginie Duval, chargée des démarches éducatives, l’occasion de s’exprimer sur « la parole des enfants ».


Depuis la rentrée scolaire 2019, nous avons pu assister à des prises de parole fortes de celles et ceux que l’on ne considère pas encore comme « adultes ». D’abord, la voix des lycéennes et lycéens mobilisés dans des grèves scolaires pour le climat. Puis celles des étudiants en lutte contre la précarité.

Dans les deux cas, la réponse de ceux que nous présentons comme « responsables » (politiques, légaux, adultes !) a été de décrédibiliser l’expression des plus jeunes.
Lorsque Greta Thurnberg, dont les portraits sont apparus dans les manifestations lycéennes et sur les murs de Paris, est invitée à l’assemblée nationale française, plusieurs députés annoncent qu’ils boycotteront son allocution, l’accusant d’être manipulée (par des adultes), D’autres précisent qu’ils refusent d’écouter « une prophétesse en culottes courtes », « sans légitimité démocratique » [1].

Lorsque « A », 22 ans, tente de se suicider par immolation devant les services des oeuvres universitaires, les représentants du gouvernement [2] expliquent à tour de rôle qu’il ne peut en aucun cas s’agir d’ « un acte politique ». La lettre laissée par l’étudiant lyonnais aura eu beau pointer du doigt ceux qui l’auront tué en « en créant des incertitudes sur l’avenir de tous », ses amis auront eu beau dénoncer « ces institutions inhumaines, cette précarité, cette violence trop commune que l’Etat et l’Université exercent contre les étudiants dans l’indifférence générale » [3], la parole de l’étudiant n’aura pas été accueillie pour ce qu’elle est.
Dans les deux cas, les adultes auront considéré que ces mots forts, durs ne pouvaient qu’être l’expression d’enfants manipulés ou malades.

Dans les deux cas, la prise à partie des institutions aura été faite avec l’école en toile de fond : grèves scolaires du vendredi, dénonciation des conditions d’études et pratiques des institutions gestionnaires de la vie étudiante…

Si l’Ecole est le dénominateur commun, qu’est-ce que cela signifie de la place qui y est faite pour le droit à l’expression des enfants ?

Le jeu de la ficelle

L’éducation populaire a développé depuis plusieurs années une approche pédagogique qui permet d’appréhender un « système » dans sa globalité, c’est à dire qu’il s’attache à observer tous les acteurs du système donné, leurs interactions, les jeux de pouvoir entre chacun d’entre eux et les enjeux politiques. Et ainsi donner aux participants du jeu les moyens de penser les failles du système et les alternatives. Il existe une version de ce jeu autour du système « Ecole » : « les ficelles du milieu scolaire ».

Ce jeu de la ficelle a pour objectif de représenter les relations entre chacun des acteurs positionné sur trois cercles différents : au centre, l’enfant/élève ; dans le cercle immédiat, les acteurs internes à l’établissement (enseignants, mais aussi infirmiers, agents de la cantine, CPE, chefs d’établissement, documentaliste, AVS, gestionnaire, assistants d’éducation, club du lycée…) et dans le troisième cercle, tous les autres acteurs éducatifs (parents d’élèves, direction académique, association complémentaire de l’Ecole ...). L’outil permet une réflexion formidable sur le fonctionnement de l’Ecole : penser la relation des uns et des autres avec les parents, faciliter leur accueil dans l’établissement scolaire.

Pour une école libre et émancipatrice

Pourtant, lors d’une animation récente, nous avons été frappés d’observer, lors du temps de jeu de rôle, une multitude d’interactions entre personnages : un inspecteur qui envoyait des consignes, des enseignants qui s’organisaient, des parents qui demandaient des explications… Et un enfant resté seul au centre.

Si l’exemple est frappant, il ne prétend pas représenter plus que la réalité d’un jeu d’un jour. Il permet, cependant, de poser la question de la place laissée à la parole de l’enfant dans notre société. Alors que les responsables politiques réclament « plus d’engagement » des jeunes et multiplient les dispositifs qui encadrent cet engagement, sommes nous prêts, acteurs éducatifs, à entendre la parole brute des enfants ? A faciliter son émergence ?

Lors d’une journée consacrée au 30e anniversaire de la convention internationale des droits de l’Enfant, organisée par le Festival des solidarités, des jeunes de tous horizons, entre 14 et 19 ans, étaient invités à exprimer leurs revendications. En haut de la liste, on pouvait lire : « pour une école libre et éducatrice ; une éducation équitable ».

 

La démarche de l’Education populaire est celle de l’auto-formation. Le savoir se construit collectivement, à partir des expériences, toutes valables, des uns et des autres. C’est la mise en commun, la libération de la parole, qui permettra l’émancipation individuelle et collective. De nombreux outils permettant l’émergence de cette parole ont été développés et peuvent être adaptés au contexte d’intervention auprès des plus jeunes pour leur permettre l’exercice de leur droit d’expression :
  • l’organisation de conseils d’enfants/de jeunes
  • les journaux scolaires
  • la création de maison des lycéens, gérés par les jeunes eux-mêmes

Des ressources sur le site de Ritimo :
https://www.ritimo.org/Analyses-et-ressources-pedagogiques


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