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La chronique de Nipédu, n°568, L’évaluation pour apprendre

« IA IA OUILLE »

Régis Forgione, Fabien Hobart, Jean-Philippe Maitre

2 avril 2021

Le 20 janvier 2021, se tenait le forum des pratiques numériques pour l’éducation, mieux connu sous le nom d’Eidos64. Le thème en est plus qu’alléchant : « Intelligence artificielle, qui est le maitre ? » Pas d’accolades chaleureuses entre routards de l’évènementiel pédagogique, mais chacun derrière son écran pour s’accommoder encore de cette vie du pendant. Toutefois, l’organisation remarquable et la valorisation à postériori [1], qui l’est au moins autant, force le constat que le Covid interdit, mais autorise aussi. En tout cas, nous ne nous sommes pas privés de cette treizième édition, dont nous décrivons notre expérience dans notre dernier épisode #126.

Ces échanges, que nous avons eu la chance de partager avec Nicolas Le Luherne, directeur de deux ateliers Canopé (Réseau de création et d’accompagnement pédagogiques), nous ont mené, plus ou moins innocemment, à thématiser notre immersion dans l’intelligence artificielle (IA) en éducation en deux parties distinctes.

D’une part, il y a la question de son usage au sein de dispositifs pédagogiques. Comme nous le supposions ici même dans le n° 562 et comme le souffle Derek Muller, génial vidéaste de la chaine YouTube Veritasium : pas de révolution à l’horizon [2] ! Bien sûr, ne boudons pas notre plaisir. Son intégration est encore très limitée à l’école, mais les promesses pédagogiques de l’IA sont pourtant nombreuses. On soulignera néanmoins la question éthique et épineuse du pilotage de ces IA, nourries de données massivement recueillies auprès des élèves et des enseignants. Pas de craintes selon Claudio Cimelli, directeur de projets à la DNE (Direction du numérique pour l’éducation de l’Éducation nationale). À voir…

D’autre part, il y a la question de la responsabilité de notre institution quant à l’éducation des générations présentes et futures face à ces nouvelles technologies. Cet enjeu est absolument majeur pour les quelques décennies à venir. En tout cas, si l’on en croit les témoignages de Tristan Harris, Justin Rosenstein ou Guillaume Chaslot, tous anciens employés de Google, Twitter, Facebook ou YouTube. Ils tirent le signal d’alarme sur leurs propres inventions dans le génial documentaire Derrière nos écrans de fumée de Jeff Orlowski [3]. Mais, ici aussi, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

On voit bien que, dans un cas comme dans l’autre et dans un futur proche, il sera question de seuils. Les seuils fixés par les règlementations quant aux traitements de nos données et leurs usages. À ce propos, Claudio Cimelli a signalé que le développement d’un label reconnaissant les bonnes pratiques du domaine privé en éducation était en cours en France, et que son résultat guiderait des propositions soumises à l’Union européenne. On peut imaginer la teneur des conversations tendues avec les EdTech (entreprises de nouvelles technologies pour l’éducation).

Puis, pour les dispositifs pédagogiques comme pour les usages quotidiens, il y aura les seuils que tout un chacun se fixera, ou pas. Parce que, ne nous voilons pas la face, il y a de bonnes chances que les règlementations ne servent pas que nos intérêts. Que cela soit dans notre vie personnelle ou professionnelle, qu’est-on prêt à faire, non pas à l’encontre de la règle, mais en deçà de ce qu’elle autorise, alors que nos contacts, nos collègues, nos élèves, nos familles, nos amis, nos enfants décident, plus ou moins consciemment, d’en jouir pleinement ?

Alors, qui est le maitre ? Pas de fantasme dystopique ici, ce n’est pas l’IA. Mais est-ce bien nous pour autant ?

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L’évaluation pour apprendre
Sans évincer la dimension critique des débats sur l’évaluation, notre dossier sera centré sur le lien entre l’évaluation et les apprentissages du point de vue de l’élève, pour mieux comprendre en quoi ce jugement permet à l’élève d’avancer, par son effet sur sa motivation, ou sur ses connaissances et compétences.