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Recension parue dans le N° 399 de décembre 2001

Hommes et Libertés

N° 113-114, 2001, 60 F. 27, rue Jean Dolent, 75014 Paris

11 décembre 2001

La revue de la Ligue des Droits de l‘homme envisage le problème sous l’angle de la laïcité à l‘épreuve de la diversité. Car entre deux courants permanents, l’un « athée et turbulent » qui cherche à éradiquer « l’erreur », l’autre neutre, son développement n’est pas linéaire ; un troisième courant se retrouvera dans la loi de 1905 de séparation de l’Église et de l’État. « La question laïque n’est plus principalement scolaire, ni même uniquement religieuse. Il s’agit du rapport entre uniformité et diversité, entre intégration et communautés, entre homogénéisation et ségrégation, entre rationnel/scientiste et irrationnel/magique, entre individus et groupes... et de manière générale, de la frontière mouvante et en redéfinition du public et du privé », écrit J.-P. Dubois. La diversité, des hommes et des femmes, des immigrés, des fidèles d’autres religions que la religion dominante, est une pierre de touche pour la laïcité. Une épreuve ou une richesse ? Michel Tubiana, président de la LDH, est « stupéfait que certains s’interrogent sur le fait de savoir si l’Islam est compatible avec la République parce qu’il n’est pas démocratique [...] ce discours a déjà été tenu à propos de l’Église catholique » ; « toute expression de la diversité n‘est que le respect de l’égalité et de la liberté de chacun ».

Le refus par le gouvernement de la mention de « l’héritage religieux » dans la Charte des droits fondamentaux de l’Europe « serait dérisoire s’il n’avait pas a contrario la vertu de montrerclairement à quel point est fragile et toujours menacée l’idée d’une laïcité ouverte, c’est-à-dire d’une laïcité dont l’antonyme historique n’est pas religion mais cléricalisme » (J. Poujol). L’exigence d’une assimilation préalable - la renonciation à une partie de son identité - relève du refus de l’autre.

À ceux qui voient dans l’Europe une menace pour la « laïcité à la française », Jean-Paul Willaime montre que, au plan culturel et non à celui des institutions, il y a « une profonde similitude entre les pays européens pour ce qui concerne les rapports entre État-société et religions ».

Reste le problème des sectes ; pour prévenir des infractions comme celles du Temple solaire, il faut peut-être en considérer les doctrines.

L’école n’occupe ici que quelques pages : fait nouveau. Si elle a donné à Henri Pena-Ruiz, enfant d’immigrés espagnols, « une ouverture sur la culture universelle », il ajoute : « à vouloir, depuis quelques décennies d’idéologie pédagogique ravageuse, ouvrir l’école sur la vie et la régler sur la culture particulière du quartier, on génère un apartheid culturel ». Ce « différentialisme culturaliste, sous prétexte de ne pas faire violence à des enfants de milieu “différent”, a induit un appauvrissement de certaines exigences culturelles de l’école » ; on note l’extension du propos.

Un dossier à lire.

Jacques George