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L’actualité éducative du N°463 de mai 2008

Flexibilité

Par Jean Delannoy

Un mot qu’on jugerait aujourd’hui plutôt « postmoderne », que Jean Delannoy, dans ce « billet du mois » de décembre 1970, choisit comme axe d’un programme de réforme de l’école.

Sur la table des Cahiers, le hasard, ou plutôt le dévouement conjugué de correspondants qui ne se connaissent pas, réunit ce matin deux documents : l’un décrit le CE expérimental de Marly-le­Roi, l’autre la Nouvelle Abington High School North Campus, Pennsylvannie. Il n’est pas possible de ne pas être frappé par certaines convergences entre ces deux recherches ; un mot les résume : la flexibilité.
Flexibilité du groupe : il y a des moments où on peut être deux cents, des moments où il vaut mieux n’être que douze, et des moments où il faut être tout seul (ces moments-là, assez déraisonnablement, notre système les relègue en fin de journée, quand il ne reste plus grand courage).
Flexibilité de l’emploi du temps : il y a des travaux qui, surtout au second cycle, n’ont de sens que largement étalés sur plus d’une heure ; pour d’autres exercices il suffit de bien moins. À Abington, l’unité de temps scolaire est la période de vingt minutes, multipliable selon les besoins, et l’emploi du temps individualisé comporte des périodes libres que l’élève utilise à son gré : gymnase, bibliothèque, laboratoire de langues, etc.
Flexibilité du programme qui ne devrait pas être autre chose qu’un cadre souple où s’exercerait la curiosité créative des élèves. Cela suppose un tout autre outillage pédagogique que le seul manuel où la matière, comme on dit, est bien régulièrement découpée en tranches.
Flexibilité enfin des locaux (il aurait fallu commencer par là ; ce sont les architectes qui ont inventé le mot, du moins dans ce sens). Une école, ce n’est pas seulement tant de fois X m2 nécessaires à l’installation d’une classe. II y faut une vaste salle polyvalente (réunion générale, théâtre, cinéma, et peut-être sports), de grandes salles de travail individuel annexées à la bibliothèque (rien à voir avec la sinistre permanence), d’autres où on puisse réunir deux ou trois classes, d’autres enfin où un petit groupe ne se sente pas perdu.
Je repense à telle école du Québec où la manière dont les circulations sont réglées symbolise clairement la flexibilité de l’ensemble du système : une entrée sans aucune solennité, presque modeste, mène à un grand hall, abondamment garni de sièges, à partir duquel on a le choix entre de multiples directions : plans inclinés menant à de petites salles ; vaste bibliothèque, immense salle de réunion en gradins, gymnase, piscine, etc. Ajoutez à cela que, dès la fin de l’après-midi, les adultes viennent dans la maison pour y continuer leur formation personnelle. Bref, une école qui réussit à ne plus être scolaire.

Jean Delannoy