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Le livre du mois du n° 552 - Les dys dans la classe

Faire progresser tous les élèves au collège

Annie Di Martino et Anne-Marie Sanchez. L’Harmattan, 2019


Le dernier ouvrage d’Anne-Marie Sanchez et Annie Di Martino est un véritable outil de formation, et même d’autoformation, sur toutes les problématiques d’enseignement actuelles. Le titre reprend d’ailleurs l’un des enjeux majeurs de la réforme du collège : «  Faire progresser tous les élèves au collège  ».

Un outil que les auteures, formatrices elles-mêmes, ont conçu pour cet usage, comme en témoignent les encadrés en début de chapitre qui interrogent directement le lecteur sur ses représentations. «  Avant de commencer votre lecture et si vous le voulez bien, prenez un papier et un crayon et répondez à ces quelques questions.  » Comme en témoignent également les synthèses très utiles réalisées en fin de chapitre «  En résumé  » ou, à la fin de chaque grande partie, ces «  Pistes pour faire évoluer les pratiques  ». Ou encore les renvois fréquents dans l’ouvrage aux blogs des auteures, qui regorgent eux-mêmes d’idées et d’exemples de pratiques de classe.

Dès le premier chapitre, le ton est donné et les grands noms de la pédagogie sont conviés pour passer en revue les dernières recherches concernant les apprentissages des élèves. Toutes les propositions d’Anne-Marie Sanchez et Annie Di Martino, tout au long de l’ouvrage, seront d’ailleurs étayées par les recherches universitaires sur le sujet.

«  La différenciation pédagogique est davantage une philosophie qu’une méthode.  » Pourtant, les deux formatrices nous présentent de nombreux exemples concrets, issus de leurs propres disciplines mais également d’autres, sur les notions d’étayage, par exemple, ou de tâches complexes. Toutes ces activités sont finement analysées, et les auteures n’oublient pas d’en pointer les limites et même les dérives possibles, inhérentes à tout dispositif pédagogique. De nombreuses entrées dans les apprentissages sont citées : le jeu, la démarche heuristique, le numérique. La distinction est bien faite entre différenciation et personnalisation, avec des exemples donnés de plans de travail inspirés de la pédagogie Freinet. Sans oublier la nécessité de penser le désétayage en même temps que l’étayage : «  Accompagner les élèves dans leurs apprentissages nécessite que ceux-ci bénéficient s’ils en ont besoin d’aides fournies par l’enseignant. Cependant, aider les élèves, c’est faire en sorte qu’ils arrivent à se passer de notre aide.  »

La partie 2 aborde un thème cher aux auteures, à savoir la mobilisation des ressources dans la résolution de tâches complexes. Les notions de compétence et de socle commun y sont explicitées, ainsi que la question de la programmation de ce genre d’apprentissage.

La partie 3 fait la part belle à l’évaluation. À toutes les évaluations, avec des rappels judicieux sur la docimologie, la taxonomie de Bloom, les différentes formes d’évaluation, les différentes échelles évaluatives, que ce soit pour la validation des compétences ou l’évaluation des progrès des élèves. Certains exemples très précis d’échelles pour évaluer le socle commun à la fin des cycles 3 et 4 seront d’ailleurs une aide précieuse pour les équipes sur le terrain. La partie consacrée à l’autoévaluation, qui commence par cette interrogation, «  Seriez-vous prêt à passer la main à vos élèves ?  », fournit également des exemples d’outils.

La dernière partie est consacrée à la communication entre adultes, entre élèves et adultes, entre élèves. Les concepts d’empathie et d’écoute y sont clarifiés, leur lien avec la création d’un climat scolaire propice aux apprentissages y est explicité, le chemin vers une pédagogie de la confiance est ouvert.

Cet ouvrage, très synthétique et efficace, permet donc à chacun de (re)découvrir les grands enjeux éducatifs de l’école actuelle, de se mettre à la page des grandes tendances de l’enseignement, d’appréhender avec un certain outillage et plus d’apaisement les grands besoins de nos élèves en matière d’apprentissage.

Céline Walkowiak

Questions à Annie di Martino et Anne-Marie Sanchez

 

Pour quel public avez-vous imaginé cet ouvrage ?

Au départ, il y a cinq ans, nous nous inscrivions pleinement dans le contexte de la réforme du collège. Nous avons gommé cet aspect en 2017 et nous sommes résolument tournées vers un ouvrage de pédagogie générale. Comme nos exemples parlent de collège, nous l’avons laissé dans le titre. Mais c’est bien un livre pour tout enseignant, de l’élémentaire au postbac, qui a envie de faire apprendre tous ses élèves, sans en laisser dormir au fond de la classe et sans en exclure pour cause d’agitation. Vous avez peut-être remarqué les noms de nos élèves sur la couverture, nous les avons placés sur des marches d’escalier ; chacun peut progresser, c’est comme cela que nous entendons notre métier et c’est ce que nous partageons dans les formations que nous animons. C’est aussi ce que nous avons retrouvé au CRAP-Cahiers pédagogiques dont nous sommes militantes. Nous avons essayé d’être claires, pratiques, peu jargonnantes, tout en intégrant les nombreuses lectures et références que nous avons fréquentées pour écrire cet ouvrage.

Comment utiliser très concrètement votre livre sur le terrain ?

C’est une question difficile. Chaque enseignant devrait pouvoir y piocher selon ses envies, soit pour se rassurer parce qu’il se sent moins seul d’essayer telle ou telle démarche, soit pour découvrir d’autres manières de faire, soit pour assoir ses pratiques sur des recherches. Les petits tests de début de chapitre peuvent aider à choisir une entrée. On peut aussi ouvrir le livre au hasard et se faire happer par un thème qui se révèle intéressant et aller regarder sur le blog les compléments qui s’y trouvent. Le plus compliqué, c’est sans aucun doute l’adaptation aux contraintes de son propre environnement. Il faut se rappeler alors que la première fois, ça marche rarement et que c’est le moment de ne pas se décourager, mais d’analyser et de se lancer à nouveau. L’idéal serait de pouvoir travailler en équipe : faire lire l’ouvrage aux collègues, partager des envies de se lancer, puis mettre en œuvre sous leurs regards bienveillants. Nous y croyons encore ! Personnels de direstion et inspecteurs peuvent s’en emparer pour proposer des idées, des méthodes. Concrètement, le livre est en deux parties : les compléments numériques seront vraiment une aide pour les collègues. Ils sont gratuits, téléchargeables, et on peut nous contacter par le blog.

Synthétiser en 200 pages les grands enjeux éducatifs de la réforme, ce fut difficile ?

Notre parti pris est de montrer le côté systémique de l’acte d’enseignement-apprentissage et d’en aborder un maximum de facettes en appuyant les exemples par les théories issues de la recherche. À la demande de notre éditeur, nous avons diminué des deux tiers le premier manuscrit, pour en garder la substantifique moelle. Nous sommes convenues de conserver (presque) tous les chapitres envisagés. Une fois la décision prise de référencer sur le blog ce que l’on enlevait, il y a eu moins de regrets. La difficulté était de conserver le sens, tout en ne gardant que le strict nécessaire sur le fond et une illustration, parfois deux, et donc de trancher puis de relier pour que la lecture soit fluide.

Comment avez-vous travaillé en binôme sur ce manuscrit ?

Pour l’écriture, nous nous sommes réparti les chapitres selon nos préférences. Certaines parties ont vraiment été écrites à quatre mains avec des allers-retours entre nous, avec commentaires, rectifications et améliorations, jusqu’à ce que nous soyons toutes deux satisfaites. D’autres ont été rédigées indépendamment, et nous les avons complétées avec nos propres exemples et parfois d’autres références. Puis, l’une s’est chargée de la réduction à 200 pages et l’autre du blog.

Quels souvenirs gardez-vous de l’aventure de ce livre ?

Annie : Une aventure, très très longue. Cela fait plusieurs années que le livre est dans les tuyaux, et le bout du tunnel a été long à entrevoir, pour diverses raisons. J’éprouve un grand soulagement que ce soit terminé.

Anne-Marie : Le grand plaisir d’écrire à nouveau, la recherche d’un éditeur, les fausses pistes, le soulagement quand Claudine ­Blanchard-Laville a accepté le projet. Mais aussi le pensum de la réduction à 200 pages et celui de la mise en page ! Puis à nouveau un grand plaisir, celui de découvrir le livre avec les noms de nos élèves. Une aventure à rebondissements. Le plus facile a été d’écrire, quand j’y repense.

Propos recueillis par Céline Walkowiak

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