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Enseigner les sciences ; problèmes, débats et savoirs scientifiques en classe

Christian Orange, éditions de Boeck, collection Le point sur...Pédagogie, 2012

25 septembre 2013

Un ouvrage qui constitue un plaidoyer concret pour l’introduction du débat scientifique structuré en classe, lequel s’avère incontournable à une approche par problématisation. Un avantage de l’approche proposée, parmi d’autres et pour peu que la question initiale soit judicieusement choisie, est que les élèves s’approprient le problème et construisent eux-mêmes le savoir raisonné qui y est lié, en y intégrant de facto une analyse critique.


Si aujourd’hui, l’approche par compétences, l’ancrage de l’enseignement des sciences sur la vie quotidienne et la démarche d’investigation constituent des approches particulièrement développées, elles n’ont pas, ou pas encore, permis de modifier le comportement des jeunes face aux sciences (désintérêt, chute des effectifs, résultats moyens aux évaluations,…). Il est dès lors toujours d’actualité de s’interroger sur la nature des savoirs scientifiques scolaires de manière à cerner les compétences attendues des élèves et de mettre au point des approches leur permettant de les acquérir. Dans ce livre, Christian Orange propose une approche par problématisation, en s’appuyant sur des recherches portant sur les relations entre savoirs, problèmes et débats dans les apprentissages scientifiques.

A partir d’une étude de cas concrète, la première partie, centrée sur les savoirs et les problèmes scientifiques en classe, met en évidence l’intérêt de travailler sur la problématisation, en faisant travailler une question scientifique par la classe. L’auteur montre dans ce cadre l’importance du choix de la question de départ pour faire émerger le problème et avancer vers les savoirs en construction. Après avoir explicité les caractéristiques d’un problème scientifique, il précise comment s’articulent les trois registres de l’activité scientifique qui seront activés : le registre empirique, correspondant au monde des observations et des expériences, le registre des modèles décrit comme le monde des idées explicatives imaginées et enfin le registre explicatif qui structure les explications des élèves. Pour amener des connaissances des élèves aux savoirs visés, Christian Orange met en garde contre une vision purement empiriste de la science selon laquelle on pourrait balayer les conceptions des élèves par quelques observations et explications. Il insiste plutôt sur la nécessité d’un apprentissage par changement conceptuel, les apprentissages visés correspondant dans ce cas au passage d’une conception à l’autre.

A partir du même exemple clair, il met ensuite en avant une caractéristique essentielle du savoir scientifique : son caractère de nécessité (« ce sont les nécessités qui font qu’un savoir est scientifique et le distinguent d’une opinion »). Il insiste sur le rôle fondamental que constitue le débat pour faire émerger ces nécessités, qui ne sont autres que les conditions de possibilité des solutions. Selon lui, la mise en lumière de ces dernières résulte de la combinaison de plusieurs références, émergeant de manière explicite ou non au cours du débat, mais pas d’observations empiriques seules. Ce travail de délimitation des possibles et impossibles, qui fait émerger des nécessités, constitue en fait la construction du problème ou problématisation. C’est ce qui permet aux élèves de construire peu à peu un savoir raisonné. Dès lors, le problème n’apparaît plus comme une simple manière de produire un savoir mais en fait partie intégrante.

Une telle construction fait apparaître toute l’importance du travail argumentatif et du débat en classe puisque c’est de la discussion des arguments, au sein de la classe et avec l’ensemble de celle-ci, qu’émergeront les nécessités et, partant, les savoirs raisonnés. L’ouvrage aborde ensuite le fonctionnement des débats scientifiques portant sur la recherche d’explications et la construction de modèles explicatifs. Le débat argumentatif est décodé, avec ses trois rôles : production de thèses, production d’objections et production d’énoncé. C’est le rôle de tiers que souhaite mettre en évidence Christian Orange dans le cadre de la problématisation. Ce rôle peut prendre plusieurs formes dont celle de doute critique ou d’énoncé d’un état de la question, permettant d’aller jusqu’à la formulation du problème construit. Il est essentiel au bon déroulement d’un débat basé sur une dynamique argumentative.

La dernière partie de l’ouvrage insiste sur la nécessité de la mise en texte des argumentations et, partant, de la construction d’un texte de savoir raisonné. Christian Orange propose le recours à l’utilisation d’un tableau des nécessités telles que formulées par les élèves, comprenant d’une part les nécessités et d’autre part les éléments des modèles explicatifs proposés. Cette présentation a plus de chances d’être appropriée directement par les élèves puisqu’un tel « texte » est leur. Il est toutefois important de veiller à permettre une abstraction et une généralisation des nécessités en les mettant à l’œuvre sur d’autres cas.

En fin d’ouvrage, Christian Orange précise à juste titre que l’approche par problématisation et mise en texte de savoirs problématisés prend du temps et ne peut être exploitée pour tous les savoirs. L’enseignant doit donc faire des choix.

En conclusion, cet ouvrage constitue un plaidoyer concret pour l’introduction du débat scientifique structuré en classe, lequel s’avère incontournable à une approche par problématisation. Un avantage de l’approche proposée, parmi d’autres et pour peu que la question initiale soit judicieusement choisie, est que les élèves s’approprient le problème et construisent eux-mêmes le savoir raisonné qui y est lié, en y intégrant de facto une analyse critique.

Cécile Moucheron