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Recension parue dans le N° 407 d’octobre 2002

Élèves, professeurs, savoirs, l’art de la rencontre

Marc Édouard, préface de Albert Jacquard, collection Repères pour agir : dispositifs, CRDP d’Amiens et CRAP, 2001.

5 octobre 2002


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Prenez garde à la douceur du titre : l’Art de la rencontre n’est pas un traité esthétique sur la relation pédagogique ! Marc Édouard, formateur en relations humaines, nous convie à venir visiter le chantier d’une école de vie où des règles d’hygiène relationnelle seraient élaborées entre la communauté éducative et les élèves. Les sympathisants d’Albert Jacquard et de Jacques Salomé ne seront pas surpris de les lire en introduction de l’ouvrage, le premier rappelant la nécessité pour l’homme de se définir afin d’accéder à une conscience claire de ses responsabilités, le second appelant le peuple de l’école à faire l’apprentissage de la communication à l’école pour rassembler les individus sur un projet d’affirmation de valeurs, d’engagement, de rigueur et de cohérence.

Marc Édouard nous propose d’abord de franchir le seuil d’une école de la rencontre coconstruite. En filant la métaphore du bâti, ses propositions se déclinent selon trois axes, poser les fondations, construire la maison et habiter la maison. Les outils qui sont alors mis à notre disposition sont précis, concrets et leur mise en œuvre fait l’objet de témoignages de pratiques. Ainsi pour fonder la loi définie comme un préalable à l’amour, à la liberté, une charte de vie relationnelle peut contribuer à mettre en commun la parole des élèves et des enseignants au collège. Le dispositif proposé vise à définir pour chacun ses apports, ses attentes, ses zones d’intolérance pour une considération réciproque. Il permet de clarifier les besoins à prendre en compte et d’envisager la réalisation possible de désirs. Les outils ici élaborés résultent d’une dialectique dynamique, toujours en construction. On comprendra que le propos de Marc Édouard est de travailler une implication continue dans la relation pédagogique.

Pour soutenir cette exigence, l’auteur s’intéresse au pouvoir de se dire et d’être entendu par le développement de quatre attitudes : dire/se dire- écouter-entendre-ne pas se dire. Il fait clairement appel aux adultes et à leurs compétences : témoin, présent, accueillant, silencieux, à proximité, à l’écoute pour surmonter l’obstacle principal de la peur. Parmi de nombreuses propositions de démarches, on retiendra le dispositif issu de la commission Nelson Mandela appelé « Vérité et réconciliation » qui a pour but de faire exister une parole possible entre agresseurs et agressés ainsi que le travail sur les registres d’écoute qui différencient l’écoute du réalisme, celle de l’imaginaire et celle du symbolique.

Les fondations une fois posées, vient le temps de la construction qui repose sur des équilibres subtils. Face à une relation du jeune basée sur donner-recevoir-demander-refuser, les adultes travaillent l’axe de l’offrir- accueillir-proposer-s’affirmer. L’exemple du refus montre le changement de regard qui est à opérer : il s’agit de rechercher l’affirmation du jeune dans son refus, d’accompagner une capacité à choisir car « il ne s’agit pas d’apprendre aux élèves à obéir mais à intégrer la loi », de faire l’apprentissage du non. Un autre dépassement nous attend qui est de se servir du pouvoir de la confrontation par un processus de contrôle de la relation : confirmer la position de l’autre, affirmation de son propre point de vue et mise en évidence des différences et des points communs. Où l’on voit qu’il ne suffit pas de poser une pierre sur une autre mais de bien vérifier l’adéquation des formes et leur nécessaire séparation. Ainsi, il convient d’être attentif à la juste distance que supposent de telles capacités relationnelles par l’observation d’une proximité ajustée en repérant ce qui relève de la zone intime, personnelle, sociale et publique. Mais rien ne saurait tenir sans l’attention aux valeurs : un outil symbolique d’arbre de motivation permet de revisiter ce qui fait l’engagement pédagogique et éducatif des enseignants, la passion du métier, l’énergie de la recherche, la valorisation des compétences, la richesse du savoir. Marc Édouard nous invite aussi à réfléchir à la dimension symbolique des espaces et propose sur le modèle des états séparateurs imaginés par... Walt Disney, de faire en sorte qu’il y ait un lieu pour la rencontre, un lieu pour la sanction et un lieu pour la critique avec les élèves plutôt que de rester sur un espace unique où toutes les modalités relationnelles tendent à être confondues.

On peut penser qu’alors le plus difficile est fait et qu’il ne reste plus qu’à habiter la maison. À ce stade, il semble que l’auteur ne nous apprenne rien de nouveau : accompagner le jeune dans son désir, travailler à partir d’un projet commun, passer de l’imaginaire à la réalité, faire le choix de l’émulation contre la compétition. Pourtant, nourri par les deux premières étapes, chacun ne pourra plus faire l’impasse d’un apprentissage de la relation à soi qui interroge son rapport à l’autre, à sa propre histoire, à sa famille, au monde et au sacré. Pour y parvenir, Marc Édouard propose de prendre soin de son temps, de son estime, de bien respirer, de se relaxer. C’est à ce prix que l’on pourra faire face à des questions difficiles comme l’évaluation, l’élitisme, l’excès d’abstraction et de formalisation, les rythmes arbitraires ou la pression scolaire.

Il est rassurant et prometteur de mettre à la disposition du collège un tel ouvrage, car il est désormais impossible de dire qu’on ne savait pas quoi faire ou comment faire. L’école primaire et le lycée peuvent tout autant s’y référer.

Avec ce livre, passons aux actes.

Kristel Godefroy


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