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N°392 : L’enseignement aux USA, coordonné par Colette Crémieux et Hélène Roujansky

École américaine repoussoir ou possible modèle ?

Editorial


Le système d’enseignement américain primaire et secondaire est considéré en France comme médiocre, sinon mauvais. Les sportifs et les majorettes y seraient davantage valorisés que les forts en thème. Le libéralisme gangrènerait le système d’enseignement réservant les crédits et les structures efficaces à une minorité blanche et riche. Pourtant, les jeunes Français scolarisés dans des écoles américaines et leurs parents sont le plus souvent enthousiastes.

Il est vrai qu’un rapport alarmant intitulé « une nation en danger » a dénoncé sous la présidence de Reagan la médiocrité des écoles américaines et que depuis, comme le montre Nicole Bernheim, l’éducation est au cœur du débat politique aux États-Unis. Il est vrai aussi que les parents américains demandent avant tout à l’institution scolaire de faire réussir leurs enfants tout en les épanouissant. Le bonheur à l’école !

Ce dossier souhaiterait contribuer à apporter un début de réponse à ces questions. Il ne peut s’agir que de flashes sur un système éducatif décentralisé dans ses finances et dans sa gestion, même si les particularités de chaque école se dessinent sur une toile de fond unique, révélatrice de la société américaine et de ses choix culturels et sociaux. Néanmoins, comparé au système français, le système scolaire américain a pour première caractéristique l’individualisation des parcours de chaque élève, la pléthore d’enseignements optionnels et la dualité entre un rôle d’enseignement et une fonction d’éducation sociale et civique ancrée dans chaque communauté locale.

Nous avons fait appel à des auteurs américains et français, enseignants, administrateurs, chercheurs, parents, élèves. La plupart des articles ont été écrits dans la langue maternelle des auteurs, à l’exception de deux auteurs américains qui se sont exprimés en français. Nous les en remercions.

Nous avons choisi, dans une première partie, de décrire l’école américaine dans son fonctionnement quotidien. Élèves, professeurs et parents y font part de leurs découvertes, de leurs étonnements, de leurs enthousiasmes et de leurs critiques. Peu à peu se dessine une école dont le contenu académique, l’organisation quotidienne, les relations entre les différents intervenants et la conception même de l’élève et de l’enseignement apparaissent fondamentalement différents du nôtre.

La seconde partie s’intéresse davantage au fonctionnement de ces quinze mille systèmes scolaires, à l’influence que tente d’y exercer le gouvernement fédéral et à celle que les parents y exercent effectivement. Dans leur majorité les parents choisissent l’école publique mais ils la sélectionnent autant que possible et privilégient ouvertement l’intérêt de leur enfant. Le concept français - peut-être plus théorique que réel, mais fondamental - d’une école républicaine égalitaire n’existe pas. L’inégalité est mesurée et annoncée lors d’évaluations qui envahissent le système américain, mais elle n’est pas dénoncée ; elle est acceptée comme une donnée sociale que compense, de façon mythique, la liberté laissée à chacun de se saisir d’une égalité de principe qu’il lui appartient de valoriser.

Cette acceptation ne conduit pas à la résignation et de nombreuses solutions sont proposées pour que chaque élève réussisse dans l’école au mieux de ses possibilités. Notre troisième partie présente les principales tentatives d’amélioration des résultats scolaires émanant souvent d’agences non gouvernementales, du gouvernement de Washington, des autorités locales ou des enseignants. Certains programmes visant à l’accueil des non-anglophones, des enfants handicapés, des surdoués recoupent des préoccupations que l’on retrouve en France.

Les deux systèmes éducatifs semblent danser un quadrille. Au moment où l’on doute en France du bien-fondé d’examens nationaux, on en vante les mérites aux États-Unis. Parents et enseignants américains se plaignent du bachotage mais reconnaissent que les résultats s’améliorent. Les programmes, de plus en plus axés sur la préparation aux examens, font la part moins belle aux projets d’élèves et au développement des capacités orales, autant d’orientations dites nouvelles et prometteuses en France !

Que chacun d’entre vous, lecteur, se prononce.

Colette Crémieux, Professeur honoraire d’histoire-géographie.
Hélène Roujansky, Professeur de lettres.