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Collège

Des séances vivantes sur des questions « socialement vives »

Chantal Guitton

27 janvier 2020

Une importante part du métier d’enseignant consiste à créer des situations à faire vivre aux élèves. Si la mise en situation fonctionne, les élèves jouent le « jeu », se laissent embarquer, et on peut espérer qu’ils toucheront du bout des doigts la problématique qu’on souhaite leur faire explorer. Conseils à un enseignant débutant, autour du développement durable.


Il faut d’abord une bonne préparation. Préparer un cours c’est mesurer quel chemin on souhaite faire parcourir à un enfant. C’est aussi mesurer la difficulté de ce chemin pour les uns et les autres, penser à l’élève en difficulté à qui il faut tout de même donner l’envie de relever le défi et aux meilleurs qui doivent pouvoir nourrir leur envie d’apprendre et de découvrir. C’est aussi, d’entrée, accepter que la rencontre puisse ne pas se faire pour lui, de cette façon et à ce moment-là, et que ce n’est « pas grave » car il y aura d’autres fois…

En premier lieu, il faut se préparer soi et pour cela il faut d’abord être maître de son contenu. Un conseil : ne partez pas des manuels ou des sites qui proposent des mises en situations toutes faites. Vous serez, vous enseignant, le « maître du jeu » et vous devrez emmenez vos élèves explorer leur champ de connaissances et de compétences. Il est indispensable que vous ayez vous-même déjà exploré ce champ-là et que vous y ayez trouvé du sens et de l’intérêt, que vous ayez compris vous-même où sont les difficultés, les sources d’erreur, les enjeux. Rien de pire que de lancer des enfants dans un dispositif dans lequel vous ne croyez pas. Réussir à partager avec les enfants l’idée que ce qu’on travaille n’est pas ordinaire mais « extra-ordinaire », qu’il a un rôle à jouer, que sans lui l’avancée sera moins grande, induit chez lui une motivation, une implication, le sentiment que ce qu’il fait est important, lui donne une image de soi positive et valorisante plus propice à l’apprentissage.

Se documenter

Maîtriser la notion demande à se documenter pour voir ce qui se joue sur cette thématique dans la société, quelles sont les tensions qui l’entourent, où est-ce que cela « gratte ». Le développement durable pour les collégiens se résume trop souvent à l’idée qu’il ne faut pas jeter les déchets et les trier. Et souvent, ils n’y trouvent aucun intérêt. En prenant cette question « socialement vive » là où se situe le nœud du problème dans la « vraie vie », on permet aux élèves d’entrer dans la cours des grands, avec leurs moyens peut-être, mais sans simplification vidant le contenu de son sens…

Je me demande ensuite à quoi je veux en venir à travers ce que je vais leur proposer de vivre sur le temps dont je dispose. Je sors alors des programmes et autres instructions officielles pour trouver le sens que cela a pour moi avant tout. J’ai en effet le sentiment que je ne peux amener les enfants que là où cela a du sens pour moi. Je cherche en quelque sorte le sens noble de ce que je fais avec eux. Comment ce qu’ils vont vivre leur permettra de mieux comprendre la société dans laquelle ils vivent, comment cela va leur permettre de réfléchir sur ce qui se passe autour d’eux, comment il est possible de se positionner, les inviter à avoir des regards différents des leurs, identifier chez eux ce qui compte à leurs yeux mais aussi aux yeux des autres…

Chercher l’essentiel

Cela consiste à chercher ce qui est finalement l’essentiel de ma séance, ce qui est premier et qui me donnera la possibilité d’abandonner tout ce qui ne l’est pas. Je jauge en quelque sorte ma marge de manœuvre, j’anticipe ma capacité d’abandon acceptable au regard de ce que je souhaite faire toucher aux élèves.

J’affectionne particulièrement les cartes mentales car elles permettent justement de figurer les inter-relations complexes entre les éléments qu’on veut étudier. Aucun élément en matière de santé et d’environnement ne peut être isolé du reste, il fait partie d’un tout fait d’enchevêtrements nombreux, c’est un système. Je produis donc souvent une carte mentale avec mes idées à moi sur le sujet, afin de mesurer où j’en suis moi dans mes connaissances du sujet, dans mon point de vue, dans les questions de société qui se posent à ce propos, etc. Je retourne aussi au sens premier des mots utilisés pour définir le concept (ici le développement durable).

Je fouille alors dans mon expérience personnelle, y compris dans ma vie privée, pour mesurer ce qui se joue dans la société autour de ce sujet. Je mesure par moi-même l’incidence de la découverte que je souhaite faire vivre aux élèves. Je recherche si je sais pourquoi ce sujet est une thématique socialement vive. Je fais revenir dans ma tête les critiques, les nuances, les voix dissonantes qui sont proférées autour de nous.

Inventer une situation et la jouer

Vient alors le temps où il faut inventer, ou trouver dans les nombreuses ressources disponibles, le dispositif ou les activités qui permettront de répondre à ce à quoi vous avez réfléchi et travaillé en amont. Dans ma classe de 5e, cela a pris la forme d’un débat supposé se produire au conseil municipal de la commune. Comme le développement durable est défini comme une dynamique, un nécessaire équilibre qui doit prendre en compte les quatre pôles, le social, l’environnement, l’économie et la culture, il est proposé un débat entre des personnages représentatifs de ces quatre pôles.

Et voilà les élèves invités au prochain conseil municipal, où sera discuté l’autorisation de la création d’un parc de motocross à côté du stade municipal. Techniquement, le professeur jouera le rôle du maire du village et par la même occasion gérera les prises de parole, relancera le débat, favorisera la confrontation des avis et à la fin synthétisera les arguments. Ce rôle de maire qui incombe au professeur peut être joué très simplement. Il ne s’agit pas de rester dans une posture d’enseignement ou de vouloir faire du théâtre. L’enjeu est juste de faire exister de véritables discussions comme on les aurait avec des personnes que l’on croise, de laisser du temps, d’accepter les « errances », de réajuster si nécessaire, de garder en tête que ce qui compte c’est que des arguments cohérents puissent être amenés et discutés…

Seront proposés autour de la table cinq élèves qui joueront le rôle d’un représentant d’une association de protection des oiseaux, d’un commerçant de la commune, du directeur du Parc régional, de l’association locale de motocross et d’un représentant de la société de chasse. Les élèves qui ne « jouent » pas sont répartis et positionnés derrière chacun des acteurs (sauf le professeur) en soutien.

Avant le début du débat, le groupe de soutien d’un acteur se réunit avec lui pour l’aider à trouver et noter un maximum d’arguments en faveur de sa cause. Pendant le débat, les élèves du groupe de soutien pourront soit écrire de nouveaux arguments sur un papier et le faire parvenir à l’acteur qu’ils soutiennent, soit prendre sa place et participer directement au débat. Enfin, des élèves peuvent être chargés de noter les arguments, les catégoriser dans les domaines pour les présenter à la classe plus tard et construire une trace écrite. Au début, tout le monde, même le prof, a peur, mais en laissant le temps, le jeu se met en place et souvent les élèves se « battent » pour venir jouer. Testez, ne vous mettez pas la pression et acceptez, vous et vos élèves, que débattre ça s’apprend et que la prochaine fois ce sera encore mieux !

Une autre piste possible

Sur une heure trente il est aussi possible de proposer aux élèves la mise en situation suivante. Chaque groupe de quatre élèves a un article à lire. Les articles de presse portent tous sur des dissensions entre des parties différentes à propos de l’installation sur un site d’une nouvelle infrastructure (une station d’épuration, un parc de moto cross, un aéroport, une porcherie industrielle, un gymnase à énergie neutre, etc.).

Les quatre enfants d’un groupe ont le même article et ont cinq minutes individuellement pour lire l’article. Puis chaque groupe discute durant dix minutes de ce que chacun a compris et se répartit la présentation au grand groupe, en visant une minute de parole chacun et en désignant un ordre qui ira du « moins parleur » au « plus parleur ». Le groupe qui parle se lève et va devant dans la classe pour rapporter ce qui est dit dans leur article de presse.

Chantal Guitton
Professeure de SVT en collège à Nantes

Sur la librairie

 

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