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La chronique de Nipédu, n° 563, Actualité de la métacognition

Derrière l’écran

Régis Forgione, Fabien Hobart, Jean-Philippe Maitre

25 septembre 2020

Au plus fort de la crise sanitaire du printemps passé et de la séquence scolaire dite de la «  continuité pédagogique  », beaucoup de commentateurs du monde de l’éducation ont vu dans ce chapitre inédit le grand soir du numérique éducatif. Comme si, en deux mois, les mesures de confinement avaient davantage fait pour la diffusion des technopédagogies qu’une demi-douzaine d’années à tenter de former et d’acculturer les professionnels.

De fait, dès les premiers retours en classe et notamment à la faveur d’une période hybride, entre accueil en présentiel et poursuite de l’enseignement à distance, s’est opéré un changement de perception de ce numérique éducatif, avec une radicalité que seules rendent possible la fulgurance de la crise et notre société médiatique.

Triste numérique

L’enseignement à distance était devenu, en l’espace de quelques jours, un pis-aller, une version somme toute contrainte et dégradée de l’enseignement en présentiel. Une fois encore, grands médias et réseaux sociaux nous faisaient la lénifiante démonstration d’un traitement binaire de l’information : pouce en haut, pouce en bas.

De cette publication sur TikTok où un étudiant utilise une vidéo de lui pour feindre sa présence lors d’un cours en visioconférence [1], au «  je ne veux pas d’une virtualisation du monde  » lancé par Alain Finkielkraut dans une grande matinale radiophonique [2], l’opinion ne voit plus dans l’enseignement en ligne qu’une grotesque caricature de l’école.

Certes, rien n’est plus ennuyeux qu’une interminable leçon monologuée en amphithéâtre, exception faite de cette même leçon dans sa version en ligne.

À ce propos, dans un de ses articles [3], Henri Boudreault, professeur des universités en didactique professionnelle à l’UQAM (Université du Québec à Montréal), met en garde : «  Je constate la confusion qui règne autour du concept de formation à distance et de formation en ligne. Mon humble interprétation est que le premier est une modalité et la deuxième un instrument.  » Et de poursuivre : «  On prend le moyen comme modalité et même comme méthode. Parfois, c’est ni mieux, ni pire que ce qui existait en formation en présence.  »

Si on ajoute à cette confusion l’interprétation hâtive des très nombreuses études mesurant l’impact de la crise sur les apprentissages des élèves [4], on voit poindre le risque d’un biais de confirmation pour des enseignants échaudés par un investissement inédit en temps et en énergie dans un contexte insécurisant, la dépossession forcée de la dimension animation de l’exercice du métier, le «  prof bashing  », etc.

Pourtant cet enseignement à distance, qui ne se résume pas aux visioconférences, peut être au service des élèves et de l’enseignant, pourvu qu’il intègre une stratégie pédagogique globale. D’aucuns auront contribué à développer ces modes d’action pédagogique alternatifs, à l’image des enseignants inverseurs qui, même s’ils ont décrit le confinement comme une situation très différente de ce qu’ils expérimentent au quotidien, se sont largement appuyés sur leurs stratégies d’enseignement asynchrones pour assurer la continuité pédagogique.

Aujourd’hui, la question reste donc entière : dans quelle mesure le numérique en pédagogie est-il à même d’empuissanter ou d’impuissanter une expression pédagogique ?

Régis Forgione, Fabien Hobart, Jean-Philippe Maitre


[2Sur France Inter le 19 mai : https://tinyurl.com/y3vn7oss

[3À lire ici : https://tinyurl.com/y3pgwjls

[4Écouter à ce sujet la chronique «  Recherche et téléenseignement : Pas si vite !  » dans l’épisode 119 de Nipédu : https://nipcast.com/nipedu-119-teleenseigner/

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Actualité de la métacognition
À quelles conditions la connaissance de sa propre pensée peut-elle aider à mieux apprendre ? Quelle place pour les émotions, la confiance en soi, les stéréotypes ? Le point sur les nouvelles approches métacognitives.
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