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Point de vue

Citoyenneté, autonomie : des « compétences » à conserver et à développer

Le projet de redéfinition du socle commun doit reconnaitre toute l’importance des actuels « piliers » 6 et 7. Par Céline Walkowiak et Francis Blanquart.

Les compétences 6 et 7 du socle commun sont des objets pédagogiques particulièrement délicats pour l’institution comme pour les équipes des établissements. Elles sont pourtant essentielles pour aider les élèves à trouver leurs repères à l’école, à faire des liens avec leur vie de futurs adultes et citoyens. Elles doivent donc être affirmées et même valorisées dans le travail en cours de redéfinition du socle commun.

Les piliers 6 « Les compétences sociales et civiques » et 7 « L’autonomie et l’initiative » du socle commun sont mal comprises par les enseignants, car, mis à part les items issus des programmes d’éducation civique, les autres items ne s’appuient sur aucun contenu d’apprentissage disciplinaire précis. De plus, pendant longtemps, les grilles Eduscol les concernant ont été « en cours d’élaboration », ce qui a contribué à légitimer une attitude attentiste des équipes sur le terrain. Les items transversaux qui les constituent sont validés, dans la plupart des établissements, de façon empirique, sans que les spécificités de l’évaluation par compétence, et notamment la mise en activité des élèves, soient respectées.
Et pourtant, ces deux compétences sont primordiales, d’une part pour construire la posture d’apprenant des élèves et les ouvrir au monde qui les entoure, et d’autre part pour faire entrer les équipes dans l’approche par compétences par l’axe transversal, en évitant les possibles crispations disciplinaires. La construction et l’évaluation de ces compétences concernent l’ensemble des équipes enseignantes et éducatives. Elles sont à construire sur les quatre années de la scolarité au collège, qu’il s’agisse d’une citoyenneté active, qui motive les actions des élèves, ou d’une autonomie dans les apprentissages qui leur permette de se former tout au long de leur vie.
L’interdisciplinarité, à travers la mobilisation des ressources disciplinaires qu’elle induit, est un levier intéressant pour développer cette citoyenneté et cette autonomie attendues à la fin de la classe de 3e, ainsi qu’au lycée. Bien que ces compétences soient également à construire à travers les pratiques de classe ordinaires, les équipes enseignantes peuvent entrer dans la mise en œuvre du socle commun en enclenchant une réflexion collégiale sur les enjeux de ces compétences et en croisant les contenus d’apprentissage disciplinaires pour créer des tâches complexes qui mettent les élèves en situation de mobilisation de leurs acquis.

Pour la construction des compétences civiques et sociales, trois axes nous semblent intéressants.

- La citoyenneté dans l’établissement, qui correspond aux règles, droits et devoirs du « Vivre ensemble » à l’école, englobant aussi bien le respect du règlement que du respect mutuel et de l’acceptation des différences.

- La citoyenneté dans la société et la nation, qui correspond aux items d’éducation civique que l’on trouve dans le socle commun.

- La citoyenneté dans le monde, qui vise à apprendre à l’élève à interagir avec le monde qui l’entoure, que ce soit par une éducation aux médias, par le développement de l’esprit critique et d’une réflexion autour du développement durable, qui, bien qu’associé dans le socle commun à la compétence scientifique, est cité comme piste d’apprentissage dans les grilles Eduscol pour l’item « Avoir des repères civiques » de la compétence humaniste.
Le curriculum de la compétence 6 pourrait cibler des thématiques d’apprentissage comme les discriminations, le devoir de mémoire, l’éducation aux médias, la responsabilisation des élèves en tant qu’internautes ou le développement d’un esprit écocitoyen.

En ce qui concerne la construction de l’autonomie dans les apprentissages, il est délicat de construire l’autonomie sans l’autoriser. Toutes les pédagogies actives, comme les tâches complexes, le travail de groupe ou la pédagogie de projet, y contribuent, parce qu’elles mettent l’élève dans une posture d’action et de prise de décision. Cette compétence est de plus prédictive de réussite au lycée et dans la poursuite d’études. Or, on se contente souvent de constater l’autonomie d’un élève qui réussit bien à l’école, mais on sait moins comment aider un élève en difficulté à la construire. C’est pourtant la compétence à la base de la construction de toutes les autres. Concrètement, on peut apprendre aux élèves à gérer leur travail personnel, à mener une recherche, qu’elle soit documentaire ou d’investigation, à travailler leurs compétences de communication orale et écrire, à devenir un lecteur autonome, et à mobiliser leurs acquis pour résoudre des tâches complexes. C’est toute cette autonomie qui est attendue et elle traverse les apprentissages du socle commun.

Les compétences 6 et 7 sont mal comprises par les enseignants, qui n’y voient souvent qu’un fourre-tout de connaissances, de capacités et d’attitudes, juxtaposées sans connexion évidente les unes avec les autres. Elles seraient mieux comprises si elles étaient redéfinies comme les compétences indispensables à la formation de la posture d’apprenant. En définissant le parcours d’apprentissage pour devenir un élève qui sait apprendre, on agirait directement sur le climat scolaire et sur la place de chacun dans ce lieu d’apprentissage qu’est le collège.

S’il ne devait rester que trois grands axes dans ce socle commun, cela devrait être l’histoire des arts, la démarche d’investigation et l’interaction avec le monde. Tout cela cimenté par la construction d’une posture d’apprenant qui rende autonome l’élève dans sa formation et son parcours d’apprentissage.

Céline Walkowiak et Francis Blanquart
Enseignants de lettres et de technologie en collège (Pas-de-Calais)
Adhérents du CRAP-Cahiers pédagogiques