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Hors série numérique 23 : Animer des formations - outils et dispositifs

Accueillir des enseignants débutants

Hélène Eveleigh

Quand on organise une formation pour des néo-titulaires, les contraintes organisationnelles sont fortes et bien souvent les stagiaires viennent à reculons. Réussir une telle formation engage le rapport des jeunes enseignants à la formation continue. Cela commence par l’accueil et le démarrage.

N.B. Toute ressemblance avec une recette est purement fortuite. Le lecteur-formateur est invité à varier les ingrédients, faire bon usage des épices et ne pas négliger le temps de cuisson.

À l’origine, un besoin exprimé par des formateurs : comment réussir la première journée de formation des néo-titulaires ?

L’académie de Créteil accueille chaque année 20 % des professeurs qui viennent d’être titularisés, souvent nommés sur des postes délicats ou comme TZR [titulaire sur zone de remplacement]. Un dispositif d’accompagnement a donc été mis en place il y a quelques années, d’abord à destination de ceux qui étaient nommés dans les collèges difficiles, puis étendu à tous. Il comprend des journées de formation transversales et trois ou quatre jours de formation disciplinaire qui ne doivent pas répéter ce qui a été fait lors de l’année de stage. Responsable des sessions des professeurs de lettres, je suis chargée d’organiser six sessions de trois ou quatre jours, pour une formation assurée par une dizaine de formateurs qui interviennent en binômes. Malgré les heures passées à étudier les listes de jeunes collègues pour tenter de les regrouper par zones de proximité et sur des lieux de formation contraints, nous savons que, dans chaque session, ils seront nombreux à venir de loin et qu’ils se plaindront d’être obligés de venir en formation (ils bénéficient pour cela soit de deux heures de décharge, soit du paiement d’heures supplémentaires), d’être débordés et épuisés par leurs temps de transports ; certains remarqueront qu’ils auraient dû être convoqués à telle autre session plus proche de chez eux… Oui, mais cette session a lieu le mardi, alors que le jour libéré par leur chef d’établissement pour la formation est le jeudi… Et les arrivées s’échelonneront, de 9 h à 10 h au moins. Comment lancer une journée de façon dynamique ?

Entre contraintes institutionnelles et matérielles, fatigue des uns et bonne volonté des autres, il faut tenir le double pari d’accueillir correctement ces jeunes collègues et de leur donner envie de revenir pour la deuxième journée. L’enjeu est fort : si nous réussissons, c’est peut-être leur rapport futur à la formation continue qui se joue là.

Un peu d’inventivité, des erreurs et diverses tentatives nous ont permis, en lettres, de mettre au point cet accueil du premier jour.

Les ingrédients

  • Trente stagiaires venant de collège et de lycée de deux ou trois départements de l’académie et deux formateurs, un enseignant en collège, l’autre en lycée.
  • Un programme dynamique pour le premier jour, une trame proposée pour les deux autres journées, un nécessaire recueil des besoins en didactique et en pédagogie.
  • Une carte géographique de l’académie affichée sur un grand tableau blanc ; des épingles de couleurs différentes placées à proximité.
  • Une table avec du café, des petits gâteaux ou du chocolat (parfois fournis par l’établissement d’accueil ou apportés par les formateurs…).
  • Une autre table, sur laquelle sont disposés des documents, textes variés, images, qui seront les supports d’une réflexion commune, dès lors que le groupe sera constitué.
  • Enfin, vous aurez placé sur un autre mur le programme de la journée et les thèmes proposés pour les autres journées, avec des feutres.

La réalisation

Au fur et à mesure de leur arrivée, les stagiaires seront accueillis par un café et passeront ensuite par les différents lieux, à leur gré : ils pourront ainsi réagir sur le programme proposé (et formuler des demandes), se situer dans l’académie et indiquer sur la carte géographique leur nom et leur établissement (beaucoup de néo-titulaires arrivent d’autres académies et sont un peu perdus à Créteil), découvrir les documents proposés et en faire une première lecture.

Ainsi, ceux qui sont arrivés à l’heure n’ont pas le sentiment de perdre leur temps ; ceux qui arrivent en retard parce qu’ils ont eu du mal à trouver le lieu ne se sentent pas trop culpabilisés et ceux qui sont arrivés en retard par principe (« normalement j’avais pas cours, j’aurais pu dormir… ») arriveront peut-être à l’heure la prochaine fois !

Quand le groupe atteint un nombre raisonnable, on s’installe autour des tables placées en U. Des prénoms ont déjà été échangés autour du café, on confectionne néanmoins des chevalets et l’on procède à un tour de table. Las ! Ce tour de table nous a parfois causé bien des déboires : réclamé par certains, redouté et jugé inutile par d’autres, et si long, si pesant ! Une vingtaine de jeunes professeurs trouvent enfin le lieu (le déversoir ?) pour une plainte sur les conditions de travail, de nomination, la paye, les élèves (leur analphabétisme ou leur agressivité), le manque d’accueil dans leur établissement, les réunions inutiles auxquelles ils ont déjà été convoqués, etc. Comment recueillir tout cela, répondre de façon individuelle, ne pas lasser l’ensemble du groupe, ne pas plonger avec eux dans le plus profond marasme ?

Alors, oui, un tour de table, mais dynamique, avec une consigne draconienne : donnez votre prénom, votre lieu d’exercice et vos niveaux d’enseignement, puis deux adjectifs ou deux noms qui définissent l’état dans lequel vous êtes aujourd’hui.

Les termes sont relevés et donnent une « photographie de l’état du groupe ». Résultat ? Des adjectifs variés, parmi lesquels on retrouve souvent « épuisé », mais aussi « passionné » ou « ravi ». Cette formulation évite l’épanchement (les formateurs restant attentifs à ceux qui manifestent des signes de difficulté), permet de reconnaitre que ce n’est ni tout rose ni tout gris, et l’expression d’un intérêt pour le métier est possible, malgré les problèmes rencontrés.

Sans commenter, on passe directement au programme de la journée : chacun des formateurs fait le récit d’une activité de lancement de séquence qui a permis d’accrocher les élèves et de les mettre au travail. Les supports nombreux, proposés à l’arrivée, permettront aux collègues de les adapter à leur classe. Il ne s’agit pas de donner des modèles, mais des idées : leur montrer un peu du contenu de « notre sac à malices » pédagogique et leur donner envie de s’en constituer un, car ils sont souvent craintifs et paralysés par les programmes.

L’après-midi sera consacrée à deux autres activités de ce type que nous leur ferons vivre (et que nous vivrons nous-mêmes) : une activité de découverte de livres de poésie et d’écriture d’un poème ; une activité d’entrée dans un texte de théâtre par la diction de répliques. Sans décrire les activités en question, il convient juste de préciser deux conditions de leur succès : leur caractère ludique ou original (rendant chacun actif) et leur caractère transférable dans n’importe quelle classe (en les adaptant au niveau voulu, le nombre d’élèves plus ou moins important n’étant pas un obstacle à leur réalisation). Elles sont suivies d’un rapide temps de questions et d’échanges sur cette adaptation.

La journée se clôt par un bilan écrit et le recueil des questions brulantes à aborder lors de la deuxième journée.

Hélène Eveleigh
Professeure de français et formatrice, académie de Créteil