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Recension parue dans le N° 416 de septembre 2003

À propos de la recension du livre d’Élizabeth Altschull, L’école des ego.

6 septembre 2003


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Madame Suzanne Bauer,
Dans un premier temps je voulais vous remercier d’avoir lu et commenté mon livre dans votre revue les Cahiers pédagogiques. En lisant votre article, il me semble utile d’apporter quelques précisions. J’ai vérifié la page 143 à laquelle vous renvoyez précisément pour m’assurer que mon éditeur ne s’est pas trompé. Le chiffre de « deux tiers d’une classe d’âge incapable de poursuivre des études longues » est votre façon de résumer une citation que je fais d’un instituteur de 80 ans. Vérification faite mon éditeur n’a pas oublié les guillemets. Cet instituteur est cité, non pas pour son chiffrage qui n’engage que lui (et reflète le milieu social dans lequel il enseignait alors), mais pour la façon dont il faisait de la « sélection scolaire » sans complexe dans les années soixante.
Au demeurant, étant pédagogue depuis vingt ans, je ne suis pas sûre qu’il faille présenter le fait de faire des études longues comme le seul idéal social que propose l’école. M’attribuer ainsi un chiffrage prédéterminé est une façon peu honnête de présenter mon point de vue alors que les chiffres (que je cite d’après la documentation de l’Éducation nationale ailleurs dans le livre plusieurs fois) d’enfants qui de facto font aujourd’hui des études professionnelles avoisinent plutôt les 20 %. Contrairement à vous peut-être je ne les considère pas nécessairement comme « en échec ». Un chapitre entier défend une politique qui ferait accéder les « Bacs techno » à des études supérieures. Vous avez réellement dénaturé l’argument du livre.
Dire que je combats « les pédagogies actives » - terme que je n’emploie pas une seule fois dans le livre - passe à côté du fait que j’attaque plutôt les théoriciens qui n’enseignent pas ou peu. Dans ma pratique enseignante je préfère de loin le cours dialogué, les présentations d’élèves, l’élaboration de saynètes historiques. Je m’attaque au fait de niveler les contenus au nom de meilleures « méthodes pédagogiques ». Quant à « l’enfant au centre », cette expression tient un peu du mot d’ordre de ralliement, un peu de la mode tout court, est dite ainsi par les parents qui y adhèrent. Remplacer « enfant » par « élève » ne suffit pas à reconnaître que l’élève vient à l’école pour apprendre à vivre en collectivité, à y prendre place, à perdre de son égoïsme naturel ; il n’est pas du tout au centre du système qui doit aussi œuvrer pour l’intérêt général.
Enfin l’étude citée page 79, parue dans la revue Formation et Emploi sert à démontrer qu’à milieu égal - ouvrier en l’occurrence - les enfants issus de l’immigration réussissent mieux que les enfants d’ouvriers non immigrés. Loin de confondre les deux notions, à l’instar des auteurs du rapport, je les avais combinées pour dire qu’il fallait comparer ce qui était comparable : le milieu social et non simplement l’origine « ethnique ». Je n’ai rien contre les simplifications qui sont tout l’art de la pédagogie - mais vous avez fait un raccourci abusif au point de déformer le sens de ce que j’ai écrit.
Une erreur de lecture peut s’admettre, autant de contresens faits de façon aussi systématique laissent penser que, soit vous ne savez pas lire, soit vous n’êtes pas ouvert au débat sur le fond : les Cahiers pédagogiques ne défendraient-ils pas surtout les carrières de tous les théoriciens pédagogiques dont le discours tout fait (et souvent) abscons serait indiscutable ? L’exclamation indignée qui reformule ce que les gens ont dit est une façon facile et assez malhonnête de discréditer les parents d’élèves (j’ai quatre enfants) et les enseignants en activité qui n’adhèrent pas à la phraséologie à la mode et ne diraient dès lors que « des contrevérités ». Le pamphlet est un genre libre et non un genre mineur (Qu’est-ce que le Tiers État fut un pamphlet) mais votre accusation révèle la prétention des pédagogistes (et non des pédagogues dont je suis) à avoir une autorité académique là où le bon sens, l’opinion éclairée devraient avoir droit de cité. À commencer par le droit d’être entendu.
Veuillez agréer madame l’assurance de mes meilleures salutations,

Élizabeth Altschull

Nous prenons acte des remarques d’Élizabeth Altschull. Pour ce qui est des accusations portées dans le dernier paragraphe, nous dirons simplement qu’il suffit de lire les Cahiers pédagogiques pour voir que l’allégation selon laquelle ils « défendent les carrières de tous les théoriciens pédagogiques » ne repose sur rien. Non seulement nous demeurons critiques vis-à-vis de toutes les théories, mais nos lecteurs savent que nous nous efforçons de donner la parole aux praticiens autant qu’aux penseurs patentés.

Pierre Madiot

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