Les Cahiers pédagogiques sont une revue associative qui vit de ses abonnements et ventes au numéro.
Pensez à vous abonner sur notre librairie en ligne, c’est grâce à cela que nous tenons bon !

« Un gout prononcé pour la transmission »

Comment passer de la science-fiction aux sciences et de la littérature à la radio ? Comment lutter contre la désinformation scientifique en touchant le public le plus large possible ? Entretien avec Nicolas Martin, producteur de l’émission La méthode scientifique sur France Culture.
Comment avez-vous vécu votre rapport aux sciences à l’école ? Bons souvenirs ou mauvais souvenirs ?

J’ai plutôt un très bon souvenir des cours de sciences naturelles et je me suis orienté vers un bac D, donc plutôt scientifique, mais j’avais des problèmes avec les mathématiques. J’étais dans un lycée très sélectif où le niveau était extrêmement exigeant dans cette matière, et certaines choses me paraissaient trop abstraites. J’ai quand même réussi à avoir une mention au bac et à combler mon retard en mathématiques (et par conséquent en physique).

Si je repense à ma scolarité dans les petites classes, ce qui m’a aussi amené vers les sciences, c’est ma passion pour la science-fiction. Ça me faisait lire des livres sur l’espace, le système solaire, etc.

Vous vous êtes orienté vers le professorat de lettres après avoir obtenu ce bac scientifique. Pourquoi ? Cette expérience littéraire vous est-elle utile dans l’animation d’émissions de radio ?

Après mon bac, j’avais encore un vague espoir de faire médecine, mais mon niveau en maths m’en a empêché. Et puis un professeur de français au lycée m’a ouvert à la littérature classique, et je me suis passionné pour le roman du XIXe siècle. Et commençant à enseigner tôt dans un établissement privé, j’ai eu très vite un gout prononcé pour l’enseignement, la transmission. Et c’est cela qui m’a aussi beaucoup aidé pour faire de la radio : la nécessité (et la passion) de vulgariser, de reformuler, d’opérer des synthèses pour que ce soit accessible à tout le monde. J’ai ensuite été embauché pour enseigner la radio au Centre de formation des journalistes. Et là encore, j’ai repris une autre forme d’enseignement.

Pouvez-vous présenter La méthode scientifique à ceux qui ne connaissent pas (les malheureux !), ses objectifs, son ambition ?

Cette émission a six ans d’âge, elle a pour ambition de présenter une heure de savoirs, de vulgarisation, dans une sorte d’« université populaire ». On essaie de faire en sorte que ce soit en lien avec l’actualité scientifique (avec l’émission le Journal des sciences, notamment), mais certaines émissions sont hors actualité. Notre audience n’est pas confidentielle, surtout sous la forme de podcasts (2,2 millions de téléchargements par mois), mais en audience directe, nous avons en moyenne 200 000 auditeurs.

Avez-vous des échos de son utilisation dans l’enseignement ?

Oui, nous savons qu’elle est utilisée comme ressource pédagogique en lycée ou à l’université. Un extrait d’émission a été utilisé dans un manuel scolaire. Nous avons en fait un public plutôt jeune (ce qui est d’ailleurs une caractéristique de France Culture en général au sein de Radio France), du fait de notre forte audience auprès des étudiants.

Une des grandes questions qui se pose aux gens de sciences est la lutte contre la désinformation. Vous y avez œuvré, par exemple, dans vos « chroniques du coronavirus ». Quelle est selon vous la bonne méthode à l’école ou ailleurs pour mener ce combat ?

Bien sûr que la méthode n’existe pas ! C’est une question bien complexe. De plus en plus, les personnes qui sont prises dans les filets de la désinformation sont éloignées des médias traditionnels. Comment leur tendre la main ? Il faut parler au jeune public, lui rappeler le fonctionnement pertinent des médias, et montrer qu’il y a aussi sur les réseaux sociaux de très bons vulgarisateurs comme Léo Grasset ou Florence Porcel. Le podcast est intéressant pour ça, on peut toucher des personnes qui n’écoutent plus la radio en live. On essaie nous aussi d’être très présents sur les réseaux sociaux, à travers notre fil Twitter. Et nous invitons également régulièrement des youtubeurs. C’est vraiment une affaire de pédagogie multiforme.

Vous êtes un passionné de science-fiction. En quoi celle-ci pourrait être davantage utilisée à l’école ?

J’ai voulu que la science-fiction soit présente dès le départ dans l’émission. C’est une littérature qui est encore enfermée dans des clichés, alors que le polar ou la bande dessinée ont acquis leurs lettres de noblesse. Elle pâtit encore d’une image de niche pour adolescents ou est réduite aux blockbusters du genre, alors qu’elle a une dimension politique, philosophique. Elle aborde des grandes questions avec le prisme du futur.

Avez-vous des projets particuliers pour l’émission ?

On continue à essayer d’avoir cette accessibilité-là, la plus large possible, pour des publics variés. Nous avons à la fois des auditeurs aguerris et un public, qui est simplement curieux sans s’y connaitre vraiment. Il faut trouver l’équilibre entre les deux. Remarquons, paradoxalement, que les émissions qui font la plus grosse audience sont souvent les plus pointues !

Propos recueillis par Jean-Michel Zakhartchouk
Photographie Radio-France – Christophe Abramowitz

Article paru dans le n° 577 des Cahiers pédagogiques, en vente sur notre librairie :

 

Que nous apportent les méthodes ?

Coordonné par Céline Walkowiak et Grégory Delboé
Dans quelle mesure la méthode s’impose-t-elle pour apprendre ou au contraire constitue-t-elle un obstacle voire une impasse ? Les méthodes, faut-il les transmettre ou les laisser se construire ? Et finalement, une éducation qui vise l’émancipation des sujets peut-elle se priver de méthodes ?