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L’École des Roches, une École nouvelle pour les élites

Nathalie Duval - Éditions Belin, collection histoire de l’éducation, 2009, 304 pages.

vendredi 27 novembre 2009







C’est une histoire qui pourra laisser un gout d’amertume que raconte Nathalie Duval. L’École des Roches a été fondée à la fin du XIXe siècle par un universitaire, Edmond Demolins, dans un contexte d’effervescence intellectuelle dans le domaine des sciences sociales comme celui de la pédagogie. Les projets « d’écoles nouvelles » fleurissaient dans toute l’Europe, et c’est l’année même de la fondation de l’École des Roches, en 1899, qu’Adolphe Ferrière créait le bureau international des écoles nouvelles. Contrairement à d’autres pédagogues, Demolins se situait d’emblée dans une perspective élitiste : il s’agissait avant tout de former ce qu’on appellerait plus tard des « technocrates », ou de nos jours des « manageurs », pour faire face à la concurrence des pays anglo-saxons, et l’École des Roches s’adresse dès l’origine à des milieux très favorisés, ne serait-ce qu’en pratiquant des frais d’inscription très élevés, prix de son indépendance. Mais les innovations pédagogiques étaient bien vivantes, dans le souci d’inventer une nouvelle formation, loin des canons des lycées classiques, en particulier dans l’idée d’une éducation qui englobe toute la personnalité de l’élève, au-delà de la seule transmission de connaissances. Demolins souhaitait ainsi la disparition du baccalauréat, écrivant que « ce jour-là, l’enseignement et l’éducation seront délivrés d’une lourde entrave et auront remporté une grande victoire ». Activités sportives et culturelles occupaient une large place dans l’emploi du temps des élèves, et la vie sociale était très organisée : les internes sont répartis en « maisons », dirigées par des « capitaines » garants de l’esprit de l’école.
Mais tout cela ne survivra guère aux bouleversements politiques du siècle, comme aux petites histoires des problèmes de succession. Le christianisme social des fondateurs a dérivé aux chants des sirènes de la « révolution nationale » vichyste, et on peut douter que les « patrons sociaux » qu’il s’agissait de former se distinguent particulièrement aujourd’hui dans les colonnes du Who’s Who où les « rocheux » sont nombreux. Les programmes et l’organisation pédagogique se sont peu à peu alignés sur le reste du système éducatif, loi Debré aidant, et le taux de réussite au bac est aujourd’hui l’objectif majeur de l’école. L’apprentissage de la vie en collectivité semble surtout se limiter à l’entretien d’un esprit de corps, jusqu’aux associations d’anciens élèves qui relèvent davantage de l’entre-soi, voire du renvoi d’ascenseur, que de mouvements citoyens. Innovations pédagogiques et valeurs ont décidément partie liée.

Patrice Bride


Présentation de l’ouvrage sur le site des éditions Belin
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