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revue de presse du vendredi 24 janvier

Boa - calendrier scolaire - régionalisation - Education prioritaire


Un boa peut-il grossir au point d’être en capacité de digérer un mammouth tout entier ? Question à laquelle les professeurs de SVT répondront évidemment que non. Et pourtant...

Attention, il y a un boa dans nos toilettes

On a retrouvé hier matin un boa dans les toilettes d’un collège !

Cette affaire, qui a dû sévèrement secouer les élèves et les personnels du collège Marie Curie de Tournon-sur-Rhône, occupe largement la presse d’aujourd’hui. Vous la retrouverez en détails sur les sites de 20 minutes, de FranceTVinfo, de Direct Matin, du Nouvel Observateur, de France Info (qui donne la parole au maire de la commune), ou encore du Parisien, qui nous livre pour sa part le témoignage d’un des pompiers intervenus pour extraire l’animal, manifestement placé là par un élève qui voulait faire une blaque. Blague qui au demeurant le conduira devant le conseil de discipline de l’établissement.

Attention ! C’est une affaire d’une haute importance ! Non pas la présence un peu originale de ce reptile en ce lieu (même s’il faut avouer que l’affaire n’a pas dû amuser les personnels qui ont découvert l’animal). Mais la dimension symbolique, voire métaphorique, est ici essentielle. Ce boa, c’est en effet l’incarnation idéale des maux dont souffre notre école. Il s’y est introduit furtivement, espérant surprendre ses proies en se cachant là où on l’attend le moins. Et force est de constater que de dossier en dossier, notre boa se nourrit très copieusement, et qu’il a même un potentiel de croissance tout à fait impressionnant !


Le boa se nourrit du calendrier scolaire et des réactions qu’il suscite

Les enseignants reprendront le travail à la rentrée dès la fin août, nous confirment Les Echos (l’information avait déjà paru sur Vousnousils.fr il y a quelques semaines). Le repas du vilain reptile, ici, ce n’est pas tellement l’information en tant que telle. Elle était connue, le calendrier publié par le ministère ne fait que la confirmer. Et elle n’a rien - en soi - de particulièrement scandaleux, car en matière de temps scolaire et d’organisation de l’année, le problème n’est vraiment pas dans la date de la rentrée, dont l’article nous rappelle qu’elle est "une conséquence directe du rallongement des vacances de la Toussaint". Non, le malicieux reptile se nourrit bien mieux ... dans les réactions de certains syndicats enseignants et de certaines fédérations de représentants de parents d’élèves. Pensez-donc ! Reprendre le travail au mois d’août quand on l’a quitté le 10 juillet ! C’est le sens d’une pétition lancée par un collectif de syndicats, qui explique bien qu’ils sont en désaccord sur une pré-rentrée en août mais n’expliquent pas vraiment pourquoi. Avec de tels arguments, nous ne sommes pas à la veille de voir l’image de la profession enseignante s’améliorer dans l’opinion publique. Et c’est là bien entendu un danger de "constriction" bien plus important que le simple fait de reprendre le 31 août au lieu du 1e septembre !

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Le dessin de Fabien Crégut

Chemin faisant, le boa engloutit le conseil régional d’Aquitaine

"Alain Rousset croit « au rebond des territoires »". Sous ce titre un peu patelin, le journal Sud-Ouest évoque une déclaration du président du conseil régional d’Aquitaine, à l’occasion de ses vœux, prononcés dans un lycée de la région. Une déclaration en forme de belle pâtisserie bien crémeuse pour notre serpent. Car il n’y va pas par quatre chemins, l’élu local ! Le "chef de l’exécutif régional qui a promis aux enseignants « dans moins de temps qu’on ne croit » le statut de fonctionnaire territorial. [...] Une réforme de « décentralisation totale de l’Éducation », a prédit Alain Rousset, comme un prolongement logique de la formation professionnelle dont la Région possède la compétence."
Voilà de quoi agiter sous le nez des syndicats un joli chiffon rouge, du moins tant que le ministre et les chefs de l’exécutif n’auront pas clarifié leur position à ce sujet. La "régionalisation" de l’éducation nationale est sans doute en effet un des rares sujets qui fasse (presque) l’unanimité contre lui dans les salles des professeurs. On s’étonnera donc qu’un simple élu local se permette une telle saillie, en pleine campagne électorale pour les municipales. Car de toute évidence, la campagne des candidats de la majorité vient de se compliquer singulièrement, notamment lorsqu’il faudra convaincre les enseignants. Tout autre animal aurait fait une indigestion d’un tel festin, mais gageons que notre boa, lui, saura parfaitement profiter de cette aubaine et pourra digérer son festin en toute quiétude.


Enfin, provisoirement repu, le boa retourne se mettre bien au chaud dans l’avenir de l’éducation prioritaire

C’est du moins ce que pense Emmanuel Davidenkoff sur son blog. ZEP : pourra-t-on faire du neuf avec du vieux ?, se demande-t-il, avant de démontrer que la réforme des ZEP promise par Vincent Peillon (réforme qu’il juge "sympathique") "risque de n’être qu’un cautère sur une jambe de bois, faute de penser l’école autrement". Raisonnement sur lequel nous ne pouvons que lui donner raison. Notamment lorsqu’il inverse la perspective, invitant à regarder non pas les enseignants qui veulent à tout prix quitter les ZEP, mais au contraire ceux qui ne les quitteraient à aucun prix. "A-t-on vraiment essayé de savoir si ce qui porte ces enseignants ne pouvait pas être diffusé, étendu, transmis, à ceux qui, épuisés par l’ampleur de la tâche à venir, saisissent la première occasion pour quitter l’éducation prioritaire ? Leur a-t-on, simplement, demandé ce dont ils auraient besoin, à la fois pour eux-mêmes et pour évangéliser leurs collègues ?
On y aurait probablement trouvé autre chose que de l’argent, à commencer par une philosophie du métier différente de celle qui s’exprime en "obligations de service" réduites aux heures d’enseignement stricto sensu
." Excellente remarque. De quoi empoisonner n’importe quel ovipare égaré dans les collèges de l’éducation prioritaire, et dans les autres par contagion.

Prenons garde ! Le boa retrouvé en Ardèche ne mesurait que 60 à 80 cm (les sources varient) Un jeune donc. Mais quand on ne traite pas ce genre de problème, on les fait grossir. Et nous vous laissons imaginer ce que pourrait donner pour la santé du système scolaire et de ses élèves la croissance de cette aimable bestiole, dont les sujets adultes mesurent en général 2,50 à 3 mètres. 3 à 5 fois plus de problèmes en perspective, donc, si notre boa parvenait à rester bien au chaud dans les toilettes du collège, se nourrissant de temps en temps d’un peu d’échec scolaire, d’une pincée d’élitisme et de sélection, et d’une grosse dose de passivité, de conformisme, et de réformes réprouvées par les enseignants. De quoi engloutir tout un mammouth !

Espérons donc que pour son bloc-notes de demain, Philippe Watrelot aura trouvé de quoi faire quelque peu maigrir le boa, car je ne voudrai pas que mes enfants fréquentent ces toilettes-là !

Lionel Jeanjeau


Dans la librairie du CRAP

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Quelle éducation prioritaire ?
Revue n°499 - septembre 2012

Où va l’éducation prioritaire, après les dispositifs « Ambition réussite », puis « Éclair » ? Quelles évolutions des pratiques professionnelles, dans la classe, dans l’établissement, dans le réseau ? De ces établissements trop souvent lieux de relégation sociale et scolaire, peut-on faire une école commune ?

- Le numérique à l’école Revue n°446 - octobre 2006
La confrontation de l’école avec un objet technique instable pose problème, et les promesses de bouleversements pédagogiques ne se confirment pas si simplement. Ce dossier propose un état des lieux des pratiques et des débats en cours au moment de sa parution.

- Mieux apprendre avec la coopération Revue n°505 - mai 2013
Lorsque deux enfants, deux élèves ou deux adultes coopèrent, ils apprennent au travers des échanges. En même temps, ils se construisent des valeurs humanistes telles que la solidarité, le partage, le respect. Des témoignages pédagogiques, des repères précis pour oser l’aventure, dépasser les embuches.