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revue de presse du vendredi 20 décembre

Des moyens - de la laïcité - de tout - de rien


Des moyens

C’est la grande information du jour. Le ministère a communiqué les chiffres des créations (et parfois suppressions) de postes dans les académies. Bernard l’évoquait déjà hier à propos d’un article du Monde. Beaucoup d’articles sur cette question, pour finalement assez peu d’informations.

La palme de la sobriété revient sans conteste aux Echos, qui ficellent la préparation de rentrée en cinq lignes : "Rentrée 2014 : 4341 nouveaux postes de profs en primaire et secondaire".

Les autres journaux sont un peu plus diserts. Pour l’essentiel, les efforts fournis envers les académies de région parisienne sont soulignés, préfigurant sans doute la mise en place de la priorité à l’enseignement prioritaire chère à Vincent Peillon. Selon votre humeur ou vos sensibilités, vous consulterez au choix :

Libération : "4341 nouveaux postes d’enseignants à la rentrée 2014".

Le Nouvel Observateur : "4.341 nouveaux postes de profs à la rentrée 2014".

20 minutes : "Plus de 4000 postes de profs créés à la rentrée 2014".

L’Express : "Rentrée 2014 : combien de profs en plus ... ou en moins dans votre académie ?".

Un bémol toutefois, même si certains des articles précités le laissent entendre eux aussi :

Le Café pédagogique, conforme à l’évolution éditoriale qui semble se dessiner depuis cet été, ne retient pas l’aspect positif des créations de postes, mais choisit d’en faire un angle d’attaque contre le ministère : "Postes : un recul par rapport à 2013". Curieusement, François Jarraud, feignant d’ignorer que la répartition précise des postes à l’intérieur du premier et du second degré relève de la compétence des Rectorats, dénonce le fait que "[le ministère] ne semble pas capable d’annoncer dès maintenant le fléchage des postes entre les créations en maternelle pour les moins de 3 ans, le plus de maîtres que de classe, les enseignants formateurs du secondaire, les majorations du prioritaire". Reste effectivement que le nombre sec de créations de postes est en recul par rapport à l’an dernier et que ce seul fait est sans doute de nature à inquiéter tous ceux dont le moindre signal négatif est guetté du côté de le rue de Grenelle avec une fièvre proche de l’obsession. Positiver, ce n’est pas simple.


De la laïcité

Il a été question cette semaine d’un jeu auquel nous adorons tous nous livrer : se faire peur avec la laïcité. Les démentis très fermes du gouvernement et de l’Elysée ont calmé le jeu sur le front des questions d’intégration. Mais la laïcité échappe à ce recadrage, et l’inquiétude revient à propos d’une polémique que l’on aurait cru éteinte.

Le Nouvel Observateur titre sous forme de question : "Voile : les mères bientôt autorisées à le porter en sortie scolaire ?". En cause, un probable avis du Conseil d’Etat qui devrait retoquer la circulaire Chatel de 2012 qui considère les accompagnateurs de sorties scolaires comme des auxiliaires de l’école, et les soumet donc aux mêmes règles de laïcité que les personnels. En réalité, peu de monde dans la presse semble douter de l’issue de cette question. C’est plutôt la suite donnée par le gouvernement qui interroge. Pour Le Figaro ("Les femmes voilées à l’école font débat au Conseil d’Etat"), "Si le gouvernement suivait cet avis, la circulaire de 2012 pourrait être abrogée, supprimant toute forme d’interdiction. À l’opposé, il pourrait choisir d’intégrer l’interdiction dans la loi de 2004".

Notons toutefois que Le Figaro creuse un peu plus finement ce sujet, et donne la parole à un connaisseur avisé du dossier : "Jean-Louis Auduc : une pédagogie de la laïcité s’impose". L’ancien directeur-adjoint de l’IUFM de Créteil donne notamment son sentiment sur l’avis à venir du Conseil d’Etat : "J’espère qu’elle sera en cohérence avec la circulaire de Manuel Valls publiée en oc­tobre dans le cadre de l’affaire Leonarda. Celle-ci précise que l’espace scolaire ne se limite pas à la salle de classe mais aux ­sorties, voyages et transports ainsi qu’aux activités menées dans les locaux et ­terrains où se déroulent des activités spor­tives et culturelles. Le conseil d’État ne peut pas désavouer le ministre de l’In­térieur …" A suivre.

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Le dessin de Fabien Crégut

De tout / de rien

Outre la répartition des créations de poste et les questions sur la laïcité, quelques dossiers sensibles (à des degrés d’importance fort divers et que chacun attribuera comme il l’entend), font aujourd’hui l’objet d’un article (mais d’un seul).

Vousnousils nous présente le nouveau cheval de bataille, fondamental pour l’avenir de l’Ecole, de certains syndicats plus ou moins radicaux : "rentrée des enseignants en août : protestation des syndicats". Je laisse la lecture de ce communiqué à ceux qui auront le temps de le lire.

Nettement plus important à mes yeux, l’avenir du (des) lycée(s), sur lequel se penche l’Institut Français d’Education : "Les lycées, à la croisée de tous les parcours". Un dossier très complet qui revient sur la place des lycées dans différents pays européens, et sur la double fonction qui semble partout la leur : préparer les élèves à la vie active et les préparer à la poursuite d’études supérieures. Une étude comparée qui ouvre bien des pistes de réflexion.

Le Café pédagogique revient quant à lui sur la nécessaire priorité qu’il faut (faudrait ?) donner à l’éducation prioritaire : "Prioritaire : Eric Charbonnier (OCDE) : Le système éducatif français ne doit pas accepter la fatalité !". Ne pas accepter la fatalité. Pour Eric Charbonnier cela signifie, en résumant, qu’il faut poursuivre sans défaillance les grands chantiers de la Refondation, et notamment le rééquilibrage des moyens disponibles. A la question de savoir si les réformes nécessaires peuvent être menées en 5 ans, il répond "On peut. Mais la difficulté en France c’est qu’on veut réformer l’ensemble du système d’éducation. Là la priorité c’est la réforme du prioritaire. C an e concerne que 10 à 15% des établissements. Il faut se concentrer sur cet objectif. On peut mettre des moyens sur eux. La difficulté ca va etre d’attirer des enseignants expérimentés sur ces zones."

Le mot de la fin, sur le même thème, à Philippe Riès, de Médiapart, qui dans son billet "La France "découvre" PISA ... un peu tard" ne mâche pas ses mots, c’est le moins qu’on puisse dire :

"Des coupables ? [...] s’il faut un nom, un seul, celui du « mélanchoniste » Aschieri, longtemps le vrai « boss » du système, qui coule aujourd’hui une retraite confortable et bien méritée (prise à 57 ans) au Conseil économique et social, ce coûteux (pour les contribuables) et inutile fromage de la République, caisse sur-complémentaire des bonzes syndicaux et éclopés du suffrage universel. L’homme des « moyens », qui seraient toujours « insuffisants » alors que pour des résultats aussi minables, la France dépense dans l’éducation des dizaines de milliards d’euros de plus que les pays voisins comparables."

Sur ce, c’est la trêve des confiseurs (si si ...). Je vous souhaite donc à tous, inquiets ou rassurés, déçus ou satisfaits, las ou combatifs, de très bonnes vacances, forcément bien méritées. 15 jours bénis pendant lesquels les élèves (re)deviennent des enfants, ce qui - nous n’en doutons pas - leur fera le plus grand bien.

Lionel Jeanjeau