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revue de presse du vendredi 15 novembre

SPECIALE RYTHMES SCOLAIRES


Une grève et de nouveaux soutiens aux opposants

La grève des enseignants du premier degré contre la réforme des rythmes scolaires a-t-elle été un succès ? Si on en juge à l’aune de son aura médiatique, pas vraiment. Il est très difficile de trouver des articles relatant le résultat de cette grève. La presse est bien d’avantage préoccupée à compter les forces des camps en présence... mais sans réellement descendre sur le terrain.

Le front du refus de la réforme des rythmes scolaires s’est élargi ces derniers jours, comme nous l’apprend Libération. « Le FN et l’UDI demandent l’annulation de la réforme ». Après les yeux doux faits par Marine Le Pen aux enseignants, le parti d’extrême droite se mêle donc d’éducation. Et ça décoiffe ! Car la solution au problème des rythmes, le FN, il l’a, lui ! Il suffit de rajouter deux heures de français dans toutes les classes. Et nous, nous ne rajouterons rien devant la qualité exemplaire d’une telle argumentation. Quant à l’UDI, il est de notoriété que François Bayrou fut sans doute un des rares ministres de l’Education nationale à quitter la rue de Grenelle sans y avoir perdu trop de plumes. Le positionnement de l’UDI est donc dans la logique de la faible adhésion que la réforme semble susciter chez la majorité des enseignants, sur fonds de convergence politique avec le MODEM. D’ailleurs, cette annonce est concomitante avec un des grands temps forts de la contestation, ainsi qu’avec la re-création d’un centre politique, et ce n’est sans doute pas un hasard.

Les partisans de la réforme contre-attaquent

La presse du jour - une fois n’est pas coutume - est pleine des arguments des défenseurs de la réforme. Tour d’horizon de ceux qui osent encore défendre cette réforme que tout le monde s’accordait à considérer comme vitale il y a encore 18 mois.

Le Nouvel observateur donne la parole à Christian Forestier. L’ex-président de la conférence nationale sur les rythmes scolaires n’y va pas par quatre chemins. "Un concentré de mauvaise foi et d’hypocrisie" tonne-t-il en titre de son plaidoyer. "Dans ces défilés, dans ces grèves, l’intérêt des enfants passe au second plan, c’est ce qui m’indigne le plus. Alors que tout le monde était d’accord pour abolir les quatre jours de classe hebdomadaires". et plus loin, il s’en prend à ces maires de communes riches qui mettent l’argument financier en avant "C’est vrai, le périscolaire a un cout, nous ne l’avons jamais nié. Mais c’est une question de choix politique : est-ce que les maires sont prêts à faire des enfants une vraie priorité ? Quand j’entends Bernard Brochand, le maire de Cannes, dire qu’il n’a pas les moyens de conduire cette réforme, les bras m’en tombent. Je ne sache pas que Cannes est une ville sans le sou ! Mais quels sont les choix politiques de M. Brochand ?". Exemple qu’il serait facile de reprendre dans bien des communes favorisées !

Libération donne la parole à François Testu et Georges Fotinos (un psychologue et un spécialiste des questions de climat scolaire) qui publient une tribune au vitriol intitulée "Une polémique stérile et dangereuse pour l’école". "Devant la polémique brutale et grotesque portée par une coalition hétéroclite rassemblant des organisations qui d’ordinaire s’opposent et des regroupements d’acteurs, usagers, partenaires de l’école qui privilégient l’égoïsme individuel au progrès collectif, il nous est apparu, au regard de notre expérience et des connaissances acquises sur ce sujet au cours de plusieurs décennies, comme une « ardente obligation » de remettre la raison et les faits au centre de cette tempête fortement médiatisée, voire orchestrée". Une tribune qui ne se contente pas de dénoncer, et qui propose des pistes pour sortir de ce bourbier dans lequel les enfants des milieux défavorisés sont les premières victimes.

Rue89 donne la parole à un parent, un quidam, qui « se sent gêné de trouver la réforme bonne ». Extrait : "Ma fille est en CE1 dans une petite école de village en Dordogne. Le village compte environ 330 habitants et dans cette école, deux classes d’environ 25 élèves sont ouvertes. Autant vous dire que les moyens ne sont pas extravagants.
Les activités mises en place depuis fin septembre ont lieu les mardis et vendredis de 15 heures à 16h30, le mercredi matin est désormais travaillé. Différentes activités sont proposées : pratiques sportives variées, tenue de la gazette de l’école, travail autour du recyclage des déchets...
J’ignore si la qualité des prestations est bonne et même combien cela coute, ce que je vois surtout c’est que les enfants sont bien, qu’ils aiment ce qu’ils font, qu’ils aiment être ensemble. Mais aussi que tout cela permet de découvrir des associations du territoire, de s’ouvrir sur des sujets sans être dans la contrainte d’un programme scolaire et tout cela dans le cadre de l’école.
"

Le Monde, enfin, donne la parole aux politiques. Le quotidien revient notamment sur le discours de clôture de Vincent Peillon lors du colloque organisé par la Gazette des Communes intitulé « Réforme scolaire : trouver le bon rythme ». "Les piques de Peillon aux opposants", article dans lequel on retrouve, dans la bouche du ministre, des propos assez proches de ceux que l’on a rencontré sous la plume aiguisée de Christian Forestier. Seule nuance : ce n’est pas à Cannes, mais à Marseille, que Vincent Peillon fait référence, accusant Jean-Claude Gaudin d’avoir d’ores et déjà "sacrifié l’école".
Autre politique en verve, alors qu’on l’avait connu nettement moins guerrier sur la question des rythmes scolaires : le Premier ministre, dont les propos, très clairs, tenus ce matin sur France Info, sont repris par les pages "politique" du Monde. "La réforme [des rythmes scolaires] doit être faite et sera faite" affirme Jean-Marc Ayrault. Un soutien et une combativité qui augurent assez bien, semble-t-il, de l’avenir de cette réforme. Une des rares, il faut en convenir, à permettre à l’exécutif d’afficher à la fois sa détermination et sa fermeté.

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Le dessin de Fabien Crégut

Au rythme de la lutte des classes

Enfin, le mot de la fin revient à Louise Tourret, qui dresse dans Slate.fr un état des forces en présence dans cette « lutte des classes » qu’est en réalité, aussi, le débat sur la réforme des rythmes scolaires. Dans un bel article intitulé « La lutte des classes à l’école n’aide pas la réforme des rythmes », elle joue sur la polysémie de l’expression de façon assez savoureuse : lutte des salles de classe, désormais partagées entre les enseignants et les animateurs, mais aussi (et c’est peut-être moins drôle, au fond), rivalités sourdes entre les différents intervenants de la réforme, dont les intérêts catégoriels sont souvent très loin de se rencontrer.

Bonne lecture à tous. Nous aurons le plaisir de retrouver demain le bloc notes de Philippe Watrelot qui - sauf incroyable retournement de l’actualité - devrait à un moment ou à un autre aborder la question... des rythmes scolaires !

Lionel Jeanjeau

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Dans la Librairie des Cahiers pédagogiques

La question des rythmes scolaires a trente ans.

"Les rythmes scolaires"