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Revue de presse du mardi 17 décembre

Polémiques : retour du voile à l’école (mais non) - polémiqueur (un pro) - éducation au numérique (ou pas)


La revue de presse vous a forcément manqué hier ; elle est de retour ce mardi. Et elle est uniquement consacrée aux polémiques ! (ce que pourtant, l’auteur du jour abhorre, non ?)


Polémique autour d’un éventuel retour du voile à l’école

« Il n’y aura pas de retour du voile à l’école. Il n’en a jamais été question. » C’est ce qu’a clamé ce week-end Vincent Peillon, cité par Le JDD après le rapport d’étape remis à Matignon sur l’intégration et surtout les joutes verbales qui ont suivi entre le Premier ministre et Jean-François Copé. Pour Adeline Fleury et Marie Quenet, toujours dans le Journal Du Dimanche, ce rapport de 276 pages débouche sur 276 polémiques. Toutes ne concernent pas l’école mais outre le port du voile à l’école, les deux journalistes dominicales listent l’apprentissage de l’arabe au collège et lycée, et l’histoire des migrations dans les programmes.
Dans le blog du Monde "Digne de foi", Stéphanie Le Bars donne la parole à Khaled Hamdani, consultant en ressources humaines, et auteur avec Fabrice Dhum, chercheur à l’Institut social et coopératif de recherche appliquée (Iscra), de la proposition polémique. Il « tient à rappeler que cette préconisation, "un point marginal dans l’ensemble de notre travail, ne traduit en aucun cas la position du gouvernement". Sans la justifier plus avant, il assure qu’elle est le fruit d’un "compromis entre les dizaines de personnes" auditionnées dans le cadre de ce rapport sur les "Mobilités sociales", intitulé Vers une politique française de l’égalité dans les domaines de l’éducation, la formation, l’emploi, le travail. »
La journaliste, chargée des questions de religion au Monde, rappelle que ce texte de 2004 interdisant le port du voile (et de toute autre tenue vestimentaire ostentatoire) fait aujourd’hui consensus (à de rares exceptions qu’elle cite) et que de ce fait « cette proposition est d’autant plus iconoclaste, pour ne pas dire inutile, qu’elle ne correspond guère à une quelconque demande sociale ou politique ». C’est également l’avis de l’historien, chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales Hervé Le Bras dans le JDD qui, sagement, conseille de « garder son calme ».


Polémique de polémiqueur

Garder son calme, c’est toujours difficile quand on lit Brighelli. C’est encore le cas avec son dernier article paru dans Le Point. On ne reviendra pas sur les classes prépa qui servent de point de départ à cet article polémique. (On notera toutefois que ce n’est pas en répétant à plusieurs reprises le même mensonge - 30 % de boursiers en prépa - qu’il en devient une vérité). Le titre est évidemment provocateur "Pour en finir avec l’égalitarisme à l’école". C’est un grand classique : quand vous n’assumez pas le fait de refuser l’égalité, vous employez égalitarisme. On a droit comme d’habitude avec l’auteur à un grand fourre-tout : les décrets de 50, le complot européen pour détruire l’école, la territorialisation (qui mettra Jean-Paul Brighelli « sous la coupe d’un avocat ancien élève du privé catholique, Michel Vauzelle »), une attaque personnelle contre Meirieu (faut pas décevoir son fan-club : un article de Brighelli ne citant Meireu c’est inenvisageable même quand ça n’a aucun rapport avec le reste !), la fin des disciplines à l’école, un passé mythifié (le temps glorieux où « l’ascenseur social n’était pas réservé aux nantis »), etc.
On a surtout droit à la défense d’un système éducatif inégalitaire, élitiste. Et pour le défendre, pirouette : on le présente comme le plus juste et le plus... égalitaire.
Instaurer la sélection à outrance dans notre système éducatif qui pour une large part est déjà tourné vers cet objectif, voilà le projet défendu ici : « Les classes prépas (le seul système qui permet de rattraper le retard pris dans ces structures égalitaristes que sont les ZEP en particulier et le système scolaire de base en général) pourraient utilement inspirer des universités exsangues, faute de moyens, et ficelées par l’interdiction de sélectionner leurs étudiants. Une solution immédiate, parmi tant d’autres : autoriser les facs à trier avant le bac, lors des procédures APB ».
Comme à l’accoutumée avec ce genre de propositions, leurs auteurs gardent sous silence ce qui adviendrait des élèves qui ne seraient pas sélectionnés. Qu’on les sorte du système au nom du refus de l’égalitarisme ?
Le hasard a voulu qu’en naviguant sur Le Point.fr, je passe de cet article de l’auteur de la fabrique du crétin à un autre intitulé Il fait fortune en vendant de "l’air de Montcuq" ...

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Le dessin de Fabien Crégut

La presse du jour nous offre heureusement d’autres réflexions sur le métier d’enseignant. Ainsi dans sa chronique sur France Info Emmanuel Davidenkoff revient sur les enjeux de la refondation (ou non) des décrets de 50. Pour lui, « ce n’est pas tellement une réforme du temps de travail qui fait débat, mais une réforme du contenu du métier. » (voilà qui ne devrait pas plaire au chroniqueur du Point). Pourtant, difficile de ne pas entendre les arguments avancés : « En 1950, les relations avec les parents n’étaient pas un sujet. Aujourd’hui, on considère qu’elles sont stratégiques. En 1950, le numérique n’existait pas. Comment prendre en compte aujourd’hui le temps que va passer un enseignant à produire des contenus qu’il mutualisera ensuite, ou bien à gérer les échanges avec élèves et parents. En 1950 aussi, l’heure d’enseignement était sans doute moins dévoreuse d’énergie dans bien des cas, le rapport à la discipline étant à l’époque beaucoup plus ferme qu’aujourd’hui. Bref le monde a changé, le métier aussi, mais pas sa définition. »
J’ajouterais que la mission (inavouée ?) non plus ne semble pas avoir changé : sélectionner. Non ?


Polémique autour de l’éducation (?) au numérique

Deux blogs se font très critiques vis-à-vis d’une initiative de sensibilisation aux dangers d’internet dont BFM-TV s’est fait l’écho.
Dans l’école de demain, Anthony Lozac’h et Stéphanie de Vansay nous la présente en ces termes « Des élèves de CM2 d’une école de l’Essonne vont passer un "Permis Internet", dans le cadre d’une campagne qui va devenir nationale et qui ambitionne de toucher à terme tous les enfants de 9 à 11 ans en France. Une bonne initiative ? A priori, oui. Seulement, ce “dispositif” créé par la gendarmerie nationale et Axa n’est en rien pédagogique. Plus grave, il empiète gravement sur les compétences et prérogatives de l’Education nationale en détournant le principe des partenariats. » Il s’agit donc pour les auteurs de cet article d’« une dérive dans l’Education Nationale ».
Les raisons qui les poussent à avancer ce jugement sont nombreuses :
- « L’objectif n’est pas uniquement de faire de la prévention, mais bien de proposer in fine des produits commerciaux qui dépassent largement le seul cadre de la protection des enfants. »
- « cette intervention prend place sur un champ précis du curriculum scolaire, qui est formalisé par le B2i. »
- elle s’appuie sur la "pédagogie de la peur" qui est en l’occurrence si on suit les arguments avancés (nombreux et fouillés) inefficace et qui passe sous silence les aspects positifs de l’utilisation des réseaux numériques.

C’est ce qui a notamment mis en colère un autre blogueur, Michel Guillou qui a honte pour son école. « honte pour le professeur des écoles qui a décidé d’infliger à ses jeunes élèves de CM2 le discours lénifiant et anxiogène d’un gendarme, aussi averti soit-il sur le sujet. [...] honte pour le directeur de l’école, l’inspecteur de circonscription et le directeur des services départementaux qui, en donnant leur accord à cette mascarade, se sont faits complices d’un tel gâchis. [...] honte pour le maire de cette ville qui a joué avec la sensibilité des jeunes enfants de ses administrés pour une vulgaire opération politico-commerciale parrainée par une compagnie d’assurance qui ne recule vraiment devant rien pour porter jusque dans les classes sa vitrine publicitaire, au mépris de la neutralité de l’école. [...] honte pour notre gendarmerie qui ose traiter des « dangers d’Internet » comme elle parle des dangers de la route. »

Je vous avais promis de la polémique en introduction, je crois avoir tenu promesse.
Promis, la revue revient demain, plus consensuelle... Ou peut-être pas.

Laurent Fillion


Dans la librairie du Crap

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- n°477 Questions sensibles et sujets tabous
- n°481 La classe pour apprendre et vivre ensemble

- n°446 Le numérique à l’école