Le fond de l’air est rose

Au lendemain des élections, tout le monde, enseignants, agents et même parents de notre école partagent une certaine joie d’en avoir fini avec la droite-droite. Place à une gauche, qui le lundi lendemain du vote, n’emporte pas les foules non plus. Mais tout de même….

En quelques jours, alors que le dernier décret sur l’évaluation des enseignants avait réussi à « passer » la veille du second tour, à un moment où déjà le ministre se savait perdu, en quelques jours, les promesses tombent : fin de l’austère austérité imposée à l’école publique, priorité à l’école primaire, retour de la formation, fin des évaluations bidons, retour à 5 journées d’école…

Signe des temps, même l’hebdomadaire « Le Point », dans son édition du 10 mai, vient de faire un dossier plutôt bienveillant sur « ces Français qui entrent en désobéissance » et qui ont résisté à Sarkozy… J’ai l’honneur d’y figurer, aux côtés notamment d’Alain Refalo.

Les syndicats d’enseignants (et de manière assez drôle, même ceux qui n’avaient pas réellement engagé de luttes sur les évaluations, la fin de la formation, et toutes les réformes…) se déclarent à la pointe des rendez vous avec les futurs ministres ou secrétaires d’Etat, pour « faire avancer le dialogue ».

On va, paraît-il, avoir à nouveau des programmes du primaire faits par une « commission des programmes ». Juste pour mémoire : ceux de 2008 avaient été écrit par on ne sait qui (en tout cas, on ne le savait pas sur le moment et ils n’ont jamais eu de signataires déclarés), mais pas par les gens du ministère… Pas certain que les prochains seront formidables, mais au moins auront-ils respecté les règles de la République.

Après la « saignée » que nous avons vécue, il n’y aura pas d’état de grâce. L’école publique est trop affaiblie. Il faut de l’oxygène, il faut des vitamines, et sans doute un bon remontant, tout de suite. Nous devons récupérer des RASED (réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté). Il faut remettre sur pied une formation des enseignants efficace et complète (c’est à dire comprenant la maternelle, l’enfance handicapée, la prévention, et l’aide aux enfants en difficulté, et pas seulement centrée sur la « didactique des maths et du français »).  Il faut rouvrir les classes des « deux ans » en ZEP, il faut embaucher des médecins, des infirmières, des enseignants, des assistants…

Tout le monde en a marre, tous les services publics sont à bout. Et je comprends même les policiers qui manifestent (même si à l’évidence, personne ne peut avoir un droit légitime de tirer dans le dos de quelqu’un qui s’enfuit). Nous sommes trop peu nombreux désormais. L’Etat manque de fonctionnaires pour fonctionner réellement et, à tous les étages, on « fait semblant »…

On fait semblant de s’occuper des enfants handicapés : mais ceux intégrés dans des classes ordinaires sont avec un enseignant qui n’a aucune idée ni aucune formation pour proposer une scolarité réellement à leur mesure et l’auxiliaire de vie scolaire qui s’occupe d’eux est d’abord un chômeur en fin de droits, embauché pour six mois. On fait semblant d’aider les enfants avec de « l’aide personnalisée », mais là encore, après six heures d’école, ajouter une demi heure, est ce que cela sert ? Apparemment, pas vraiment, alors le gouvernement a « allégé » les évaluations d’année en année. Comme cela, les enfants les réussissent mieux et les chiffres peuvent montrer ce qui n’existe pas…

Je pense que dans les hôpitaux aussi, et même chez les policiers , le pilotage sans moyens a conduit à dépenser plus d’énergie à simuler qu’à agir et que si les personnels sont excédés, c’est aussi parce qu’ils ont envie de bien faire leur métier. Or, depuis cinq ans, ceux qui étaient récompensés et recevaient les honneurs, étaient ceux qui détruisaient le mieux le service public dont ils avaient pourtant la charge : tous les cadres qui réussissaient à faire baisser les effectifs, à alléger les coûts touchaient des primes.

En revanche, beaucoup de ceux qui ont défendu les droits de tous les citoyens à un service public réellement  au service du public, ont été sanctionnés et punis. Le changement ne pourra attendre longtemps. On sent déjà l’impatience. Mais tout de même, le ciel est plus léger, l’air plus vif. Juste un instant.

Véronique Decker

2 commentaires sur “Le fond de l’air est rose

  1. Chère Véronique Decker,
    Vous écrivez :
    « On va, paraît-il, avoir à nouveau des programmes du primaire faits par une « commission des programmes ». Juste pour mémoire : ceux de 2008 avaient été écrit par on ne sait qui (en tout cas, on ne le savait pas sur le moment et ils n’ont jamais eu de signataires déclarés), mais pas par les gens du ministère… Pas certain que les prochains seront formidables, mais au moins auront-ils respecté les règles de la République. »

     » les règles de la République » sont en l’occurrence très simples : association au débat sur les programmes de TOUS les mouvements pédagogiques, et des spécialistes reconnus des disciplines (Laurent Lafforgue en maths, par exemple) débat public. Bref, le contraire de ce qui s’est fait en 2002 et 2008 et en 1995.
    Cordialement.

  2. Votre TOUS en capitales m’effraye un peu. Pour moi, un mouvement pédagogique c’est une association reconnue, avec des militants éprouvés et des options reconnues … Il faut sans doute que la commission des programme écoute les associations, les chercheurs, mais elle doit produire des programmes légitimes et stables, correspondant aux possibilités des enfants. Actuellement, dans le champ de l’éducation, il y a nombre de groupuscules, et je ne suis pas certaine qu’ils soient TOUS de bons conseils.

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