Rénovation urbaine : préférez-vous une belle école neuve ou une vieille moche ?

Ouvrier du Livre, résistant, dirigeant du Parti Communiste, président du conseil général de Seine St-Denis, président des Charbonnages de France, Georges Valbon, mort en 2009, a longtemps été maire de Bobigny. La nouvelle école construite en centre-ville portera son nom. L’architecture du centre témoigne encore aujourd’hui du goût de son époque pour les bâtiments sur dalle.

Une immense opération ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine) est en cours. Après avoir déjà supprimé les passerelles et le foyer de la Poste, elle va désormais détruire la dalle de la cité Karl-Marx, où se trouve notre école, et 4 des 10 tours du quartier.

Avec la construction de centaines de nouveaux logements, il fallait une nouvelle école. Architecturalement et physiquement c’est chose faite : vue de l’extérieur (je ne l’ai encore pas visitée, l’inauguration n’a pas encore eu lieu) elle est magnifique. Déjà les plans présentés étaient encourageants.

Alors, tout va bien ?

Disons que tout pourrait et devrait aller bien. Mais que, malheureusement, ce n’est pas garanti. En effet, la période de restriction des postes n’est pas bien adaptée à l’ouverture de nouveaux services publics. L’école n’a pas encore d’immatriculation, l’Inspection Académique ne sachant manifestement pas bien comment trouver les nouveaux postes pour accueillir les nouveaux élèves qui, forcément, arriveront à la rentrée. La probabilité que tous les appartements du nouveau quartier soient achetés par des retraités et des homosexuels qui n’ont pas adopté est tout de même assez faible…

Un audit, cependant, a eu lieu. Certaines constructions ayant pris du retard, il n’y aurait à la rentrée que de quoi ouvrir 6 classes, mais une partie des autres arriverait en cours d’année… Bref, personne ne sait vraiment qui va venir ni quand, quel âge auront les enfants, s’ils seront en maternelle ou en CM2. Le vent de l’incertitude va donc souffler longtemps sur les trottoirs défoncés par les engins de travaux.

Car actuellement, le quartier ressemble à Beyrouth en reconstruction. Partout, on démolit, on arase, on creuse, on bâtit. Des camions reculent avec un strident bip-bip pour éviter d’écraser les piétons qui, eux, circulent où ils peuvent et le plus fréquemment possible au milieu de la route car c’est là qu’on se sent le plus en sécurité.

Il est prévu que pour la première année la nouvelle école – d’une capacité de 18 classes, maternelle et primaire confondues – n’ait pas de secteur. Ou plutôt que son « secteur scolaire »  -c’est-à-dire la zone géographique d’où proviennent les élèves – soit confondu avec celui de notre école et celui de la maternelle.

Perspective périlleuse pour l’équipe pédagogique de notre école, pour les élèves et les enseignants dont il est possible qu’ils soient transférés par simple décision administrative… Je me fâche un peu à la réunion avec la mairie, au point que l’élue me rappelle à l’ordre : « on ne peut pas travailler dans cette ambiance »…

J’argumente sur le fait qu’ouvrir une école neuve avec 6 classes peut, si l’on n’y prend pas garde, se transformer en une grande source d’ennuis divers. Car évidemment, les parents du « secteur commun » vont tous préférer aller la belle école neuve plutôt que laisser leurs enfants dans la vieille moche. Les représentants de la mairie affirment qu’ils tiendront bon sur les dérogations.

Je ressors de la réunion sans garantie que le choix des élèves qui partent et qui restent se fera par l’équipe pédagogique de l’école et non par la mairie ou l’Inspection… Autre angoisse que je ne parviens pas à faire partager : le danger de faire un secteur commun entre une école ZEP et une qui ne le sera peut-être pas. Les collègues risquent d’avoir du mal à faire « ensemble » des classes de 23 d’un côté, des classes de 30 de l’autre, puis à se les répartir dans la bonne humeur…

A la fin, si c’est la mairie qui choisit, tout le monde sera furieux. Si c’est l’IEN (l’inspecteur de circonscription), ce sera pire. La seule solution acceptable aurait été de mettre les nouvelles classes en annexe, donc de les intégrer pour une année aux  élémentaire et maternelle existantes, mais elle est refusée. Pourtant, cela nous donnerait un an pour réfléchir au nouveau secteur et faire bouger les lignes sans trop de vagues.

Georges Valbon ne méritait pas autant de difficultés, et je sens que ses débuts dans la postérité vont être douloureux. Tout n’est peut-être pas joué. Un Conseil d’école commun entre la maternelle et l’élémentaire est prévu, en présence de l’élue pour prendre le temps de reparler de la rentrée. Plus que tout, je crains des transferts autoritaires d’élèves et d’enseignants qui feraient démarrer une nouvelle équipe dans une atmosphère détestable.

Véronique Decker

7 commentaires sur “Rénovation urbaine : préférez-vous une belle école neuve ou une vieille moche ?

  1. J’aime bien les chroniques au plus près du terrain de Véronique Decker. Ce qui m’étonne un peu, tout de même, c’est que ce blog fonctionne comme si personne n’y répondait de rien et n’était disposé au dialogue. C’est une politique possible que celle de la bouteille à la mer. Mais alors pourquoi faire un blog ?
    Cordialement.

  2. Chère Véronique Decker,
    Une question : si j’ai bien compris, l’école que vous dirigez actuellement a un statut expérimental ; que devient ce statut dans la nouvelle école ?
    Cordialement.
    GM

    • Je me permets de vous répondre : non, l’école Marie Curie n’a pas de statut particulier, il n’est pas expérimental, juste banal.
      Cordialement.
      Emmanuel Husson

  3. Personnelement je c’est que les écoles on besoin d’agent d’entretient qui soi en vacation ou en cdi ou entant que ramplacante moi qui est grandi dans cette ville qui a vue BOBIGNY se construire j’aimerai pouvoir travaillée comme gardienne ou agent d’entretient. merci

    • Samia a raison. Il faut des enseignants et des agents dans une école pour qu’elle tourne bien. Trop souvent, les enseignants ne sont pas remplacés quand ils sont malades, mais c’est encore pire pour les agents qui ne le sont presque jamais, alors que de nombreuses personnes auraient les qualifications pour être recrutées. Mais les communes sont étranglées par le manque d’argent, car la plupart des habitants de Bobigny bénéficient de tarifs sociaux. Il faudrait que les agents de service deviennent des personnels d’Etat, rémunérés partout de la même manière, avec le même mode de calcul pour leur affectation et les remplacements.

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