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Les déchiffreurs de l’éducation

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Cet article a été écrit le 18/09/2015, dans la rubrique :
question de postes.

Dans le débat sur les 60 000 postes, essayons de prendre le point de vue de l’élève

Dans le débat actuel sur la question[1], débat dans lequel la plupart des intervenants ont raison, en ne retenant que les nombres qui arrangent leur démonstration, essayons d’y voir clair, en envisageant les différents points de vue, à partir du tableau présenté dans un article précédent[2] :

 

Les créations de postes pour l‘éducation depuis l’élection de François Hollande :

 

Collectif 2012

Budget 2013

Budget 2014

Budget 2015

Total 2012-2015 

rentrée 2012

rentrée 2013

rentrée 2014

rentrée 2015

Enseignants 1er degré

1000

800

811

2611

Stagiaires

4569

4042

3400

12011

Stagiaires M2

-1225

-1225

solde 2013

295

295

Total 1er degré

1000

3344

5137

4211

13692

0

Contractuels (décharges)

1500

333

-1833

0

Stagiaires

5646

4854

2199

12699

Stagiaires M2

-1967

-1967

contractuels

-500

-500

Enseignants 2nd d°

1450

1450

AVS

100

100

200

Total 2nd degré

1500

4112

2521

3749

11882

0

CPE

100

100

Stagiaires

132

168

10

310

Stagiaires M2

-83

-83

AVS

1500

350

350

350

2550

médico-sociaux

50

150

100

300

Total vie élève

1600

449

668

460

3177

0

Contractuels (décharges)

225

125

-350

0

Stagiaires

1129

1183

667

2979

Stagiaires M2

-378

-378

Maîtres délégués

-60

334

274

Total privé

225

876

773

1001

2875

Total MEN

4325

8781

9099

9421

31626

Agriculture

50

200

150

140

540

TOTAL enseignt scolaire

4375

8981

9249

9561

32166

Enseignement supérieur

1000

1000

1000

3000

TOTAL Éducation

4375

9981

10249

10561

35166

Le point de vue du budgétaire

Comme nous l’indiquions dans cet article : « Du point de vue de la logique de la présentation du budget de l’État, ce sont plus de 10 500 postes qui ont été créés pour la rentrée 2015, portant le total à plus de 35 000 depuis le début de la législature. Pour tenir formellement l’engagement présidentiel, formalisé dans la Loi pour la refondation de l’école, il en faudrait encore près de 25 000, soit 12 500 environ dans chacun des deux prochains budgets. Étant donné ce qui est prévu pour l’enseignement supérieur et pour l’enseignement agricole (respectivement 5000 et 1000 postes au cours de la législature), ce sont un peu plus de 11 000 postes qui devraient être créés, en moyenne, pour l’Éducation nationale (public et privé) dans chacun des deux prochains budgets. C’est possible […] sauf aggravation de la politique d’austérité et extension de cette politique au secteur de l’éducation : cela implique en effet d’augmenter quelque peu le rythme des créations de ces dernières années. Le projet de Loi de Finances pour 2016, qui devrait être connu rapidement permettra de voir ce qu’il en sera de l’engagement présidentiel ».

C’est le point de vue que défend le Gouvernement, lorsqu’il compte les postes créés au Ministère de l’Éducation aux budgets (et à la Loi de finances rectificative de 2012) depuis qu’il est aux affaires.

Mais il faut évidemment regarder de plus près ce que sont ces postes créés.

Le point de vue de Jean-Luc Mélanchon

Il considère que 4000 postes de « terrain » seulement ont été créés dans l’enseignement public. C’est tout-à-fait vrai, si l’on ne considère que les postes d’enseignants titulaires, les seuls qui permettent une augmentation effective – et avec des personnels pérennes – du nombre d’enseignants présents devant les élèves. Les postes d’enseignants titulaires de l’enseignement public créés depuis 2012 figurent en rouge dans notre tableau : ils sont très précisément 4061 (2611 dans le premier degré et 1450 dans le second) et leur total s’élève à 4335 si on considère les 274 postes de maîtres-délégués créés dans le privé.

J-L Mélanchon a donc raison puisque les Conseillers d’éducation (CPE), les personnels médico-sociaux, et les auxiliaires de vie scolaire (les AVS, qui s’occupent de l’accompagnement, de la socialisation, de la sécurité et de l’aide à la scolarisation d’enfants en situation de handicap ou présentant un trouble de santé invalidant, dans des classes spécialisées ou dans des classes ordinaires) n’assurent évidemment pas un service d’enseignement.

Le point de vue du Ministère de l’Éducation nationale

Si aussi peu de postes d’enseignants titulaires ont été créés depuis 2012, c’est que l’effort budgétaire a très largement consisté à créer des postes d’enseignants stagiaires qui permettent de former les futurs enseignants titulaires après leur recrutement. Pour l’enseignement public, ce sont en effet 24 710 postes d’enseignants stagiaires qui ont été créés (12 011 dans le premier degré, et 12 699 dans le second). Ils figurent en bleu dans notre tableau. Leur total s’élève à 27 689 si on y ajoute les 2 979 postes de stagiaires créés pour le privé. Ce point de vue, bien souligné par le Ministère, n’est pas illégitime. Il a bien fallu reconstituer le potentiel de formation des enseignants, comme le prévoyait d’ailleurs la Loi de refondation de l’école.

Mais, pour faire face aux besoins du terrain, le « modèle de formation » mis en place avec la création des ESPE consiste à demander aux enseignants-stagiaires de « faire la classe » à mi-temps. Sans épiloguer ici sur ce que cela peut impliquer en matière de qualité de la formation initiale ou de la formation continue[3], cela permet évidemment au ministère de mettre sur le terrain, un nombre d’enseignants équivalent à la moitié du nombre des stagiaires.

Le point de vue de l’élève

Du point de vue de l’élève, ce qui importe, c’est le taux d’encadrement, c’est-à-dire le nombre moyen d’élèves dont un enseignant à la charge.

Compte tenu de ce que nous avons vu plus haut, dans l’enseignement public, ce sont 16 416 « équivalents-temps plein » supplémentaires que les élèves ont en face d’eux, grâce aux créations de postes depuis 2012 : les 4061 titulaires + 12 355 « équivalents-temps plein » correspondant à la moitié des 24 710 stagiaires en formation[4]. Un quart seulement de ces enseignants ont bénéficié d’une formation complète, comme le souligne J-L Mélanchon.

Partant de là, où en sont les taux d’encadrement ?

2012

2015

effectifs

plafond d’emplois

élèves/ poste

effectifs

plafond d’emplois

élèves/ poste

ETP stagiaires

total

élèves/ poste

1er degré

5820,9

316823

18,4

5922,1

315858

18,7

6 006

321 864

18,4

2nd degré

4268,2

388857

11,0

4351,7

384993

11,3

6 350

391 343

11,1

privé

2051,7

130772

15,7

2175,4

129856

16,8

1 380

131 236

16,6

ensemble

12140,8

836452

14,5

12449,2

830707

15,0

13736

844 443

14,7

Sources :  DEPP, RERS pour les effectifs 2012 ;  PLF 2012 et PLF 2015 pour les plafonds d’emplois[5],  DEPP, Notes d’information pour les prévisions de la rentré 2015

La comparaison avec ce qu’aurait été la rentrée 2012, s’il n’y avait pas eu de collectif budgétaire en juillet 2012 (autrement dit la rentrée programmée par Sarkozy) montre que les élèves de 2015 ne sont pas mieux traités que leurs prédécesseurs de 2012 l’aurait été si Sarkozy avait été réélu. Pas d’amélioration donc par rapport à la situation avant le programme des 60 000 postes, et surtout comme nous l’avons signalé précédemment, pas de rattrapage par rapport à la situation avant les suppressions de postes du quinquennat précédent.

Dans ces conditions, on comprend que la plupart des organisations syndicales réclament encore un effort sérieux qui devrait aller au-delà des 60 000 postes.

En effet, la reconstitution du vivier de la formation, qui était indispensable, a mobilisé les trois quarts des créations de postes, alors que, au cours de la période, la hausse démographique s’est poursuivie, et a absorbé l’essentiel des quelques moyens supplémentaires directement consacrés aux élèves.

Dans ces conditions, auxquelles il faut ajouter les difficultés de recrutement, la priorité aux mesures de politique éducative annoncées, notamment en direction du premier degré (maître supplémentaire, scolarisation précoce) restent tout-à-fait insuffisantes face aux besoins.



[1] Article Libération du 3 septembre , article du Monde du 2 septembre 2015.

[2] « Les créations de postes : les éléments du débat ».

[3] Les stages sur le terrain des enseignants stagiaires – qui sont une bonne chose pour leur formation professionnelle – ont, du moins dans le premier degré, souvent permis de remplacer les enseignants titulaires qui bénéficiaient alors de formation continue.

[4] Pour retrouver le nombre d’équivalents temps plein d’enseignants que le Ministère a indiqué à Libération (21 513 postes), il faut ajouter non seulement les équivalents temps plein du privé (ce qui peut se concevoir) mais aussi tous les CPE, médico-sociaux et AVS qui ne sont pas des enseignants !

[5] Il s’agit du plafond des emplois budgétaires d’enseignants (non compris les CPE, ni les stagiaires) ; ces plafonds prennent en compte des mouvements de transferts internes aux budgets et ne comptent les postes créés à une rentrée que pour un tiers dans le budget de la même année (ces postes ne sont créés – et ne pèsent sur le budget de l’État – qu’à compter du 1er septembre). La comparaison avec le tableau suivant n’est donc pas possible, mais les plafonds d’empois sont homogènes et comparables.



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