Les blogs des Cahiers prédagogiques
Les déchiffreurs de l’éducation

Information

Cet article a été écrit le 28/04/2013, dans la rubrique :
Questions d'évaluation.

La DEPP en refondation, mais qu’en est-il du Conseil National de l’Évaluation du Système Éducatif ?

Le programme d’activité de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), circulaire n°2013-033, publiée au Bulletin Officiel n°14 du 4 avril 2013) manifeste un changement positif dans les principes politiques et les orientations du travail de la direction en charge de la statistique et de l’évaluation au Ministère de l’Éducation nationale.

Les principes politiques

Le collectif des Déchiffreurs constate que plusieurs des demandes de son appel qui visent à assurer à la DEPP une autonomie scientifique et politique, trouvent des commencements de réponse positifs dans cette circulaire :

  • la référence – et le respect – des exigences de qualité et de déontologie de la statistique publique ;
  • la confirmation que la Loi confère un statut particulier aux services statistiques ministériels, ce qui garantit la confidentialité des informations qu’ils collectent et exploitent (y compris lorsqu’ils exploitent des fichiers administratifs) ;
  • la volonté de collaboration avec des équipes de recherche en sciences humaines et sociales ;
  • l’affichage d’une stratégie éditoriale, comprenant notamment un riche programme de publication (avec, en principe dès les jours prochains, une note présentant les prévisions d’effectifs dans les premier et second degrés – ce que l’on n’avait pas vu depuis plusieurs années) et l’annonce de la mise en place d’un comité de lecture de la revue Éducation & formations, réclamée depuis des années.

Si tout ceci est confirmé, notamment dans le décret qui devrait réorganiser l’administration centrale du ministère de l’Éducation nationale, ce sera une rupture manifeste avec les pratiques de la période précédente.

Il reste cependant un point noir : la DEPP, au ministère de l’Éducation nationale, et le service statistique du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (le SIES) restent des services séparés et on peut craindre qu’un éloignement de plus en plus marqué de ces deux ministères altère les travaux d’études et de recherches sur la formation. Cette séparation a d’ailleurs d’autres conséquences néfastes, comme on le constate dès maintenant avec la rénovation de la formation des personnels de l’éducation. Dans l’immédiat, on serait en droit d’attendre la publication d’un programme de travail du service statistique du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, articulé avec celui-de la DEPP, et de même qualité.

Les orientations de travail

S’agissant du programme de travail proprement dit, des points positifs sont également incontestables :

  • la volonté de mieux cerner les questions touchant à la mesure et à la connaissance des raisons du décrochage et des « sorties sans diplômes », sur lesquelles les ministres précédents avaient communiqué à partir de données plus que discutables et parfois fantaisistes ;
  • le développement de travaux relatifs au travail enseignant, à ses conditions effectives dans et hors des écoles et des établissements, à sa rémunération et à son attractivité, travaux qui s’imposent d’autant plus que les difficultés de recrutement sont aujourd’hui manifestes ;
  • le fait de faire de l’évaluation de la réforme de la voie professionnelle, un thème essentiel des travaux sur les parcours en formation initiale ;
  • la conception d’une politique d’évaluation des acquis des élèves, combinant évaluations nationales et internationales, avec pour les premières, la poursuite des évaluations CEDRE et la mise en place d’évaluation triennales des proportions d’élèves maîtrisant les compétences du socle à chaque palier de celui-ci
  • la poursuite et l’approfondissement d’un travail méthodologique sur ces évaluations, ce qui constitue pour la France, un enjeu scientifique d’importance ;
  • mais en matière de politique d’évaluation, il reste une question en suspens : la reconduction en cette fin d’année des évaluations CE1/CM2, même assortie de précautions (elles ne sont en principe pas centralisées) laisse planer un doute sur la volonté manifestée par le président de la République et le Ministre de bien distinguer évaluations diagnostiques et évaluations bilans. Peut-on assurer que des IEN ou des DASEN ne seront pas tentés de faire pression sur les directeurs d’écoles pour comparer les écoles de leurs circonscriptions ou de leurs départements ?
  • le développement de travaux d’évaluation des pratiques pédagogiques, trop peu présents jusqu’ici ;
  • la mise au point d’outils de pilotage et de suivi des politiques éducatives, notamment dans le domaine du numérique, de l’éducation prioritaire ou de « plus de maîtres que de classes ».

Si ceci est confirmé, notamment grâce à l’affectation à la DEPP des moyens humains, financiers et techniques nécessaires à la mise en œuvre de ce programme – à juste titre ambitieux – cela constituera aussi une rupture avec la période précédente où les travaux publiés visaient plus à cautionner les politiques libérales qu’à fournir une information fondée sur notre système éducatif et à rechercher les conditions de son efficacité et de son équité. De tels moyens sont d’autant plus indispensables que d’autres sujets mériteraient d’être traités et approfondis par la DEPP, notamment :

  • le suivi et l’évaluation des « programmes éducatifs locaux (PEL) » et des « projets éducatifs territoriaux (PEDT) », pour lesquels des outils de pilotage et d’évaluation sont nécessaires ;
  • la formation continue, qui reste un domaine mal connu et mal évalué ;
  • l’incidence du non remplacement des congés de maladie et de maternité des enseignants, et les inégalités territoriales en la matière ;
  • l’évolution des inégalités entre écoles et établissements et leurs conséquences sur les parcours scolaires.

Et il y en a d’autres…

Le Conseil National de Évaluation.

Évoquons encore un point : dans l’état actuel des travaux parlementaires, le Conseil National de l’Évaluation du Système Éducatif, que doit créer la Loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école, ne comprend ni représentants des collectivités territoriales – ce qui est aberrant lorsque l’on sait quel rôle elles jouent pour la réussite éducative et scolaire – et aucun représentant des personnels et « usagers » de l’école – ce qui ne peut que rendre difficile « d’assurer la diffusion des résultats [des évaluations] auprès des professionnels de l’éducation et des citoyens », comme le prévoit le rapport de la concertation « Refondons l’école de la République ».

Le mode de désignation et la composition de ce nouveau Conseil ne sont pas satisfaisants et ne garantiront ni la légitimité ni la transparence de l’évaluation. Espérons que les sénateurs qui ont eu la proposition d’amendement des Déchiffreurs en tiendront compte lors de leur discussion du projet de Loi.

Avril 2013



One Comment

  1. Bernard Sujobert
    13 mai 2013

    Cette analyse d’un texte consistant (le programme de la DEPP) est très bien venue au moment où le conseil national de l’information statistique (CNIS) planche sur les orientations de moyen-terme (2014-2018) de la statistique publique, par exemple dès demain (14 mai) au sein de la commission qui traite du domaine de l’éducation. Ainsi, les projets se dessinent, les intéressés s’exriment (encore trop rarement et trop peu nombreux), mais on peut espérer que la discussion s’amorcera et se développera.
    Bravo les Déchiffreurs, votre voix portera petit à petit, espérons-le. Courage aux uns et aux autres

Laisser un commentaire