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Cet article a été écrit le 18/07/2012, dans la rubrique :
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Bac 2012 : des chiffres à interpréter

 

Les résultats provisoires de la session de juin 2012, qui viennent d’être publiés, ont d’ores et déjà donné lieu à de nombreux commentaires. Des questions importantes ressortent cependant des statistiques du Ministère, que nous voulons souligner ici.

Ces statistiques proviennent de la Note d’information n° 12.12, qui  présente les résultats provisoires avec détail (note rédigée par Sylvie Le Laidier et Fanny Thomas, http://www.education.gouv.fr/cid56455/resultats-provisoires-du-baccalaureat.html ) et a été publiée début juillet.

Par ailleurs, dans le cadre de la « concertation pour la refondation de l’Ecole de la République », le Ministère a publié une fiche thématique de la DEPP qui donne de précieux renseignements sur la situation du baccalauréat professionnel : http://www.refondonslecole.gouv.fr/wp-content/uploads/2012/07/fiche_thematique_depp_n_5_reforme_de_la_voie_professionnelle_2012.pdf. Cette fiche contient des éléments de prévision des effectifs de 2012 à 2016, or le collectif des Déchiffreurs réclame depuis sa création la publication systématique et détaillée de ces prévisions. Encore un effort, et nous y parviendrons !

Face aux résultats de la session 2012, les commentateurs ont souligné le bond en avant de la part d’une génération obtenant le baccalauréat : 77,5 % contre 71,6% en 2011, 65,3% en 2010 et 2009.

L’objectif d’atteindre 85 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat semble enfin réalisé, l’effort entrepris ces deux dernières années pouvant apparaître considérable.

Deux éléments doivent cependant être mis en valeur :

1. La proportion de bacheliers dans une génération n’a pas bougé entre 1995 et 2008 (stagnant à 62 et 63 %), autrement dit pendant treize ans. Elle a ensuite progressé de quelques points, puis très fortement en 2011 et 2012. Un ensemble de questions se posent ici, auxquelles les groupes de travail mis en place pour la concertation de juillet devront sans doute répondre : comment le lycée, voire le collège, ont-ils pu fonctionner pendant quinze ans sans faire progresser, ou si peu, le nombre des bacheliers dans une génération ? Comment cette stagnation a-t-elle pu s’accompagner d’une aggravation des inégalités ? Pourquoi la part de la filière générale ne bouge-t-elle pas depuis vingt ans ?

2. La récente progression du taux de bacheliers est pour l’essentiel due à la forte augmentation des bacheliers professionnels, suite à la réforme de la voie professionnelle engagée par Xavier Darcos, avec la généralisation dès 2009 de la préparation en trois ans du baccalauréat professionnel.

Ce constat constitue sans doute l’une des réponses aux questions qui précèdent. Il manifeste certains choix politiques et demande d’analyser finement les résultats des dernières sessions du baccalauréat.

On voit ainsi ( http://cache.media.education.gouv.fr/file/2011/12/5/DEPP-RERS-2011-resultats-diplomes-insertion_190125.pdf) que le nombre des bacheliers généraux a légèrement décru entre 1995 en 2010, pour ensuite augmenter les deux dernières années (la proportion  de bacheliers généraux dans une génération augmente de 1,3 point en 2012). Après être restée stable, la part du bac technologique baisse depuis 2008 (avec en 2012 une baisse marquée dans le bac agricole). Par conséquent, c’est encore une fois le baccalauréat professionnel qui permet la hausse du nombre des bacheliers (comme après sa création) : la part des titulaires de ce diplôme dans l’ensemble des bacheliers est aujourd’hui de 31,1%, contre 27,4 en 2011 et 13,6% en 1995. Cette part est donc devenue considérable.

Cependant, comme le soulignent les documents de la DEPP, cette hausse est en partie artificielle, puisqu’elle est due au chevauchement des deux cursus préparant ce diplôme (celui en 4 ans, passant par un BEP, et celui en 3 ans, généralisé à la rentrée 2009), lié à l’application de la réforme de la voie professionnelle. Selon la DEPP, à la session 2011, deux tiers des candidats étaient issus du cursus 2 + 2 et un tiers du nouveau cursus en trois ans. A la session 2012, c’est l’inverse, seul un tiers des candidats provenant encore de l’ancien cursus. Lorsque cet effet de chevauchement aura disparu, le nombre des bacheliers professionnels baissera sensiblement.

L’actuel directeur de la DGESCO, Jean-Michel Blanquer, a donc tort d’affirmer : « ce n’est pas un gonflement artificiel » (point presse du 13 juin), en se félicitant au passage du succès de la réforme Darcos qui a permis cet essor du baccalauréat professionnel.

Hélas pour lui, lorsque les données (et les rapports) sont publiés, ce sont d’autres effets qu’ils donnent à voir.

Dans la fiche n°5 (pages 3 et 4), la DEPP montre bien que « l’effet bourrelet » commencera à se résorber à la rentrée 2012 (- 44 200 élèves dans le second cycle professionnel) et chutera encore en 2014.

Par ailleurs, cet « effet bourrelet » ne saurait cacher que le nouveau cursus du baccalauréat professionnel pose beaucoup de problèmes, la baisse du taux de réussite en rend d’ailleurs compte -  voir le rapport de l’IGEN, qui porte en particulier sur la certification intermédiaire : http://www.refondonslecole.gouv.fr/wp-content/uploads/2012/07/rapport_igen_la_certification_intermediaire_mai_2012.pdf.

 

Sur ce sujet, bien des études et des données restent à recueillir et à construire, par exemple :

-          Que se passe-t-il du côté de l’apprentissage, où l’ancien cursus en 4 ans reste important ? Comment interpréter la chute des candidats au bac pro agriculture ? Sur quoi repose la forte augmentation des entrées dans le nouveau cursus en trois ans et comment s’organisent les formations ? Les apprentis de seconde professionnelle ont-ils ainsi tous des contrats d’apprentissage alors que dans son article 20, la loi du 28 juillet 2011 dite loi Cherpion, autorise qu’un jeune suive une formation en CFA pendant un an sans contrat d’apprentissage ?

-          Que deviennent les jeunes qui décrochent du cursus et ceux qui échouent à l’examen, sachant que les sorties du cursus demeurent importantes (le taux de passage de seconde pro en première pro est de 79,6%, et celui de première pro en terminale de 84,7%, selon la fiche n°5 de la DEPP), et que l’échec en bac pro est plus important que dans les autres baccalauréats ? La détention d’une « certification intermédiaire » telle qu’un BEP « allégé » peut-elle les protéger sur le marché du travail ?

-          Comment expliquer la baisse importante du taux de réussite en bac pro, qui est revenu à ce qu’il était en 2009, avant la mise en place de l’épreuve de rattrapage (« second groupe d’épreuves ») ? Est-elle due aux difficultés que rencontrent les jeunes pour faire un cursus en trois ans au lieu de quatre ? Est-elle due à la transformation du second groupe d’épreuves dans certaines spécialités[i] ?

De leur côté, les IG dans le rapport déjà cité, pointent les questions suivantes :

« Encore une fois, il est indispensable de disposer rapidement d’une photographie des parcours incluant l’apprentissage, tout comme il est indispensable de revoir les définitions d’indicateurs de « sorties » :

- celui des « sortants sans qualification » n’est plus pertinent, il mesurait le nombre de jeunes sortis de formation initiale au niveau du ollège ou de la 1re année de CAP ou BEP ; il faut sans doute davantage se référer à celui mesurant les « sortants précoces » qui quittent la formation initiale au niveau du collège ou sans avoir atteint la classe terminale d’un cycle (1re année de CAP, seconde et première dans les deux voies professionnelle et générale et  technologique) ;

- celui des « sortants sans diplômes » pose une question à moyen terme en ce qui concerne la prise en compte ou non du diplôme intermédiaire. »

 

Voilà de quoi alimenter une réflexion commune pour le prochain programme de la DEPP, dont les Déchiffreurs souhaitent qu’il fasse l’objet d’une vaste concertation.

Juillet 2012

 

 

 



[i] L’ épreuve E1 a bougé à la session 2012 : pour certaines spécialités, la sous épreuve à caractère professionnel associée aux mathématiques et aux sciences a été disjointe de l’épreuve E1 pour préserver son mode de passation en ponctuel, les maths et sciences physiques étant pour 2012 en CCF.



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