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Les déchiffreurs de l’éducation

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Cet article a été écrit le 31/05/2012, dans la rubrique :
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À la suite des premières mesures Peillon, un communiqué des déchiffreurs

Pour un vrai changement, il faut garantir l’indépendance politique et l’autonomie scientifique des services de statistiques et d’évaluation des ministères.

 

L’heure est au changement dans l’éducation et de premières décisions du ministère Peillon vont dans le bon sens : mise à l’écart des évaluations CE1 et CM2 de la DGESCO ; publication de dix-sept rapports « cachés » des Inspections générales ; annonce sur La Chaîne parlementaire « qu’au nom d’une « République exemplaire » et « transparente », [le ministre] s’est engagé à ce que « tous les citoyens [aient accès] à la connaissance collective » des statistiques concernant le système éducatif[1] ».

 

Mais il ne faut pas s’arrêter là : après les rapports des IG, ce sont les travaux « cachés » de la DEPP, par exemple les prévisions d’effectifs pour les prochaines années, qu’il faut publier ; il va falloir remplacer les évaluations discutables de la DGESCO par de vraies évaluations diagnostiques utiles aux enseignants, dont seule la DEPP peut organiser la conception.

 

La bienveillance d’un ministre, bienvenue après tant d’années de mépris, ne saurait suffire à mettre les services ministériels à l’abri des à-coups préjudiciables à leur mission au service de la société. Il faut inscrire dans le marbre les règles qui leur permettront d’être réellement au service du débat public sur l’éducation et non au service exclusif de la communication des responsables politiques du moment.

 

Il le faut d’autant plus qu’en raison du discrédit jeté sur les services ministériels, certains ont posé la question d’une « externalisation » des services de statistiques et d’évaluation, une idée que Claude Allègre avait déjà agitée en son temps. Ainsi, par exemple : « le moment est venu de confier à une agence d’évaluation indépendante la mise en œuvre d’un tel programme, […]. Il est essentiel en effet que, dans notre démocratie, les données concernant les résultats de notre système éducatif soient objectives et transparentes , donc incontestables.[2] »

 

Oui, ces données doivent être objectives et transparentes, et élaborées par une instance indépendante du pouvoir politique. Les déchiffreurs rappellent ici que, pour eux, la solution n’est pas l’« externalisation » vers une « agence », mais la garantie de l’indépendance politique et de l’autonomie scientifique des services de statistiques et d’évaluation des ministères.

 

Pour cela, il y a des conditions à réunir, que ces services aient :

 

  • un programme de travail public et élaboré démocratiquement, avec un comité scientifique, en liaison avec le Conseil National de l’Information Statistique (le CNIS) ; et surtout un programme de travail élaboré en fonction des besoins de connaissance du système éducatif, et non pas à la seule « demande des autres directions du ministère », comme le dit le décret actuel d’organisation du Ministère de l’Éducation nationale, décret qu’il faut revoir impérativement ;
  • la liberté de publication et de diffusion des travaux réalisés ; et surtout des publications qui soient soumises à un comité de lecture scientifique, et non plus à un visa du cabinet ou des autres directions ;
  • le respect des garanties de la statistique publique pour l’ensemble du système d’informations des ministères ; ainsi qu’une exploitation des nombreux fichiers et bases de gestion informatisés, sous le contrôle d’une CNIL rénovée ;
  • les moyens d’organiser synthèse et cumulativité des travaux conduits dans le domaine de l’éducation, en lien avec l’ensemble du milieu de la recherche en éducation. Cette ouverture à la recherche et la mise à disposition de celle-ci des données qui lui sont nécessaires doivent être des caractéristiques de notre service public.

 

De plus, le retour à un service unifié de statistiques et d’évaluation pour l’enseignement scolaire et l’enseignement supérieur nous semble indispensable ; ce service doit être l’opérateur français des enquêtes internationales.

 

Enfin, les déchiffreurs demandent qu’une instance tripartite (représentants élus de la société civile, représentants des personnels et « usagers » de l’École, personnalités qualifiées françaises et étrangères), indépendante des ministères, ait pour mission « d’évaluer l’évaluation » comme le faisait le Haut Conseil de l’évaluation de l’école, injustement supprimé par la Loi Fillon de 2005.

 

Nous invitons tous ceux qui sont attachés à ce que les nécessaires évolutions de notre système éducatif soient pensées et débattues à partir de données élaborées scientifiquement et de façon transparente, à exiger le respect de ces conditions et l’attribution des moyens nécessaires aux services de statistique et d’évaluation des ministères de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur.

 

Le 1er juin 2012

 

Les déchiffreurs de l’éducation : http://www.lesdechiffreurs.com/



[1] http://abonnes.lemonde.fr/education/article/2012/05/25/vincent-peillon-publie-des-etudes-passees-sous-silence-par-son-predecesseur_1707334_1473685.html?xtmc=peillon_statistiques&xtcr=34

[2] « Les indicateurs relatifs aux acquis des élèves – Bilan des résultats de l’École – 2011 », Rapport du Haut Conseil de l’Éducation, http://www.hce.education.fr/index.php?p=6&art_id=12&args=Y29tcF9pZD0xNCZhY3Rpb249dmlld0RldGFpbCZpZD0xMyZpc0xhc3Q9MXw%3D.

 



One Comment

  1. Sac de noeuds
    14 juin 2012

    Et quel budget pour l’agence d’évaluation ?
    Et qui va évaluer le travail de l’agence d’évaluation ?
    Non mais à force de complexité, il est certain qu’on est en train de s’enliser bien profond !

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