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Les déchiffreurs de l’éducation

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Cet article a été écrit le 30/03/2012, dans la rubrique :
Les vrais faux du moment.

50 000 bacheliers sortis du chapeau

« 250 000 jeunes bacheliers en apprentissage ! »

Quelle est la réalité ?

Le 22 février 2012, le candidat Nicolas Sarkozy annonce qu’il propose que la terminale du baccalauréat professionnel se fasse systématiquement en apprentissage :

«  Il faut absolument qu’on débloque la situation des jeunes par rapport à l’emploi. Il y a une réponse et une seule, c’est l’apprentissage.

Après en avoir beaucoup parlé avec un certain nombre de gens qui connaissent bien ce sujet, notamment Claude Allègre, je voudrais proposer qu’on fasse un complément à la réforme du bac professionnel et que la 3ème année soit systématiquement en apprentissage, en alternance dans l’entreprise.

Cette décision ferait 250 000 jeunes de plus en entreprise. »

(retranscription de l’interview sur : http://www.francetv.fr/2012/sarkozy-sur-france-2-minute-par-minute-101191)

 

250 000 jeunes seraient donc en terminale de bac pro ?

Faux !

A la rentrée 2011, ils étaient 182 839 (France métropolitaine +DOM, source DEPP).

Toujours à la rentrée 2011, les terminales des baccalauréats professionnels agricoles étaient 20 171.

Ce qui donne au total 203 010 jeunes en dernière année de bac pro.

Même si, par inadvertance, Nicolas Sarkozy comptait aussi ceux qui sont déjà en apprentissage, on n’atteindrait toujours pas les 250 000, puisque cela concerne 6 570 jeunes en terminale d’un cursus en trois ans, et 15 896 en fin de cursus en deux ans (statistiques de la rentrée 2010). Mais N. Sarkozy parle bien de jeunes « en plus » en apprentissage, on ne peut donc compter ceux qui y sont déjà.

Pourquoi Nicolas Sarkozy gonfle-t-il d’un quart les effectifs de terminale bac pro qu’il voudrait placer en apprentissage ? La réponse est en partie dans son propos, qui voit dans l’apprentissage « la seule réponse » à l’emploi des jeunes. Il avait en novembre 2010 imprudemment déclaré vouloir doubler le nombre des jeunes en alternance et créé pour cela un ministère de l’apprentissage et de la formation professionnelle confié à Nadine Morano.

Il a renouvelé récemment (voir son discours à Bobigny le 1er mars 2011) cette proposition, en déclarant porter à 600 000 le nombre d’apprentis, à 800 000 et même « un million à terme » le nombre des contrats en alternance.

Or, ça ne marche pas.  Car l’emploi ne se décrète pas (rappelons que le contrat d’apprentissage est un contrat de travail) : le nombre des apprentis est plutôt en régression ces dernières années, avec un changement important de structure (forte croissance des niveaux supérieurs, BTS et plus).

Double coup de baguette magique donc : afficher un quart de bac pro en plus, et imaginer que 250 000 contrats de travail les attendent.

 

 



6 commentaires

  1. Otmane
    3 avril 2012

    Merci pour ces éléments précis. Ils rappellent qu’en France existent encore des gens valorisant une approche scientifique et rigoureuse dans la description de phénomènes sociaux macroscopiques.

    Le blog est très bien réalisé, esthétique compris.

  2. Albert
    3 avril 2012

    Des chiffres erronés? arrangés? des données qui ne décrivent en rien la réalité mais la travestissent? On serait tentés de dire que Mr Allègre a été de bon conseil.

  3. Ozarmes
    4 avril 2012

    Ce qui est produit dans ce texte c’est l’équivalent de ce que fait le commissaire aux comptes dans une Entreprise : vérifier les chiffres. Par contre le coeur de l’affaire c’est 1. la pertinence de l’analyse et 2. quelle stratégie on met en place pour règler le problème si l’analyse indique bien qu’il y a problème !! Ensuite pinailler sur les chiffres, c’est quelque part faire bobo aux mouches !!!

    • Les déchiffreurs
      5 avril 2012

      Quelle analyse pertinente et quelle stratégie d’action efficace peut-on construire sur des données fausses ?

  4. Fred
    4 avril 2012

    Des trois voies : générale, technologique, professionnelle, c’est cette dernière qui coûte le plus cher et qu’il n’est pas exclu de voir réduire à la marge (cf stats du M.E.N. dans lesquelles on serait passé de 1024 LP publics + 723 privés en 1984, à 973 LP publics + 664 privés en 2010).
    Dans ce cadre de désengagement de l’Etat, les multiples relances de l’apprentissage, prennent tout leur sens ainsi que la récente mise en place des GIP subsumant les GRETA, et des UFA publiques dans certaines académies.
    Mais au delà, ces disparités des coûts de formation dans les trois voies, font résonner différemment le généreux discours républicain qui commande de ne pas priver les élèves de sortie de troisième de la culture générale exigible par tout citoyen, et donc de les orienter prioritairement en voie générale, quitte à ce qu’ils se cassent la binette en grand nombre en seconde et soient réorientés dans des dispositifs pansements ensuite (mijen, parcours nouvelles chances …)

  5. François Tomasi
    4 avril 2012

    Merci pour votre travail. Vous devriez être remboursés par la Sécurité sociale ! C’est un fait : nombreux sont ceux qui sont fâchés avec les chiffres. Il suffit de voir notre cher Luc Chatel incapable d’appliquer une simple règle de trois ou bien encore le ministre de l’agriculture qui ne connaît pas la superficie d’un hectare en mètres carrés…
    Votre travail peut être qualifié de civique. Si Socrate était encore vivant, il ferait partie de l’équipe des déchiffreurs !

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