Au revoir !

Après avoir été professeure d’éducation musicale en collège une vingtaine d’années, puis rédactrice en chef des Cahiers pédagogiques pendant quatre ans, je vais devenir à la rentrée inspectrice de l’éducation nationale, 1er degré. Ce sera donc ma deuxième rupture professionnelle, de celles qui vous amènent à miser tout ce que vous êtes, tout ce que vous savez et savez faire, sur une fonction nouvelle à de multiples égards. A faire tapis. J’ai connu une fois les risques que cela conduit à prendre et l’investissement que cela demande, le sentiment de ne plus rien savoir faire bien alors que l’on était à l’aise presqu’en tout, de se sentir toujours en queue de peloton, à la traine et à la peine. Avant que petit à petit des repères dans les récurrences n’apparaissent, que l’on se retrouve à avancer à la vitesse du train, et puis à être finalement un peu devant lui. Avant aussi que sans bruit et sans l’inventer vraiment, un style d’être et de faire n’apparaisse, aux autres bien plus qu’à soi d’ailleurs, et c’est tant mieux, ça évite de prendre la pose. Parce que j’ai déjà connu tout cela, une deuxième fois ne me semble pas hors de portée.

Le parcours qui conduit à décider de changer de voie, pour ne pas dire à changer de vie tellement on se retrouve à regarder une face autre du monde, est pour moi long et exigeant. La décision de quitter mon collège et mes collègues, mes élèves et mes bonheurs de chants, j’ai bien mis quatre ou cinq ans pour la prendre. A la rédaction en chef des Cahiers pédagogiques, j’avais décidé en arrivant que je n’y resterais pas trop longtemps, ça me paraissait mieux pour moi comme pour l’association. Alors, 18 mois avant de redécoller, au bout de deux ans et demi aux Cahiers donc, j’ai commencé à chercher la voie d’après. J’ai commencé à brasser longuement les possibilités, les plus proches et les plus étrangères, à les soupeser, les comparer, les observer à l’aune de ce que je savais faire et j’étais. Et puis j’ai interrogé des dizaines de personnes pour avoir leur avis, pour connaitre leur parcours et humer leur quotidien. La quête tendue vers un but, je l’ai transformée en une promenade fraiche et enrichissante. Je me suis risquée à des entretiens professionnels où j’ai mieux vu ce que j’étais devenue. Et j’ai gardé jusqu’au bout trois ou quatre possibilités. Réussir au concours d’IEN a au final choisi pour moi.

Et une question me taraude : professeure d’éducation musicale, rédactrice en chef des Cahiers pédagogiques, inspectrice de l’éducation nationale, est-ce que quelque chose relie ces trois métiers et explique que je les aies choisis ? (A vrai dire, dans ma tête ça crie plutôt parfois : « Bon sang, tu ne voudrais pas aller pour une fois vers un peu plus de facilité ? ! »…)

Un point commun, c’est d’abord la réaction des gens, petit rosé en main autour d’un barbecue, quand je leur raconte ce que je faisais, fais ou ferai.
-J’étais professeure d’éducation musicale en collège.
-Houlà…
-Je suis rédactrice en chef des Cahiers.
-Waaaah !
-Je vais être inspectrice.
-Non ?!

Le premier point commun, c’est que ça ne laisse donc pas indifférents. Parce que ces trois métiers ont des identités fortes, des représentations marquées et sans doute assez éloignées de la réalité. Voilà qui donne envie de connaitre l’énigme de ces métiers et de la faire connaitre ensuite en étant à l’intérieur.
Ensuite, ce sont des métiers de petits collectifs, qui demandent un engagement inversement propor
tionnel à la taille du groupe pour exister, être connus et reconnus. C’est pour moi une bonne raison de me lever.
Ce sont aussi des métiers dans lesquels on peut, voire on doit, travailler beaucoup. Et ça, mon origine de fille d’épiciers, avec le modèle de mes parents durs à la tâche, fiers lorsqu’ils se levaient tôt et et satisfaits lorsqu’ils se couchaient tard, y est sans doute pour beaucoup.
Enfin, ce sont des métiers dont je ne sais pas, avant de m’y jeter, si je vais m’en sortir, si je vais être capable de les faire bien, ou même pas trop mal. Comme rien n’est gagné, il faut être malin, mettre dans le chaudron toute son énergie, sa patience, ses convictions, son imagination, son expérience, sa disponibilité, et espérer que l’on va trouver, au moins parfois, la bonne recette.

A la rentrée, je serai inspectrice dans le Nord, dans une circonscription près de Lille. Cette région, parce qu’elle ressemblait à ma Bourgogne d’origine, je l’ai tout de suite adoptée. Cette circonscription, parce que j’y ai entrevu une équipe qui m’a rappelé celle des Cahiers, je m’y suis sentie chez moi. J’emporterai là-bas dans mon nouveau cartable ce qui depuis le début ne me quitte pas : le désir de faire apprendre tous les élèves. Mon goût des gens et de montrer ce qu’ils font et sont. Et celui de permettre d’échanger et de travailler ensemble.

Un très grand merci à JiMo pour ses illustrations, dans lesquelles il sait ressembler à ceux qu'il dessine.

11 commentaires sur “Au revoir !

  1. Moi aussi je dis bravo ! Bon travail dans le Nord si attachant. Je garde un excellent souvenir de nos échanges aux Rencontres du Crap en août 2013 et j’ai aimé lire tes billets dans les Cahiers, appréciant leur ton et leur style. Nul doute que tu vas investir tes nouvelles fonctions avec élan et créativité et donner au métier une humanité nourrie de ta sensibilité et de tout ce que tu as engrangé dans tes premières vies. Bonne continuation ! Bien amicalement.

  2. Merci Christine pour tout ce travail de qualité réalisé « aux Cahiers » et bienvenue parmi nous dans la région Nord Pas de Calais.

  3. Mais pourquoi donc les gens qui réflichissent et guident le sysème scolaire de leurs idées et leurs expériences quittent-ils les élèves et le quotidien de professeur ? Je ne comprends pas cette fuite loin des élèves qui, vous le prendrez sûrement mal, vous décrédibilise aux yeux des professeurs qui sont tous les jours devant les élèves ! Je vous ai beaucoup lu et suis, à vrai-dire, déçu apprenant que cous devenez IEN ! Retrouvez donc la classe, la vraie, celle qui vous met 20 heures devant ce groupe de 6 élèves perdus dans le groupe de 28 et dans le système scolaire, devant les collègues, les parents, cette seule expérience qui vous rend crédible devant vos lecteurs mais qui devient très vite caduque quand on la quitte ne serait-ce que quatre ans.
    Thenastywizard, professeur à temps plein de collège, formateur, chargé de mission.

  4. Félicitations pour ce beau parcours… Le Nord, c’est aussi très sympa… La vie associative et culturelle y est très développée…La plage de Malo les Bains est magnifique… Beaucoup de beaux moments personnels aussi en perspective !

  5. Bonjour,
    Vos lignes empreintes d’énergie font échos à l’envie que j’ai de cheminer vers ma première « rupture « dans mon métier d’enseignante.J’ai commencé en tant que prof des écoles il y a 12 ans; depuis j’ai validé et utilisé le capash, assumé avec enthousiasme le rôle de directrice de maternelle; aujourd’hui je suis en congé formation 6 mois et je prépare l’agrégation interne d’EPS… En ayant une formation universitaire de lettres modernes. Il m’arrive vraiment souvent de m’interroger sur les multiples difficultés auxquelles je me retrouve confrontée pour me préparer à ce concours. Si c’est bien le cheminement qui importe… Je suis servie!
    Merci pour le partage de vos différents choix professionnels, complémentaires, sources d’enrichissements et d’ouverture, nécessitant de relever des défis parfois aux antipodes de la facilité…

    • Bonjour,
      Un grand merci pour ces phrases dans lesquelles je sens toute l’envie qui vous porte. On ne sait pas toujours bien pourquoi on fait les choses. Mais on les fait et trouve en chemin certaines réponses aux pourquoi. Mais surtout beaucoup de comment. Je crois pour ma part que c’est ma question, comment ?.
      Je vous souhaite des réussites plurielles !

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