Un café ?

Parfois, je me dis que tout tourne autour de la cafetière, cœur toujours chaud et toujours chaleureux de la rédaction.

Il y a celui de 8h45. Avec du lait ou un sucre. Et la journée s’ouvre dans la douceur des habitudes bonnes, avec Catherine Nowak et Fatou Aidara, mes collègues de bureau. Des collègues de choix, impliquées dans le travail de l’association, se réjouissant des bonnes nouvelles, s’adaptant aux changements, patientes avec mes maladresses. Mais Catherine et Fatou auront été bien plus que des collègues, tellement précieuses pour m’aider à apprivoiser et aménager ma rupture professionnelle il y a quatre ans. Et elles étaient là quand il s’agissait de diluer les soucis dans une tasse de parole. Parfois dans la journée se joindra à nous Amélie Servol, l’âme thé, calme et voyageuse, de la rédaction.

Arrive Cécile Blanchard, mon alter ego, ma collègue rivière auprès de qui tout coule. Pour elle, se sera un thé pendant que nous ferons le point.

Le dessin de Jimo

Il y a le café du monsieur qui nettoie les vitres chaque mois. Pour lui, c’est un sucre et un gâteau. Parfois on parle du Mali où vit sa famille. Il compte les mois qui le séparent d’eux. Encore quatorze mois.

Il y a le café des enseignants, parisiens ou de passage à Paris, qui viennent voir les dernières publications des Cahiers pédagogiques, qui s’asseoient et plongent soudain dans les revues. Je les regarde les feuilleter. Chaque page a pour moi sa petite histoire : l’échange chaleureux avec un auteur, la difficulté qu’a eu Marc Pantanella notre graphiste pour caler ici et pas là un encadré et une photo, la négociation endiablée pour réduire le nombre de références, le souvenir de l’interview du portrait du mois dans un bistrot parisien. Et le visiteur partira chargé, en disant que c’est trop difficile de choisir. Il m’a laissé son mail, a prévu d’écrire un article sur la méthode rien qu’à lui pour améliorer l’orthographe lexicale de ses petits élèves.

Il y a aussi le café des chercheurs qui viennent travailler sur d’anciens numéros. Eux, ils savent où ils vont et ils veulent y aller le plus vite possible. Ils sont nombreux ceux qui se sont saisis d’un fil de trame des Cahiers. Moi, je n’en connais que les motifs et coloris d’aujourd’hui, et encore, pas très bien. Mais la personne penchée sur un exemplaire relié, un peu gris, un peu jauni, me rappelle combien les Cahiers sont une institution, un repère dans l’histoire de l’école. Et combien je serai fière d’y avoir apporté mon petit fil bleu ciel.

Il y a le café du mercredi. Le mercredi, c’est jour de bureau. Je vous les cite tous, parce que le bureau du CRAP, ce n’est pas un bureau de pacotille avec des réunions pour rire. Non, c’est une équipe d’exception : Philippe Watrelot, président du CRAP, Florence Castincaud, directrice des publications, Michel Jaffrot, trésorier, Philippe Pradel, trésorier adjoint, Jean-Michel Zakhartchouk, Roseline Ndiaye, Nicole Priou, Michèle Amiel. Et Cécile Blanchard, ma collègue rivière. Plus bosseurs et fiables, je ne crois pas que l’on puisse trouver. Mais on ne se prend pas pour des cadors pour autant dans ce bureau, chacun connaissant assez bien ses qualités, son style, ses tendances et ses faiblesses. On s’assure mutuellement, en cordée, mais on s’aiguillonne et on se pousse aussi, franchement, pour que chacun et que le groupe aillent le plus loin possible. Alors ce n’est pas une instance limpide, atone et monodique : on y exerce la disputatio avec véhémence, forts de convictions et de personnalités marquées. On y apprend à être contredits, à s’opposer, à changer d’avis ou au contraire à tenir bon. De ce bureau-là, je ne sors pas indemne, mais affermie.

Il y a enfin le café des week-ends de réunions du comité de rédaction, des correspondants académiques et du conseil d’administration. Douze heures de réunions, un marathon, alors que beaucoup étaient au travail le vendredi et y retourneront le lundi. Là, la cafetière devient une fontaine pour la soixantaine de personnes qui préparent les Cahiers et prennent soin du CRAP. On vient à la fontaine pour tenir tout au long du marathon. On s’y retrouve aux pauses pour discuter de ses élèves, ou de politique éducative. Mais aussi pour parler tout bas d’un moment de découragement professionnel, avec celui qui est devenu un ami avec le temps, ou annoncer à l’assemblée réjouie que l’on est devenu papi, ou bien encore prendre un avis, un renseignement à remporter chez soi. Les Cahiers, l’association, c’est très vite que l’on y entre, après le jour où on les a vus luire au loin ; et c’est avec le temps que l’on s’y installe, que l’on s’y joue et rejoue, en tant que professionnel, pédagogue, citoyen, mais aussi en tant que personne qui grandit, s’expérimente, évolue. Cela dure ainsi depuis des décennies. Et, je l’espère de tout cœur, durera des décennies encore.

11 commentaires sur “Un café ?

  1. Joli, à mettre avec 2 ou 3 photos, dans un coin du local, pour que ceux qui viendront près se rappellent ?

    Au passage, cela serait bien un jour d »avoir un écho de ces chercheurs qui viennent chercher sur nos Cahiers. Il y en a tant que ça ?

    • Françoise,
      Un des chercheurs assidus, monsieur Riondet, a écrit un article dans Faits et idées. Et non il n’y en a pas tant que cela mais je n’ai aucune idée du nombre de travaux en cours.

  2. Dans les ans du futur des Cahiers, un chercheur, parcourant l’histoire de notre revue insubmersible et arrivant au millésime 2015, parlera c’est sûr du 7 janvier, de la mort de Charb qui dessinait pour nous avec tant de talent, de la réforme du collège et de sa moisson d’EPI, etc. Mais il viendra aussi, en avril, prendre un petit noir, invité chaleureusement par Christine Vallin, la rédac . Et la cafetière de la rue Chevreul entrera ainsi dans l’histoire…

  3. Ton texte Christine, est lui aussi une rivière qui nous emmène en balade dans l’histoire de nos émotions à travers le CRAP, les CP et les « gens » qui y habitent.

  4. Adorable Christine!
    Toujours le sourire pour nous accueillir…
    Quelle compétence acquise, alors que tu te disais fragile!
    J’aime la façon dont tu parles du Crap, qui m’accompagne depuis 44 ans, et la métaphore de la cafetière pour symboliser les échanges affectifs et intellectuels entre nous…

    • C’est très gentil, merci Michel. Peut-être que l’on agit *parce que* l’on se sait fragile, ou que l’on a peur. Peut-être que c’est un garde-fou. Peut-être…

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