Les derniers billets de la rédac’

Je vais publier une série de billets, en cette quatrième et dernière année en tant que rédactrice en chef. De la même manière que j’avais raconté les coulisses du montage d’un dossier, ou des évènements marquants, j’ai voulu terminer par  des éléments qui ont été pour moi très importants dans cette fonction.

Horizons

Pourquoi ? D’abord parce que l’on parle souvent de parcours professionnels, de changer de métier quand on est enseignants et que ce n’est pas si simple : beaucoup de gens, d’enseignants notamment, se sont montrés curieux, parfois un peu impressionnés, devant le fait que je sois devenue rédactrice en chef alors que j’étais prof. Il n’y a en fait pas de quoi être impressionné, ça n’a été que naturel, fonction de circonstances, de congruence et j’ai envie de dire aux hésitants que c’est possible de faire autre chose, que l’on s’adapte, qu’on sait faire plus de choses que ce que l’on croit, qu’on est plus résistant que ce que l’on pense. Certains me demandent, intéressés pour eux aussi, ce que je vais faire ensuite. Je ne le sais pas encore mais je me renseigne depuis plus de six mois puisque mes démarches administratives de réintégration vont commencer bientôt. J’ai interrogé pas mal de gens sur leur métier, j’en ressors des indications que je pourrai partager. J’ai demandé conseils souvent, avec un peu d’anxiété puisque lorsqu’on a quitté et perdu son poste on ne peut pas demander le connu, et que je ne sais absolument pas ce que je ferai dans un an ; mais avec beaucoup de gourmandise, comme une occasion de connaitre le système éducatif dans ses articulations, et de me connaitre dans les miennes, même celles qui craquent un peu. J’essaie de regarder le plus largement possible, pour ne rien m’interdire par principe, trouille ou manque d’ambition (parce que je suis une femme, ou parce que ça ne se ferait pas de prendre un poste administratif, ou de postuler sur un poste ouvert aux inspecteurs, ou parce que je n’ai pas les diplômes), pour essayer de déterminer ce qui me correspondrait le mieux. Restera ensuite à trancher, à avoir du culot ou de la clairvoyance, et me dire que si ça ne va pas je pourrai toujours modifier ensuite. Mais avoir été capable de changer de vie professionnelle une fois, et de manière décisive, ça donne de l’assurance.

Et j’ai besoin de dire au revoir à cette fonction prenante, compliquée, dévorante, rassasiante, créative, passionnante, inquiétante, formatrice et transformatrice qui m’a fait prendre conscience qu’il devait bien y avoir en moi quelqu’un plus grand que moi pour arriver au final à remplir mes tâches. J’ai besoin aussi de dire au revoir aux visages qui, ponctuellement ou pour certains dans le presque continu, m’ont permis de participer à ce qui à mon sens relève de l’épopée humaine avant même d’être pédagogique : sans eux, pour le coup j’aurais été beaucoup plus petite que moi.

A suivre donc.

5 commentaires sur “Les derniers billets de la rédac’

  1. Bonjour Christine,

    J’ai lu avec gourmandise ce billet. Comme à chaque fois que je t’ai lue. J’aurais pu t’envoyer un email. Mais je préfère écrire ici, il y a des couleurs, des images autour. Et la place est prévue.
    Donc tu vas aller vers d’autres horizons.
    Tu évoques le fait de devenir inspecteur. J’ai toujours pensé que tu aurais un rôle et une approche fabuleuse de ce métier tellement important. Mais ce n’est qu’un avis. Il y a tellement de choses passionnantes à faire.
    Plein de bises

    Odile TM

    • Merci de ce petit mot Odile. Comme tu dis, il y a tellement de choses passionnantes à faire. Mon projet 1 pour le moment, c’est de devenir professeure des écoles. Quelqu’un m’a dit « Vous pouvez aller vendre des gaufres sur une page de Dunkerque, ça vous passionnera aussi ». Là où je pense qu’il a raison, c’est que j’emporte avec moi l’écriture. Et ce qui me meut je crois, c’est d’écrire et décrire ce que j’ai la chance de connaitre.
      Je t’embrasse,
      Christine

  2. Merci Christine,
    Merci de nous faire partager le processus de » transformation » dans lequel tu t’es engagée avec ses doutes, ses surprises, ses tensions, ses perceptions d’avancées, de reculs, de flou, de peurs, de joie et de joies…
    Ce beau partage trouve résonance en chacun de nous et nous encourage à un questionnement fructueux, générateur de mises en actes variées et, comme tu le fais avec générosité, de partage solidaire d’une dynamique bienfaisante car source de pensées et d’actions vers un mieux être partagé.
    Bisous, bisettes,
    Agnès

    • Bonjour Agnès,
      C’est vraiment bien décrit oui. Je pense que je me suis toujours beaucoup appuyée sur l’expérience des autres, nourrie de la vitalité des autres. Je suppose que je fais un peu la même chose.
      J’espère t’envoyer une part de cette « dynamique bienfaisante » en retour de celle que tu m’envoies.
      Christine

  3. Avant d’avoir lu les commentaires, et sans vous connaître (j’ai juste lu quelques billets…), je me disais que ce serait pas mal de vous voir arriver comme inspectrice… Et alors, comme collègue, je signe des deux mains.
    Monter des projets, des échanges, pouvoir donner aux élèves autre chose que de la soupe pré digérée… en bref, essayer de pratiquer des pédagogies actives, qui mettent en activités les gamins, devrait être le B A BA de notre métier. Malheureusement, nous avons de plus en plus de bâtons dans les roues (quand ce n’est pas dans les rotules…) pour monter des projets. La politique des parapluies tue la pédagogie. Et je ne vous imagine pas enfermée dans votre classe, transmettant bien gentiment des contenus livresques élaborés par d’autres…
    Parce que je n’imagine pas, je n’imagine plus, pouvoir faire autrement ; parce que je n’imagine pas, je n’imagine plus pouvoir ne faire que « ma » classe pendant les années qui me restent, je suis persuadé que l’avenir de la richesse des enseignements passe par la mise en réseau d’envies, de besoins, de projets.
    Et parce que nombre d’enseignants ont besoin, pour avancer et faire avancer, de projets concrets, il faut faire partager votre expérience de mobilité, avec ses tenants et ses implications, vos envies, vos projets, vos avenirs.

    Je croise les doigts pour vous croiser un jour au détour d’un projet, d’une idée, d’une réalisation. Devenez « professeure des écoles » (ou plutôt, comme je crois le lire à travers vos écrits, « instit »).

    Frédéric.

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