Bon courage !

A Christophe D., lecteur du 2e rang

Les gens, ceux que je rencontre le matin, mon vendeur de journaux, ma boulangère, ils ne me disent plus l’Au revoir ! qui me laissait croire qu’ils avaient été contents de me croiser et qu’ils seraient contents de retrouver ma bobinette le lendemain. Ils ne me lancent plus leur Bonne journée ! rossignol et qui me souhaitait baisers, grande forme et euros par milliers.

Non, les gens désormais disent « Bon courage… », tonalité do mineur des cavernes, surtout lorsqu’ils supposent que l’on s’en va vers ce destin apparemment funeste qu’est le travail. J’ai remarqué ça avec mon conducteur de métro (oui, personnellement j’ai un conducteur de métro personnel) dont j’entends les conversations avec son aiguilleuse (personnelle) des rails, à travers une feuille de fer en tête de rame : « Prévoir une attente à Corvisart. », « Signalisation réparée Place d’Italie » se terminent systématiquement par le ténébreux « Bon courage... »

Moi, quand on me dit « bon courage », j’entends « Ma vieille, ce que ça va être difficile d’aller jusqu’au bout de la journée, il va t’arriver des déluges de problèmes à résoudre et je me réjouis de ne pas être à ta place. ». Sanglots longs des travaux de l’automne… Et je ne parle même pas du particulièrement plombant pour les gens malades, ce « Bon courage, mon cher Paul », expression innocemment consacrée, qui sonne comme un« Mon pauvre, tu vas en baver pire qu’un crapaud, je te plains ! »

Le courage, de toutes façons ça n’existe pas. Enfin, pas tout seul comme ça, ingrédient magique que les âmes bien nées trouveraient dans leur boite à courage personnelle. Ca revient surtout à culpabiliser ceux qui en seraient soit-disant dépourvus, ces fâcheux, incapables d’arrêter de fumer, de changer de métier, de dire zut à des voisins insupportables, d’être plus forts que la tristesse ou les métastases.

Et si l’effet du « Je te souhaite un chemin de roses et de fraises tagada pour toute ta vie éternelle » est certes tout aussi inexistant, au moins c’est le meilleur, et pas le pire, qu’il souhaite et donne à entrevoir.

Allez, si on se disait tout simplement au revoir, à bientôt, bonne journée, bel été ?

5 commentaires sur “Bon courage !

  1. gardons « bon courage » à celui qui se lance dans la lecture d’un numéro de « la revue française de pédagogie »; « rebondir » pour les spécialistes du triple saut; « proscrivons « ça va être compliqué » pour ceux qui vont simplement à avoir affronter des embouteillages d’été; laissons le verbe « bluffer » pour les parties de poker, etc.
    Mais déjà « incontournable », « au niveau de » et le fameux « et/ou » ont quasiment disparu. Et sachons toujours ne pas confondre innovation linguistique et diffusion de tics en tous genres et de nouveaux stéréotypes. Bon courage pour cette tâche compliquée, et si vous y arrivez, ce sera bluffant et on pourra rebondir.
    jmz

  2. Une phrase qui me parle beaucoup
     » Ca revient surtout à culpabiliser ceux qui en seraient soit-disant dépourvus, ces fâcheux, incapables d’arrêter de fumer, de changer de métier, de dire zut à des voisins insupportables, d’être plus forts que la tristesse ou les métastases. »

    J’ai perdu ma femme victime d’un cancer du cerveau à l’âge de 26 ans, un an après notre mariage, au même moment que Line Renaud perdait son Loulou de mari. Et qu’on qualifiait de courageuse, parce qu’elle continuait sa vie. Alors que la mienne s’arrêtait net …

    J’aimerais te lire un peu plus

  3. Bien vu Christine,

    Je passe mon temps à rétorquer aux profs qui passent à longueur de journée dans mon bureau que je n’ai pas besoin de courage pour effectuer ma journée de travail.

    Je leur dis parfois que personne ne m’a mis le couteau sous la gorge pour devenir chef d’établissement et, mieux, que j’ai obtenu le 1er poste de la liste de ceux que j’avais demandés.

    Bravo pour tes billets.
    Daniel

  4. Toujours pas besoin de courage pour aller découvrir les minots, leurs têtes, leurs besoins, leurs envies, leurs bêtises aussi parfois (souvent pour certains).
    Toujours pas besoin de courage pour aller discuter avec des parents avant ou après l’école, même si parfois on s’écharpe un peu par ce que ceci ou cela (et je n’ai pas toujours raison d’insister…).
    Toujours pas besoin de courage pour me lever le matin, même en hiver, même en été, ou pour travailler à préparer des « trucs et des machins » qui pourront peut-être servir à aider untel ou unetelle à comprendre que…

    Et peut-être que, même quand je serai à la retraite, si j’y suis un jour, je n’aurai encore pas besoin de courage pour continuer à faire ceci ou cela, à agir… ou à ne plus rien faire.
    Ne faudrait-il pas faire vivre à « nos » enfants (aux élèves qui nous sont confiés, en fait) que la vie ne nécessite pas de « courage », mais d’avoir un regard juste et avisé sur ce qui se passe autour, à côté ou plus loin.
    Cela contribuerait peut-être à faire changer la société plus que les bonnes intentions ou les bonnes pensées, les belles « collectes de bienfaisance ».

    Frédéric.

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