Esprit d’équipe : chercher le nord 2/2

Pour aller de Lille à Loos-en-Gohelle, il faut monter à sept heures du matin dans la voiture de Céline Walkowiak, faire une petite heure sur l’autoroute à fond les ballons, et ça, pour quelqu’un comme moi qui tremble dès qu’on dépasse les 52 km/h… Mais la course ne fait que commencer ! Puisque Céline roule toujours à 130 km/h, même sans voiture. Heureusement, Pascal Thomas, principal adjoint de conviction et de raison, sans avancer moins vite, m’a accueillie avec tous les cafés de réconfort que l’on peut.

Je voulais rencontrer Céline Walkowiak et son collègue de jeux pédagogiques Francis Blanquart, parce qu’ils figurent dans les auteurs fétiches des Cahiers. Combien ont-ils écrit d’articles, je ne sais pas trop. Ce que je peux cependant vous dire, c’est qu’ils ne mentent pas dans leurs articles, j’ai pu le constater au cours de la journée de visite de leur établissement : ils mettent des tas de choses en place, ils se posent des questions, cherchent à améliorer les choses et à impliquer un maximum de monde.

Bonjour et merci

Au fil des couloirs et des activités, j’ai découvert pour partie les gens et les choses. Un point fort de l’établissement, c’est, je crois, le travail main dans la main avec la vie scolaire. Je me suis toujours dit que si les deux champs commencent à se tourner le dos, c’est la fin des haricots. C’est du moins une faiblesse pour tout le monde au final. Cette force de l’établissement vient-elle du fait que monsieur Thomas, le principal adjoint, a été auparavant CPE ? C’est possible. J’ai bien aimé ce que monsieur Thomas disait de son métier : savoir trancher, être un facilitateur, se souvenir que tous les rouages de la machine sont importants, diriger en faisant, accompagner les changements (par la formation notamment), montrer ce que les gens savent faire, donner les moyens de travailler en intervenant vite lorsque c’est nécessaire, cultiver la convivialité et être beaucoup sur le terrain. J’ai constaté tout de suite que ce n’était pas que des paroles. Oui, il y avait quelqu’un dans les poignées de main échangées tout au long de la journée et partout dans l’établissement, dans les bonjours et les mercis.

La table ronde sur les habitudes de lecture, en 4e, avait quelque chose de modèle, dans la manière de permettre et d’aller chercher la parole des élèves, en droite ligne des « droits imprescriptibles du lecteur » de Pennac, à grand renfort de boîte à questions, une fille en posant une autre à un garçon. « As-tu déjà voulu lire un livre après avoir vu son adaptation au cinéma ? », « Est-ce qu’on pleure plus facilement devant un livre ou devant un film ? »

L’arme absolue pour défendre le socle commun, c’est le pain d’épices !

Eh bien oui… Comme l’ont dit les enseignants à ce moment-là, travailler en équipe c’est très vite se rendre compte qu’on n’a pas le même vocabulaire, qu’on n’a pas la même représentation de sa discipline, qu’on n’a pas les mêmes critères de réussite, qu’on n’a pas non plus le même rythme et qu’il va falloir s’adapter. Autant dire qu’il en faudra du pain d’épices pour dépasser tout cela, ou plutôt pour trouver comment faire avec cela, pour pouvoir travailler malgré tout ensemble, notamment en interdisciplinarité ou sur le socle commun. J’ajouterais volontiers qu’il faut des tonnes de conviction, des kilos de bonne humeur et un baril d’humilité pour continuer de naviguer entre croire et douter. Ceux que j’ai croisés au collège René Cassin n’en manquaient heureusement pas.

Pour terminer, ce qui est nouveau depuis l’an dernier lors de ma visite, c’est que Francis Blanquart et Céline Walkowiak ont écrit un livre dans lequel ils racontent… mais autant les écouter.

Pouvez-vous nous décrire brièvement le contenu du livre ?

Céline Walkowiak

Ce livre est le fruit de six années de réflexion commune, sur les changements que nous avons opérés, dans nos classes, avec la mise en place du socle commun dans notre établissement et l’intégration de l’approche par compétences dans nos pratiques pédagogiques.

Ce n’est pas un récit d’expérience, c’est la réflexion de deux enseignants sur le terrain devant les élèves et en formation devant des collègues, des formateurs et des chefs d’établissement.

Sillonnant l’académie de Lille de long en large, nous avons tendu l’oreille aux doléances des enseignants, et construit une réponse collégiale, qui croise tous les regards experts que nous avons rencontrés. Nous avons cherché, dans les difficultés d’apprentissage des élèves, non seulement des solutions, mais aussi des réponses à nos propres difficultés d’enseignement.

Nous avons procédé de la même façon pour bâtir cet ouvrage. Pour chaque problématique abordée, nous proposons une réponse interdisciplinaire ou transversale, basée sur les analyses des difficultés des élèves, en termes de compétences. Toujours à la recherche d’un regard global sur les acquis des élèves, nous avons exploré l’entre-deux disciplinaire, là où l’expertise enseignante s’exerce peu, du fait du cloisonnement des enseignements.

Chaque chapitre interroge la façon dont les pratiques communes peuvent répondre aux problématiques récurrentes des établissements et proposent des analyses de terrain. Des outils sont aussi présentés, pour ancrer dans le concret les discours que nous défendons, même s’ils ne sont que des exemples à adapter, et non des modèles reproductibles. Chaque établissement est unique et a à construire de nouvelles pratiques adaptées à ses propres particularités.

 Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’écrire ce livre ? Quels étaient vos objectifs ?

Francis Blanquart

Cette approche interdisciplinaire nous permet de valider, depuis maintenant 3 ans, les compétences attendues dans le socle commun, à partir d’évaluations par compétences qui reposent sur des apprentissages et des pratiques de classe concrètes. Nous avons réussi tous ensemble à mettre nos élèves au travail, à faire du collège un lieu où l’on vient apprendre et grandir. Les discussions pédagogiques avec les collègues sont souvent passionnantes, même si nous ne sommes pas tous toujours d’accord, et nous continuons à nous former et à nous co-former ensemble.

Nous nous sommes créé le lieu de travail que nous souhaitions, et nous nous sommes dit qu’il pouvait être intéressant de montrer comment changer les pratiques d’un établissement, sans être forcément une structure expérimentale, avec des moyens spécifiques, mais juste en ayant une vision globale des nouveaux enjeux de l’école induits par le socle commun.

Une équipe, ça commence à deux. Et c’est à deux que vous avez écrit. Qu’est-ce qui fait que votre duo marche si bien ?

Nous avons les mêmes valeurs professionnelles, et notamment celle de l’éducabilité et de la compétence de tous les élèves. Avant même de nous mettre au socle commun, nous avions monté à deux une option anti-décrochage dans notre établissement, que nous animons en binôme encore maintenant, avec les élèves décrocheurs de 3ème. Nous ne supportions plus de les voir exclus des apprentissages, et nous étions intimement persuadés qu’on peut changer les choses dans un établissement si on est plusieurs à le vouloir.

Nous sommes de plus très complémentaires dans notre façon de travailler, puisque Francis a souvent une vision systémique et à long terme de nos axes de réflexion, alors que je (Céline) suis beaucoup plus centrée sur le terrain et l’analyse des comportements et productions des élèves.

Le fait d’être issus de pôles disciplinaires différents (lettres et technologie) nous a permis de couvrir un plus grand champ d’action interdisciplinaire.

Nous avons de plus grandi et progressé pédagogiquement à deux, de concert, ce qui nous donne une culture commune forte.

En quoi ce livre peut-il aider au travail en équipe large ?

Le livre montre comment on peut ouvrir des discussions pédagogiques dans les établissements, dans les districts, entre les différents degrés. Il explique comment l’interdisciplinarité renforce les disciplines, en exacerbant leurs spécificités. Il montre comment recentrer la réflexion pédagogique dans les établissements scolaires.

Qu’on se le dise :

Le livre « Réussir le socle commun en coopérant entre les disciplines »  (publié à l’ESF, dans la direction Pédagogies dirigée par Philippe Meirieu) sortira le jeudi 14 février.

Il sera présenté par les auteurs lors d’une journée régionale, CRAP-Cahiers pédagogiques, le samedi 30 Mars, à l’Université de Lille 1 (Polytech-Lille), à Villeneuve d’Ascq, autour du dialogue des disciplines. Claude Lelièvre interviendra sur cette thématique et seront présents, pour présenter leurs travaux dans des ateliers, l’équipe du collège Clisthène de Bordeaux, ainsi que différentes équipes de la région travaillant en interdisciplinarité

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