Esprit d’équipe : chercher le nord 1/2

Vous allez sans doute vous en rendre compte tout seuls, mais dans mes interviews je vais aller plus particulièrement à la rencontre d’un personnage parfois réclamé, souvent décrié ; sorte d’Arlésienne ici, de grand impossible là-bas ; de figure qui donne une énergie incroyable ou met un établissement à feu et à sang ; dont l’absence laisse dans l’atonie ou les regrets éternels. J’ai nommé son altesse sérénissime « Le Collectif ». Comment naît-il ? Qu’est-ce qui empêche ou au contraire favorise sa venue, son efficacité ?

Le nord commun

Il y a un an tout juste, j’étais allée visiter deux établissements du nord, le collège Verlaine de Lille et le collège René Cassin de Loos-en-Gohelle. Collège Eclair de ville pour l’un, collège semi-rural pour l’autre. Très bien reçue par les chefs d’établissement et les équipes, enthousiasmée par l’inventivité des uns et des autres, je suis rentrée avec des dizaines de feuilles noircies, et des tonnes d’idées de reportages. Mais mes tâches de première année aux Cahiers ont bêtement écrasé le projet…

Mieux vaut (très) tard que (carrément) jamais : en route d’abord pour Lille, ville des lumières et du fantastique !

J’avais choisi de découvrir le travail en équipe au collège Verlaine à travers leur projet de rédaction d’un journal : le Colvert. Un article dans le numéro 501 des Cahiers a présenté l’expérience bénéfique que cela avait représenté, à double effet sans doute, unissant une classe périlleuse autour d’une équipe d’enseignants, ou inversement… Christine, Alexandre, Rachid (diligent responsable de la radio du collège également, dont il y aurait beaucoup à dire en matière de rigueur de maîtrise de la langue et de souci de perfection technique !), Philippe, Marie-Juliette, Emeric, Emmanuel, Antoine, Martine, tous constataient l’impact sur l’ambiance de la classe et les résultats scolaires, et sur la manière dont le projet avait appris aux enseignants à… travailler ensemble. Oui, parce que cela s’apprend, mais qu’on ne nous l’apprend pas. Cela s’apprend jusque dans les différends. Il paraît que le test de la solidité du groupe, c’est la première dispute, qui revient à sauter sur la glace du groupe à pieds joints !

L’esprit Verlaine

Madame Trémolières, principale, m’avait parlé de l’esprit Verlaine, fait d’exigence scolaire, de réflexion pédagogique et de prise en charge collective et à bras le corps des difficultés extrêmement lourdes de certains élèves. Je pense que j’ai approché celui de Verlaine à travers le journal du Colvert. Le projet est cette année en repos. Gageons qu’il renaîtra. Plus fort peut-être même.

Du Colvert, je ne vous parlerai donc pas davantage. C’est l’équipe des assistants pédagogiques qui a attiré mon attention, peut-être parce que le travail des assistants n’est pas très souvent mis en lumière.

« Sophie, Justine, Anne-Flore et Billal, vous êtes donc assistants pédagogiques. Si je vous dis parcours, travail d’équipe, difficultés, aides ?… » Voici ce qu’ils m’ont répondu.

Sophie : Tiens, je commence. Et je commence avec parcours… Après une licence de mathématiques et informatique appliqués aux sciences humaines, je me suis inscrite en Master sciences et métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation. J’ai préparé le concours le concours de professeur des écoles et voilà j’ai l’écrit ! J’avais besoin de travailler, et je suis très contente d’être assistante pédagogique. En arrivant, à la rentrée, j’ai eu du mal à trouver ma place. Je ne savais pas bien avec qui travailler, tous les élèves ou les élèves en difficulté ?, mais les choses sont posées maintenant. Et je ne viens pas au travail en soupirant !

Justine : Moi, je suis là depuis octobre 2011 et j’ai le même parcours que Sophie, mais avec une licence de psycho. J’ai passé un entretien avec le chef d’établissement et un professeur d’appui. Je voulais travailler dans le milieu de l’éducation, au contact des élèves et acquérir des connaissances et de l’autorité. Je sais que devant une classe j’aurai maintenant moins d’appréhension.

 

Anne-Flore : Je suis arrivée au collège Verlaine en étant inscrite au CNED. Mais préparer le concours tout seul dans son coin, pas facile… Un poste d’assistant pédagogique était disponible ici. Pour l’expérience, pour « faire son autorité », c’est très bien.

 

Billal : C’est ma troisième année au collège et je suis maintenant bien intégré. Je suis arrivé après un DEA en sciences physiques et je prépare le CAPES en physique et chimie. Je vais retenter cette année. Mon objectif, c’est l’enseignement. Je pense que je ne pourrais pas faire autre chose.

A Verlaine, ce que j’apprécie, c’est que l’ambiance est plutôt apaisée avec les élèves. Leurs rapports avec les professeurs, la direction ferme, tout cela évite la dégradation, les incivilités.

 

Anne-Flore : Ce que l’on fait en équipe ? On suit particulièrement la liaison CM2-6e, l’histoire des arts avec les CM2. Et puis en fin d’année est née l’opération Sciences en jeux (avec des sciences et des maths). On aide aussi au suivi des exercices donnés chaque semaine.

Justine : On est là en accompagnement éducatif, pour prendre les devoirs, apprendre une leçon. Avec Lucie, on intervient dans l’atelier journal. Et aussi sur les sorties, comme celle au musée des Beaux-arts de Lille.

Anne-Flore : Parfois on se propose sur des projets, parfois c’est sur demande des professeurs. On signale aussi les élèves qui selon nous auraient besoin d’un Projet personnalisé de réussite éducative, un PPRE.

Sophie : L’autre jour, une enseignante avait besoin d’un travail sur une demi-classe : c’est le mercredi que l’on se répartit ainsi sur les demandes des enseignants. C’est sûr que les assistants permettent aux élèves d’être davantage encadrés, individuellement.

Anne-Flore : On a des relations particulières avec les élèves. C’est un avantage et un inconvénient : on peut parfois motiver, mais parfois aussi ils ne savent pas où est la limite.

Billal : Parfois, le courant passe mieux avec nous.

Sophie : Il faut dire que pour moi, ça a mal commencé à l’école. Je travaillais peu, ça ne m’intéressait pas. C’est seulement au lycée que j’ai compris pourquoi travailler. Je crois que c’est un atout pour comprendre les élèves.

Justine : Moi c’est un peu différent : j’étais une bonne élève, mais du type de ceux qui ont des difficultés. Je connais la persévérance, je sais qu’il faut travailler pour réussir. C’est un message que je peux faire passer.

Anne-Flore: Moi, c’est au lycée que j’ai rencontré des difficultés. En fac, c’est plutôt le problème de la motivation. Je sais que j’ai besoin d’un moteur et du coup travailler avec Justine m’aide.

Billal : Depuis tout petit je suis le premier de ma classe. Le problème pour moi, c’est de me préparer (en candidat libre) tout en travaillant ici à Verlaine… et dans un autre établissement.

Anne-Flore : La difficulté pour moi, c’est d’être confrontée dans les couloirs aux élèves qui ne nous connaissent pas.

Justine : Oui, le comportement des élèves demande d’avoir la bonne réaction au bon moment. C’est beaucoup plus difficile avec ceux que l’on ne connaît pas. Si on les voyait tous, on aurait une relation construite.

Sophie : On a un rôle ambigu, il faut dire. Les élèves nous tutoient et nous appellent par nos prénoms. Peut-être qu’installer le vouvoiement permettrait de poser notre statut… Entre les élèves et nous, c’est moins tendu qu’avec les assistants d’éducation. Peut-être parce qu’on est considéré comme aidants. Mais les élèves acceptent mal que l’on soit « contre » eux, qu’on leur demande d’obéir.

Billal : Mais je trouve que ce qui aide le plus, c’est d’échanger entre nous et avec le professeur d’appui, le fait donc de ne pas être tout seuls. Oui, ça aide beaucoup, cet esprit d’équipe, le fait que les profs soient vraiment avec nous.

Après Lille, direction Loos. En voiture !

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