Politis et Tice – Politique et Tic

Lycée, maîtrise de la langue, corps à l’école, pédagogie dans le supérieur, apprendre avec le numérique. Un deux trois quatre. Cinq. Et ce dernier dossier, à n’en pas douter, fut pour moi le dossier le plus politique. Politique, c’est curieux hein ? Oui parce que le numérique, on a l’impression comme ça que c’est un truc froid, blanc et propre comme un lavabo. Et que ça ne ferait pas soulever la paupière des plus zébulons d’entre nous.

Mais pas du tout ! « Celui qui croyait aux Tice et celui qui n’y croyait pas ». Après la désignation du sous-vice-ministre-délégué-aux-affaires-scolaires et les résultats du PSG (OL, OM, OChoix), le numérique, voilà le sujet propre à vous exploser les groupes les plus soudés, qui se démènent pourtant le reste du temps serrés serrés autour d’une cause commune !

Dessins Laurent Bru

Alors quand Caroline Jouneau-Sion, Guillaume Touzé et Françoise Colsaët ont rendu à la rédaction en chef le dossier « Apprendre avec le numérique », je me suis vue partir en croisade : ce dossier serait politique, ce dossier serait un dossier de réconciliation entre ceux qui croyaient aux Tice et ceux qui n’y croyaient pas. Et si ça ne marchait pas, alors tant pis vous m’appelleriez Jeanne et pourriez griller un peu mon étendard, ou mes doigts de pieds si vous étiez très en colère. Caroline, Guillaume et Françoise avaient passé plus d’un an à récupérer des textes, ils n’avaient pas manqué de témoignages. L’enthousiasme coulait à flot entre les lignes. Ils m’ont raconté ce qu’ils avaient trouvé et ce qui leur avait manqué et m’ont aidée à boucler la boucle. Le temps de la rédac’ était venu. Compte-à-rebours. Une trentaine de jours avant le départ à l’imprimerie.

« Comment on évite de fâcher avec les Tice ? » je me suis demandé. Comme je fais partie des fâchables dans le domaine, je le savais pour partie : il ne faut pas qu’on me cite des outils, des techniques comme s’il s’agissait de jouets pour les bébés de deux ans, il ne faut pas qu’on m’utilise une expression anglaise toutes les deux phrases, il ne faut pas qu’on me lance un fumeux «Hmmm… ça doit probablement venir de la configuration du bios. Je verrai ça quand j’aurai le temps, à moins que tu ne veuilles t’en occuper. », il ne faut pas qu’on m’annonce que maintenant avec Baker II, Zipoude 5, ou Newbit ma vie va enfin commencer, il ne faut pas me laisser penser que tout ce que j’ai fait en lecture sans manuel numérique à rétroprojection instantanée c’était zéro. Non, faut pas… Sinon j’ai l’impression d’être une Sanzizi au milieu des Jennaideu. Et ça c’est The moyen pour me faire fermer un bouquin, un site, une conversation.

Mais au fond, sur le numérique ou sur quoi que ce soit d’autre, un dossier des Cahiers pédagogiques a besoin d’être… pédagogique. Je sais ce dont j’ai besoin pour entrer dans un dossier, en tant que rédac’. J’ai besoin que l’on m’explique comment ça marche, j’ai besoin de croiser les hésitations et d’entendre les pensées vaciller. Il faut que je demande des précisions et si vraiment, vraiment… J’ai besoin de suivre les parcours des enseignants qui se jettent dans le bouillon frémissant et de rapporter des photos où on les voit faire le crawl. Il faut que je sourie en entendant parler les élèves. Et que les chercheurs me donnent leur avis dans un langage que je comprends ; il m’arrive même de leur casser la tête jusqu’à ce que je percute. Il faut que je sente monter le goût de retourner d’urgence dans mes classes essayer ce qui est dit. Il faut que j’aie envie de rencontrer des auteurs, d’entendre leur voix ou de me retrouver à manger des cacahuètes chez certains, pour qu’ils me racontent autrement ce qu’ils écrivaient dans leurs articles.

Le dossier « Apprendre avec le numérique » est parti hier à l’imprimerie. Dedans, il y a des paroles d’élèves, des hésitations, des chercheurs qui ont allumé ma lanterne, des comment ça marche, des photos de classes. Et moi j’ai rencontré des auteurs, parfois avec, parfois sans cacahuètes.

Quand j’étais prof, les élèves me disaient parfois « Vous y croyez trop madame ! ». En ce dossier de Caroline, Guillaume et Françoise en particulier, je pense que j’ai un peu trop cru aussi. Politique je vous dis, ce dossier de la réconciliation…

 

*Special thanks à Florence Castincaud pour son aide en coulisses.

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Tenez, je vous présente un nouvel illustrateur des Cahiers pédagogiques. Il s’appelle Laurent Bru. Vous découvrirez ses dessins dans le dossier, mais vous en voyez en avant première ici ! Des dessins tout frais, à tout point de vue. Laurent, un petit mot ?

J’ai commencé à 3 ans et à 10, j’ai senti que j’allais beaucoup dessiner car c’était une activité dans laquelle je ne voyais pas le temps passer. Mes modèles en dessin sont Sempé, Pratt, Voutch ou encore Comès. Ce que j’aime dans le dessin c’est le fait de pouvoir exprimer un sentiment ou une ambiance à ma manière. Ce qui me déplait, c’est le fait de rester si longtemps assis.

Le travail que j’ai fait pour les Cahiers Pédagogiques m’a plu car je pense que le rapport entre les individus et le numérique est un sujet à la fois complexe et passionnant. Il ne faut pas oublier l’approche plus traditionnelle, en intégrant les atouts indéniables des nouvelles technologies. C’est un enjeu pour chacun de nous…

Laurent Bru

4 commentaires sur “Politis et Tice – Politique et Tic

  1. J’ai adoré l’humour, et aussi la patience du pédagogue qui cherche à comprendre. Moi, j’ai renoncé depuis longtemps à croire que des « trucs » techniques (que ce soit la télévision scolaire, la quadrichromie dans les manuels, les TICE, etc…) peuvent se substituer à une réflexion sur la relation des adultes et des enfants, sur la transmission des savoirs, sur la construction des relations qui vont des uns aux autres. Sans savoir où l’on va, difficile de trouver le bon moyen de transport.
    Sans savoir pourquoi il faudrait y aller, difficile de faire sa valise.

    • Bonjour voisine de blog, (pour ceux qui ne connaîtraient pas le blog de Véronique Decker, blog des Cahiers aussi, courrez-y, voilà une dame qui pensagit !)

      J’espère bien que pas une fois dans le dossier on sentira qu’un des trucs techniques ne s’est passé de la réflexion dont vous parlez, sur les relations et les savoirs. Vous me direz, entre deux billets ? Quant à savoir si pour se mettre en route il faut commencer par décider du moyen de transport, de la destination, de la bonne raison pour partir, ou du compagnon de voyage peut-être aussi…
      Merci de cette visite, chère voisine !

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