Les mains de Camille

Presque pas un billet
Le secret d’une fleur des champs

 Prendre forme. Il me semble que si j’étais Camille Claudel c’est l’expression que j’emploierais en voyant naître un visage de chair sous mes mains d’argile. Eh bien un dossier des Cahiers pédagogiques, je peux en attester maintenant que j’en suis à mon troisième, ça prend forme. En son visage singulier. Il faut du temps pour ça. Il faut l’avoir lu et relu, y avoir plongé cent fois les mains des yeux, les mains de la pensée, les mains de l’imagination.

Au début, les 25 textes patiemment rassemblés par les coordonnateurs, sans doute qu’ils parlent aux coordonnateurs, mais ils ne me disent rien. Etrangers. Parce que je ne suis pas, comme eux, passée et repassée dans les articles, parce que je n’ai pas noué de relation avec leurs auteurs. C’est pénible et un peu démoralisant même au début d’avoir devant moi cette énorme boule de mots qui ne parle pas. Du marbre. Et mes mains nues…

Alors, du temps oui, il faut du temps. Pour chaque texte. Puis pour les textes ensemble. Il faut suivre les traits de texte sous ses doigts en fermant les yeux. Deux ou trois semaines à ne pas savoir, ou à savoir sans savoir. A chercher ce qu’on cherche. Dialogues dans la nuit avec ceux qui ont écrit.

Ensuite, même lorsqu’ils sont tous dans la maquette, disposés par Marc Pantanella notre graphiste, lorsque les dessins sont situés, lorsque les titres ont leur place dans les parties, lorsque les intertitres donnent une tête, rigolote, poétique, sérieuse, souvent je ne suis pas encore bien. Parce que ce n’est pas ça… Les traits sont là, le visage apparaît, mais d’expression, aucune. Il reste des pages informes et l’ensemble ne prend pas. Alors ça bataille…

C’est énervant quand vous ne savez même pas ce qu’il faudrait pour que ça devienne ça. Quel texte il faudrait déplacer, quel autre il vaudrait mieux mettre sur le site parce que dans le dossier il n’est pas en valeur. Quelle photo il faudrait agrandir, quel encadré il faudrait créer, quel dessin il faudrait changer. Dans ces moments-là je crois bien que je suis à éviter. A contourner prudemment en pantoufles. Je suis plutôt une fille gentille, mais là pas.

Jusqu’au moment où à force de déplacements, changements, essais, de Ah oui ! et de Oh non… soudain, ça y est. Soudain l’expression sur le visage surgit. C’est ça. C’est là ! Soulagement. Il se remet à faire soleil. La boule de mots qui ne me disaient rien se met à me parler, fort. Et à chanter, et à rire ! Elle a pris forme. La forme d’un visage. Le visage d’un nouveau dossier des Cahiers pédagogiques.

Ca c’est passé hier. Hier le dossier sur le corps à l’école est devenu vivant et il a surgi sous les mains d’une Camille qui n’est pas vraiment moi. Qui est tous ceux qui ont conçu ensemble, le comité de rédaction, les auteurs, les coordonnatrices Odile et Armelle, la déléguée Hélène, Marc et la Rédac’.

Hier, c’était un joli jour.

5 commentaires sur “Les mains de Camille

  1. Un vrai plaisir de pénétrer dans les coulisses d’un dossier des cahiers pédagogiques qui prend … corps … grâce à tous les membres qui lui donnent forme et vie.
    Merci de m’avoir invité à y participer

  2. Et puis on ouvre l’enveloppe vite vite, on commence à feuilleter le dossier, on retrouve tous les textes qu’on avait déjà lus et relus… mais on se sent quand même un peu surprise. Toutes ces portes ouvertes au fil des mois, avec les courants d’air, les clefs trop compliquées et les impasses, se sont enfin organisées. Merci Christine et tous les autres !
    Armelle

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