Marc attaque !

Aujourd’hui j’ai prévu de vous envoyer la carte postale des derniers jours de réalisation d’un dossier. Je vais vous le faire en descente en piqué, sur plusieurs billets sinon vous auriez le vertige. Vous allez voir ce que vous allez voir…

Rappel des épisodes précédents : à la rédaction en chef, on reçoit le gros paquet de textes des coordonnateurs d’un dossier, textes qu’ils sont allés chercher à la sueur de leur front, ou à la lampe de poche, en un an et des centaines de mails. Vous vous souvenez ?

 

Ensuite à la Rédac’ on relit en travers et en large, puis à la loupe et aux ciseaux, pour arriver à 230 000 signes bien lisibles, bien compréhensibles. Après, Marc Pantanella notre graphiste prépare le mooooonstre, tous les textes couchés à la queue-leu-leu sur le papier, qu’il faut mettre dans le bon ordre sans laisser de blancs. Vous vous souvenez aussi ?

 

Et à ce moment-là, après avoir dormi à côté du monstre, il faut aller s’asseoir à côté de Marc qui n’en est pas un de monstre, ou alors pas trop méchant… S’asseoir avec un cahier. Un gros cahier. Et noter de faire ceci et cela. Et puis faire ceci et cela.

Photo Amélie Servol

-Qui c’est Marc ?

-Est-ce qu’il a une barrette ?

-Noooooon…

-Est-ce qu’il aime les sous-pulls avec un gilet à fermeture éclair?

-Nooooon…

-Est-ce qu’il est blonde aux yeux bleus?

-Nooooon…

-Alors je donne ma fève au chat.

****

De braise et de glace…

A gauche, Marc, catégorie Le géant de la maquette, des années d’expérience aux Cahiers. Connait ses rubriques sur le bout de son écran. Faut pas lui en raconter. Il sait ce qu’il veut. Et aussi ce qu’il ne veut pas. Il a tout le monstre sous les yeux. Il voit des blancs à combler et il sait comment il va les remplir. Et non, sûrement pas comme ça, malheureuse ! Il a aussi des tas d’astuces, de solutions, de « et on pourrait faire ».

A droite, Rédac’, catégorie Poulette, zéro Cahier à son compteur. S’est débattue trois jours et trois nuits avec les articles en désordre. L’est bien décidée quand même à en découdre. Elle a eu des idées. Quand on est catégorie Poulette zéro Cahier, tout ce qu’on sait faire en gros, c’est pondre des idées. Alors quand elle a fait une idée la rédac’, elle devient facilement du genre « je te lâche que quand tu auras dit oui tu dis oui dis ? » Une de ses idées, c’est de mettre des photos. Plein de photos.

Ca commence. Et ça commence mal. Il faut 49 pages dans le dossier. Et… argh il manque trois pages. Trois pages, incroyable ! Alors ils cherchent. Et ils comptent. Et ils retrouvent. Et ils ont leur compte. L’a tremblé, la rédac’…

 

 

 

« Poulette, sors ton gros cahier. » Et c’est parti, Marc attaque ! Ici il manque une citation détachée, là, mettre des intertitres en gras, ficher ce titre sur deux lignes, enlever 340 signes ici, en rajouter 123 là, ajouter un paragraphe, réduire le chapô (chapô c’est un joli mot au milieu de tous les vilains mots qui font peur dans la grosse voix de Marc-le-géant. Chapô, c’est introduction, quelques lignes qui donnent du suspense à l’histoire, il était une fois de gentils élèves avec un gentil professeur et un jour il arriva ce qu’il arriva.) et ça continue comme ça deux heures durant. Et puis la rédac’ quitte le bureau, les joues rouges et les yeux brillants. Fin du combat.

***

Bon, il faut reprendre le cahier noirci et tout rectifier. Vous pouvez pas vous imaginer le temps que ça prend… Enfin, vous pouvez pas vous imaginer comme tout prend du temps… En tout cas je ne m’en doutais pas, avant. C’est peut-être parce que pluie, neige, ou tsunami, une heure de cours c’était toujours une heure de cours. Là, chaque activité a l’air de s’étirer en bâillant, et d’en prendre à son aise, et de déborder tout le temps de la case initiale.

Les textes sont maintenant tout bien relus, ils ont trouvé leur place dans le projet de maquette, mais ils n’en ont pas encore fini : il faut les envoyer à une magicienne. Notre magicienne à nous elle s’appelle Virginie Ducay. La voilà…

Elle est jolie hein ? C’est normal, aux Cahiers il n’y a que des gens jolis.

Une Virginie, tous les élèves de France, et tous les grands qui font des fois des fautes, ils rêveraient d’en acheter une ! Seulement on ne la trouve pas dans les magasins, elle est que à nous, que aux Cahiers pédagogiques.

 

Virginie, elle prend les textes un par un entre ses petits doigts délicats, elle les verse dans une potion magique de sa composition en lançant une incantation, et là les textes ressortent, nickels, raie au milieu et rouge à lèvres framboise qui déborde pas.

Terminés les ponctuations, pluriels, conjugaisons inopportuns. Et puis elle donne un petit coup de sonnette qui chante « Voilà voilà ! ». Et les textes reviennent à la Rédac’. Plus une faute qui traîne.

Magique je vous dis. Mon collègue Patrice en parle comme ça : « Curieux métier que celui qui se remarque d’autant moins qu’il est bien fait. » Et là avec Virginie il ne se voit pas du tout…

 

Plus qu’à envoyer l’article à l’auteur pour accord, en lui disant comme on est content de pouvoir mettre un texte de lui dans les Cahiers et qu’il peut encore rectifier ce qu’il veut. Et va falloir recommencer comme ça 24 fois, pour les 24 articles, les 24 auteurs. Évidemment il manque trois adresses mails. Et une autre ne marche pas…

 

 

 

Pour la suite, là ça rigole plus et je préviens ceux qui craignent les manèges à sensations, avec grandes montées et grandes descentes, de même que ceux dont le cœur serait un peu fragile, pas assez sportif ou un peu trop amoureux : quittez ce blog et ne revenez plus jamais ! Pour les autres, à plus tard…

 

 

20 commentaires sur “Marc attaque !

  1. Quand je suis à la Rédac’ des Cahiers et que je viens de mettre un billet en ligne, je l’envoie à Catherine (Kat) et Fatou (Fatou) pour qu’elles le relisent. Et j’attends. Et même je tends le nez vers leurs bureaux pour voir s’il leur fait quelque chose, mon billet. Si elles sourient un peu. Font des commentaires.
    Merci Catherine (Kat) et Fatou (Fatou) mes premières lectrices correctrices !

  2. sympa comme tout ces coulisses et cela permet de connaitre les petites mains, grosses têtes —ou est-ce l’inverse?…….les chevilles « ouvrières » (quel beau mot, n’est-ce pas!!) des cahiers. Bravo pour idée et réalisation!

    • Merci de ton passage Andrée, j’apprécie !
      Et j’en viens à me demander si j’ai déjà croisé des grosses têtes aux Cahiers… Je ne crois pas. Ou alors elles ne sont pas restées. Des gens qui y croient, ça c’est sûr. Mais s’y croient ?
      Alors oui, ça doit être l’inverse, comme tu dis.

  3. J’ai connu la préhistoire, des collages de textes , souvent manuscrits ou retapés sur mon archaique machine à ‘écrire, et des échanges postaux (la poste fonctionnait bien, souvent J plus 1, mais quand même!) avec deux prestigieux acolytes, Meirieu et Astolfi, moi qui étais alors un jeunot de la rédaction en chef. Mais il y a toujours cette continuité; c’est plus pro, c’est adapté à notre temps, mais je me sens toujours dans la continuité, tout en disant mon admiration devant ces évolutions. Et l’humour toujours savoureux de Christine est un beau plus.
    Pour le dernier numéro, c’est moi (et ma collègue Anne, héroîne de Clisthène) qui ai fait souffrir la rédacchef avec des textes trop longs qui ont nécessité coupures et sacrifices. J’attends maintenant le résultat dans les tout prochains jours (le 495)
    jmz

    • Je ne pense presque jamais aux prestigieux dont tu parles, sinon ça me fait trembler. Et on fait mal son travail quand on tremble.
      Pour le reste, je me suis déjà souvent demandé comment je pourrais parler de toi dans ce blog, et de Florence Castincaud, de Marie-Christine Chycki, de Raoul Pantanella, de Pierre Madiot, de Françoise Carraud qui sont les rédacteurs que je connais ou ai connus. Et ton commentaire le fait tout seul.

      D’abord tu rappelles que les rédacteurs en chef se sont succédés et se succèderont. Il faut se savoir de passage, maillon dans la continuité. Puis disparaître de la fonction et reprendre sa place initiale, en aidant les petits jeunots un peu agaçants qui vont devenir rédacs ensuite, et vouloir faire mieux, faire autrement. (Parce qu’on ne fait rien si on n’a pas cette envie et la croyance ou l’illusion qu’on en est capable.)
      Comme dans ton commentaire ici, tu ne m’as jamais tenu de longs et pompeux discours. J’ai appris au fil des années ce que je sais faire en m’asseyant simplement à côté de toi et en tenant à jour le tableau des textes des dossiers qu’on coordonnait ensemble.

      Tu acceptais mes idées comme si tu ne les avais jamais eues avant.

      Merci pour ton commentaire et pour tout le reste, Jean-Michel.

  4. « un gilet à fermeture éclair? »
    « fermeture Éclair » est une marque et doit s’écrire avec une capitale.
    En outre, le point d’interrogation doit être précédé d’une espace.

    « les textes ressortent, nickels »
    « nickel » employé comme adjectif est invariable.

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