Le monstre dans ma chambre

Quatrième carte postale : le monstre
Vendredi 11 novembre-dimanche 13 novembre

Ca y est je l’avais, mon paquet de textes bien taillés, organisés selon un plan qui fonctionnait. Marc Pantanella, notre graphiste-qui-s’y-connaît, m’a imprimé des feuilles en me disant : « Voilà le monstre. » J’ai demandé tout de suite si c’était un vrai nom ou un petit sobriquet gloups joli. Il a répondu que c’était un sobriquet joli. Moi, j’ai vu pendant trois jours que c’était un vrai monstre…

 

 

Qu’est-ce que c’est que cette bête que Marc m’a laissé pour m’amuser pendant mon week-end ? Il s’agit de l’ensemble du dossier en tout petit tout mignon. Des textes, on voit juste les titres et la disposition.

 

 

 

 

 

On devine les espaces qui restent à combler, ou les coupures que l’on aura à faire parce qu’un texte tombe mal et déborde un peu sur la page suivante, ou les déplacements à inventer parce que ça tomberait mieux. Vous les voyez vous aussi ?

 

Avant de me laisser partir, Marc a ajouté d’un air solennel « C’est l’heure des décisions… » Je pense même qu’il songeait à poser sa main sur l’épaule en me signifiant « Ce n’est qu’un mauvais moment à passer… » Patrice a rajouté à l’envoi : « Le moment du monstre, je ne l’aime pas beaucoup. » Le week-end a effectivement été long et je ne l’ai pas aimé beaucoup non plus…

 

 

Faut que je vous dise : j’ai un sérieux problème avec les représentations dans l’espace. Si vous voulez me perdre en chemin, ou rire un bon coup, vous me faites entrer dans un magasin et vous me regardez me remettre en route… généralement du mauvais côté. Animation assurée pour vos soirées entre amis. Là c’est un peu pareil que d’entrer dans un magasin : il faut imaginer des modifications et les garder en pensée pendant que vous engagez en pensée d’autres modifications. Et le tout sur… sur tout ça… Autant vous dire qu’après des modifications aux pages 2, 3, 4, 6, 8 moi je n’aurais plus du tout imaginé comment allait se présenter la page 10. Et même, je sentais bien qu’à la page 4 j’étais déjà prête à sortir du magasin dans le mauvais sens !

Alors voilà en quoi a ressemblé mon week-end du 11 novembre : à une déclaration de guerre entre le monstre et moi. D’abord je l’ai nargué : « Montre-toi si t’es un homme ! » et voilà que je l’ai vu s’étaler sur le parquet de ma chambre.

Bon sang, c’est vrai qu’il était impressionnant…  Quelle idée j’avais eu de lui demander un truc pareil ? La journée, j’ai tourné autour du monstre. Et la nuit c’est lui qui est venu hanter mes cauchemars. J’ai fait tout ce que je pouvais pour retarder le moment. Tout le boulot que j’avais mis de côté pour plus tard, c’était pour maintenant ! Absolument tous les prétextes ont été bons pour ne pas attaquer la bête. Je me demande si je n’ai pas envisagé de calligraphier le règlement intérieur du CRAP !…

Le dimanche soir, c’était la débâcle de l’armée française. Des essais de crayon de papier, barrés, réécrits, rebarrés. Alors j’ai sonné « Aux morts » au clairon : Sol dooooo. Sol dooooo. Sol dooo do do sol do mi soooooool. Ca résonnait fort dans ma chambre. Garde à vous.

A suivi une troisième nuit à entendre gronder le fauve à côté de moi. Et à 5 heures 44 du matin le lundi, je rendais les armes et envoyais un mail à Marc : « Voilà trois jours que j’ai devant moi le monstre, et que je n’arrive à rien. Je ne vois rien. Rien. A part ce monstre posé sur le parquet. J’ai besoin de m’asseoir à côté de toi cet après-midi. Et que tu me montres. Et de voir les modifications. Je travaillerai ensuite à partir de cela d’ici demain, où tu es encore à Paris.» Et la cavalerie pantanellesque est arrivée : «D’accord, on va regarder ça tous les deux, ne t’inquiète pas.» C’est ce qui se passe souvent à la rédac des Cahiers. Quelqu’un comme Marc, Catherine, Patrice, Fatou ou Amélie, quelqu’un qui connaît bien son boulot arrive sans rouler les mécaniques, et vous tire d’un mauvais pas.

 

Ragaillardie par Marc, j’ai sauté dans le bar du TGV, j’ai demandé un petit café et j’ai étalé une dernière fois le monstre. Je dois dire que j’ai fait sensation dans le wagon ! Et là en une heure tout s’est débloqué. J’ai trouvé des solutions à proposer à Marc.

Le monstre était devenu un petit lézard inoffensif et il s’est laissé dompter. Je crois même que je l’ai gratté sous le cou et qu’il a ronronné.

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