Femme de peu de foi !

Troisième carte postale : Femme de peu de foi !

Mercredi 9 novembre

Avant, quand j’étais prof, c’est la sonnerie qui m’indiquait que j’étais un train de faire mon travail. Et pour moi c’est très important de savoir que je suis en train de faire mon travail. Très important d’être sûre que j’en fais assez. Mais dans ce travail de permanent, eh bien il n’y a plus de sonnerie. Ca porte bien son nom, permanent. Plus de cadre d’heures, plus de socle d’emploi du temps autour duquel on tourne.

II était pourtant moche comme toutes les sonneries, d’école, de réveil ou de téléphone, mais figurez-vous qu’il me manque beaucoup, le driiiiiiiiiiin qui m’indiquait que je commençais puis finissais puis reprenais mon travail. Là, dans ce temps continu, dans cette espèce de no time’s land, j’ai l’impression d’être toujours-jamais au boulot. Et ça, ça vous fout dans l’inquiétude. Pas un truc grave non, simplement dans l’état de quelqu’un qui a peur d’arriver en retard à un rendez-vous amoureux. « C’est l’heure, là ? Non, pas encore ? T’es sûr que ta montre est pas arrêtée parce que moi j’ai bien l’impression que je suis en retard. Et là c’est l’heure non ? ». Et parfois c’est comme ça qu’on loupe le rendez-vous… Et l’amoureux !

Comme ce n’est plus le temps qui me structure, j’ai besoin de me raccrocher à d’autres choses. Besoin oui, vous savez ce truc qui vous prend dans le ventre et vous amène inéluctablement quelque part, à un endroit ou à une manière qui vous réconfortera. Et voilà ce qui remplace la sonnerie, ce que j’entendais et qui me disait « C’est bon, du calme, tu travailles là maintenant. » : c’est ce que je vois. Femme de peu de foi, j’ai besoin de visible. D’objets en trois dimensions que je me pose devant les yeux, que je peux toucher, déchirer, sentir, classer, empiler, déplacer, porter et qui rassurent mon cerveau et ma conscience. J’ai besoin de résultats, d’effets. Besoin de kilos, de mètres cubes.

En voilà du visible, 3D, belle surface aussi, le paquet de textes à coupe bien égalisée, brushing, lissage, la totale.

Besoin de visible donc. De le voir et de vous le montrer. Le voici !

Et maintenant ? On peut faire un plan sur une feuille avec papier crayon. Ou sur un écran. Ou dans Plume notre super logiciel de textes. Ou même dans la tête. Mais non, ça ne me suffit pas. Alors tenez, regardez.  Le voilà qui apparaît mon plan. Qui sort de terre ! C’est un petit film. Muet. En quatre images par minute. Et ne vous fatiguera ni les oreilles ni les yeux !

Le Lycée : plan en quatre parties après introduction. Allez vérifier dans votre numéro de ce mois qui vient de sortir ! Ben oui, ça a marché ! Et vous pourrez dire « J’y étais presque ! ».

2 commentaires sur “Femme de peu de foi !

  1. Bon, ça fait un moment que je l’ai dans la tête, mon commentaire, Mais là, Christine, je ne peux pas être d’accord : « le driiiiiiiiiiin qui m’indiquait que je commençais puis finissais puis reprenais mon travail. Là, dans ce temps continu, dans cette espèce de no time’s land, j’ai l’impression d’être toujours-jamais au boulot. Et ça, ça vous fout dans l’inquiétude. ». Tu crois qu’il n’y a que les rédacteurs en chef qui sont dans le temps continu ?Tu crois que le « drinnn » de la sonnerie me dit que mon travail est fini? Rappelle-toi, il n’y pas si longtemps, toi aussi, tu sortais de ta classe avec dans la tête la liste des choses à faire pour le prochain cours, je veux dire toutes celles auxquelles tu avais pensé pendant le cours : « ah oui, faire une fiche d’exos pour truc qui en veut mais à des lacunes sur ça », « et penser que je leur ai promis un interro sur çi » et  » voir le CPE pour untel »… tout ça bien sûr en plus du paquet de copies que tu viens de ramasser, de la préparation de cours que tu avais faite, mais que tu vas remanier parce que pendant cette heure tu n’as pas avancé comme prévu…etc.
    Peut-être certains collègues arrivent-ils à arrêter de travailler quand la sonnerie retentit. Pas la grande majorité de ceux que je connais en tout cas. Ou alors exactement ceux que je ne fréquente guère.
    La preuve de tout ça ? Depuis le 9 novembre, je n’ai pas trouvé le temps de te faire ce message ; heureusement qu’il y a des vacances ! Donc je retourne préparer mes cours pour la rentrée.
    Bises

  2. Tu t’y attends peut-être : « J’ai pas dit ça ». C’est la colonne vertébrale, le cadre qui disparaissent, les cases fixes qu’on nous donne le jour de la pré-rentrée. (Après, bien sûr qu’on brode autour quand on est prof). Je pense beaucoup aux cadres des entreprises qui précisément n’en ont pas, de cadre. Le continu il est dans la tête. Et il faut le cadrer d’une manière ou d’une autre je crois.
    Merci de ton passage Françoise. Et… très bonnes vacances sans sonnerie, avec ou sans travail !

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