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Recension parue dans le N°424 de mai 2004

Pour une anthropologie des savoirs scolaires. De la désappartenance à la réappartenance

Jacques Lévine, Michel Develay, ESF éditeur, coll. Pratiques et enjeux pédagogiques, 2003

mercredi 5 mai 2004







Deux auteurs (un psychanalyste bien connu des enseignants et un professeur de sciences de l’éducation tout aussi connu par les mêmes) pour un grand et beau livre au titre un peu énigmatique : Pour une anthropologie des savoirs scolaires. Il est d’ailleurs intéressant de noter que, parmi les sciences humaines présentes dans le champ éducatif et plus particulièrement dans les sciences de l’éducation, l’anthropologie n’est, à ma connaissance pas présente. Alors pourquoi la convoquer ici ?
Tout simplement parce que, comme il est dit dès l’introduction, « l’anthropologie requiert une redéfinition de la notion de sujet » (p. 14). Avec elle « il s’agit de penser le rapport entre l’unité de l’humanité et la diversité, de vérifier la tension entre des particularismes existants et une problématique universaliste, de sonder la dialectique de l’un et du multiple, du global et du local ; de « penser l’autre et le même sous leurs aspects les plus divers » (p. 10). Ainsi l’anthropologie des savoirs scolaires « vise à considérer les conditions de développement suffisamment bonnes de l’enfant à l’école, susceptibles de l’instituer en humain capable à son tour de créer de l’humain » (p. 11).
Et, dans ce livre, les auteurs explorent cette question en quatre chapitres tous passionnants qui suivent le chemin tracé par le sous-titre : « de la désappartenance à la réappartenace ».
Deux chapitres consacrés à ce concept de désappartenance : « Assistons-nous à la naissance d’un nouveau peuple scolaire ? » et « Peut-on lutter contre la désappartenance ? » Oui sans doute, répondent les auteurs en montrant notamment que : « Deux processus sont en train de se conjuguer : les enfants refusent de se sentir moins forts que les adultes dans le même temps où les adultes cessent de se sentir plus forts que les enfants. » (p. 30) Et ils poursuivent en explorant ce qu’ils nomment « la dure loi de l’hétérogénéité ». Pour gérer cette hétérogénéité il faut envisager une « remise en cause radicale du mode de fonctionnement et des finalités de la classe, une autre façon de faire groupe avec le groupe, avec les savoirs et les problèmes de la vie » ce que les auteurs appellent « un nouveau type de groupalité ».
C’est ce « nouveau type de groupalité » qui est présenté dans les deux autres chapitres, l’un consacré au « Moi groupal » des élèves, l’autre à celui des enseignants. Difficile de résumer la richesse et la finesse des exemples de situations, des analyses et des propositions faites. Partant d’une sorte de description anthropologique de l’organisation des relations sociales, les auteurs en montrent les conséquences pour les élèves au sein des groupes-classes pour conclure : « L’élève, pour être un élève, a besoin d’être à la fois un élève et un « Nous », c’est-à-dire quelqu’un qui a les mêmes droits que n’importe qui de s’instaurer « penseur du monde » (p. 82) C’est pourquoi « l’enseignant de deuxième type » « cherche, pour répondre aux impératifs de la pédagogie anthropologique de la diversité, à donner la parole à des dimensions de l’enfant qui, jusqu’alors, étaient pratiquement mises hors circuit » (p. 120). On le voit, l’ambition est forte. Les auteurs parlent parfois d’utopie, mais, avec ce livre, ils nous accompagnent avec force et simplicité vers une simple pédagogie de l’humain pourrait-on dire pour conclure.

Françoise Carraud



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