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mardi 13 janvier 2009

Une réaction au discours de Nicolas Sarkozy sur le lycée à Saint-Lô

Par Pierre Madiot, rédacteur aux Cahiers pédagogiques

Face au pouvoir politique et au pouvoir de l’institution, la parole des acteurs de l’école - élèves, enseignants, parents - a toujours du mal à se faire entendre, comme le montre dans ce texte Pierre Madiot à l’occasion de la présentation du livre « L’école enfin expliquée aux parents(et aux autres) ».
Le CRAP-Cahiers pédagogiques va prendre plusieurs initiatives pour faire entendre cette voix. Avec d’autres organisations, très prochainement, sur la réforme du lycée. Et à l’occasion des deuxièmes Assises de la pédagogie qui auront lieu le 21 mars à Paris avec comme titre : « Changer l’école, avec les enseignants ».



Serons-nous les maîtres-Jacques du pouvoir ?

L’épisode de la dernière réforme avortée du lycée a mis en évidence que tout ce qui touche aux questions de structure du système éducatif déclenche plus de rejet que les modifications, même importantes, des programmes et des méthodes pédagogiques. À plus forte raison quand le ministre entend passer en force. À l’inverse, on a vu par ailleurs que les injonctions en matière de lecture ou de calcul ou de socle commun par exemple n’inquiétaient pas au point d’entraîner un recul du ministère.

Par contre, ce sont les élèves, convaincus qu’on était en train de changer les règles du jeu et peut-être de truquer la partie, qui ont fait entendre leur voix.
En ce moment, ce sont les instituteurs qui organisent la résistance aux conséquences de la réduction de la semaine et de la mise en place d’une aide individualisée organisée en dépit de tout ce qu’on sait sur les évaluations et sur les rythmes scolaires.

Ce qui est en jeu là, au-delà des questions de découpage du savoir, de rééquilibrage des disciplines, au-delà du principe de l’aide individualisée ou de l’assouplissement du cursus des élèves de seconde, c’est la place des acteurs -enseignants, élèves et parents- dans le processus d’apprentissage auquel les structures institutionnelles servent de cadre.
Toucher au cadre : (hétérogénéité, heure de cours, groupe-classe, temps et rythmes scolaires) c’est toucher à la relation pédagogique et interroger les programmes.
C’est mettre en question l’équilibre entre l’autorité de l’institution, l’autorité des savoirs institués, la parole des maîtres et celle des élèves.
C’est poser la question d’une démocratisation capable de faire en sorte que chacun se saisisse des savoirs qui le rendront apte à remplir une fonction sociale et à exercer sa citoyenneté.

Or, le pouvoir politique a, la plupart du temps, le plus grand mal à penser le problème de l’école dans sa globalité au point de cibler son action soit sur les structures du système en faisant l’impasse sur les méthodes et les contenus (ex. le collège unique), soit sur le métier d’enseignant et le statut d’élève (ex. la loi de 89). Les découpages disciplinaires semblant à jamais figés dans les formes académiques imposées par les savoirs universitaires. Le dernier rebondissement qui donne au ministre de l’éducation la responsabilité des contenus tandis que le Richard Descoings serait chargé de faire évoluer les structures et que Martin Hirsh s’occuperait de l’autonomie des lycéens, en dit long sur la vision qu’on se fait de l’école en haut lieu. Les élèves et les enseignants, tiraillés entre de multiples fonctions qui s’ignorent, y ressemblent au maître Jacques de Molière, voué à changer de costume et à recevoir les coups de bâton...

Pierre Madiot


Voir la présentation de l’ouvrage de Pierre Madiot : « L’école enfin expliquée aux parents(et aux autres) »

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