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S’il est normal que les élèves soient parfois à la peine, le doute s’installe quand les difficultés s’accumulent, quand les obstacles deviennent insurmontables. L’élève qui n’avait jusque-là que des difficultés devient un élève en difficulté. Et si on n’y prête pas attention, un élève en décrochage.
Les structures et les dispositifs d’aide aux élèves en difficulté se sont multipliés, avec l’effet paradoxal d’évacuer les cas qu’on ne saurait prendre en charge, pour préserver l’essentiel, à savoir la classe, le programme et les pratiques hérités du passé.
Depuis quelques années s’imposent les notions d’inclusion et d’individualisation. Les élèves en situation de handicap, élèves ayant des besoins éducatifs particuliers, élèves en grande difficulté scolaire, tous viennent accentuer encore l’hétérogénéité des classes. Double injonction bien délicate pour les enseignants  : la même norme pour tous, l’individualisation, voire la personnalisation des apprentissages pour chacun. Double écueil  : la vaine prétention à gérer dans le même cadre collectif les élèves en difficulté, au risque de l’impuissance  ; tout reporter sur des enseignants spécialisés, intervenant à l’extérieur de la classe, au risque de l’abandon. Mais voilà  : croiser le fil des deux démarches pour retisser les apprentissages, plus simple à dire qu’à faire...

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mercredi 6 juin 2007

N°454 - Dossier "Enseigner en classe hétérogène"

Les effets positifs de l’apprentissage vicariant

Par Jacques Bert

Depuis le rapport Delaubier, publié en 2002, le système scolaire français a franchi un pas vers la reconnaissance des spécificités cognitives des enfants à haut potentiel intellectuel (dits « surdoués » ou « intellectuellement précoces ») et les enseignants ont été sensibilisés à l’échec particulièrement injuste de certains d’entre eux. Jacques Bert nous apprend que la PMEV ferait particulièrement bon ménage avec la précocité.


Cinq après la publication du rapport Delaubier, force est de constater que les aménagements proposés pour cette catégorie d’enfants - regroupement dans des classes spéciales, accélération du cursus, enrichissement des activités ou « compactage » des apprentissages — peinent à montrer leurs avantages et leurs inconvénients parce qu’ils ne sont pas suffisamment expérimentés sur le terrain, très peu dans le service public, et que trop peu de retours d’expériences sont publiés pour valider l’un ou l’autre.
Parallèlement, et sans lien avec le constat précédent, la gestion de l’hétérogénéité des niveaux de performance et d’acquisitions scolaires des élèves est assurée quotidiennement dans les classes qui fonctionnent en utilisant la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant, mise au point et expérimentée dans les années 90 en Nouvelle-Calédonie.
Cette pédagogie s’inspire des travaux réalisés dès les années 70 par les Américains, notamment Bloom, sur les rythmes et le rendement des apprentissages (mastery learning ou « pédagogie de maîtrise »), travaux repris par une équipe suisse - avec Huberman et Perrenoud entre autres - qui a affiné leur travail. Par ailleurs, le canadien Bandura a travaillé sur l’apprentissage vicariant dont le français Reuchlin a pressenti qu’il pouvait avoir des applications pédagogiques.
Dans les années 90, Michel Monot, I.E.N en Nouvelle-Calédonie, et son équipe ont mené une expérimentation, qui ne voulait être qu’une stricte mise en application de la réforme des cycles. S’il est vrai qu’au départ, cette expérimentation n’a pas été menée à l’intention des enfants intellectuellement précoces, il s’avère aujourd’hui, et cela a été vérifié sur le terrain, que la méthode utilisée peut répondre à leurs besoins.

Du sur mesure

Les objectifs de cette méthode sont en effet en adéquation avec les besoins de cette catégorie d’enfants. Vouloir respecter le rythme et les possibilités de chacun, c’est aussi admettre et vérifier, qu’à âge égal, les niveaux de performance et d’acquisitions scolaires des élèves ne sont pas homogènes. Permettre aux maîtres d’observer et de comprendre ce qui se passe dans les activités d’apprentissage, c’est leur offrir l’opportunité de constater et de comprendre que les enfants intellectuellement précoces ont un fonctionnement cognitif spécifique qu’on ne soupçonnait peut-être pas, au point de les confondre parfois avec des élèves intellectuellement retardés.
Concrètement, dans cette organisation de la classe, certains élèves effectuent les tâches proposées plus vite que d’autres qui connaissent des difficultés. Ce fonctionnement permet donc d’éviter l’ennui aux élèves les plus rapides, mais il a aussi l’avantage d’exploiter cette avance au profit des autres.

Pour qu’il y ait apprentissage vicariant, il faut que soient en présence, face à un apprentissage donné, des enfants qui ont déjà maîtrisé cet apprentissage et des enfants qui, le découvrant, vont avoir besoin de prendre des repères pour se l’approprier. Il faut que des enfants aient pris une certaine avance sur les autres, pas toujours les mêmes selon les tâches à accomplir, pour qu’on utilise leurs procédures d’acquisition et de réflexion au bénéfice des autres. Il faut également que les savoir-faire de ces élèves avancés soient rendus visibles et interrogeables pour permettre aux autres de prendre des repères, ce qui oblige les élèves qui ont réalisé la tâche proposée à expliciter leur démarche. Ceci n’est pas sans intérêt dans le cas des EIP dont l’une des caractéristiques est la difficulté à décomposer leurs raisonnements.
Le recours à l’apprentissage vicariant permet l’apprentissage de l’auto-évaluation et celui de la gestion de ses propres apprentissages. C’est en prenant des repères sur des camarades plus avancés que l’élève se fait une idée de plus en plus précise des tâches à accomplir et qu’il parvient à mener à bien ce qui lui était inaccessible au départ. L’enfant en tire une règle de gestion de ses apprentissages en se consacrant d’abord aux tâches qu’il juge à sa portée et en recueillant auprès des plus performants les indices qui vont lui permettre de se mettre à la hauteur des tâches qui ne lui sont pas initialement accessibles.
La classe fonctionnant en PMEV est donc fondée sur une gestion de l’hétérogénéité qui, pour être fonctionnelle, reste limitée et contrôlée afin que chacun en tire un bénéfice.

Pour les élèves en difficulté, pour les « atypiques »

L’intérêt de cette méthode est indéniable pour tous les enfants, et particulièrement pour ceux qui se trouvent en difficulté parce qu’un enseignement frontal homogène ne leur convient pas. On trouve dans cette catégorie les enfants en retard scolaire mais aussi tous ceux qui ont un profil atypique, et parmi eux les enfants intellectuellement précoces.

Les avantages particuliers que peut représenter cette méthode pour cette catégorie d’enfants sont multiples :
- La PMEV permet de vérifier que les enfants en difficulté scolaire ne sont pas tous intellectuellement retardés et qu’il peut se trouver parmi eux des enfants à haut potentiel intellectuel non détectés.
- Ces enfants sont justement précoces dans le traitement de l’information, et ils ont appris plus tôt que d’autres à relever des indices pour les traiter, se mettre en situation-problème et non en situation de simple enregistrement sensoriel. Leur mise en difficulté est tout particulièrement choquante car elle est contre nature. La PMEV pourrait leur permettre, au contraire, d’utiliser leurs capacités.
- Dans les classes où elle est appliquée, outre que cette méthode soit un moyen de résoudre le problème devenu insoluble de l’hétérogénéité croissante des classes, elle permet aux enfants à haut potentiel intellectuel de suivre une scolarité à leur rythme en restant intégrés à des classes ordinaires avec des enfants de leur âge, tout en bénéficiant d’un crédit-temps leur permettant de se consacrer plus longuement à des matières habituellement reléguées au second plan, ou aux centres d’intérêt qui leur sont spécifiques.

Jacques Bert, Directeur d’école publique retraité et animateur du site SURDOUES-INFO

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