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La chronique de Nipédu. N° 534 - Enseigner les langues aujourd’hui

YouTube : un espace d’aide personnalisée ?

Régis Forgione, Fabien Hobart, François Lamoureux et Nicolas Olivier


Qui ne connait pas le phénomène des YouTubeurs ? Ces jeunes adultes au dynamisme démultiplié par le tempo endiablé de courtes vidéos en ligne ont surclassé au panthéon des cours de récréation les stars du ballon rond et autres chevaliers aux sabres lasers. Leur force à eux : la réalisation impeccable de vidéos faites maison, une proximité affichée avec leur audience cible, un propos décontracté qui contraste avec la technicité, l’expertise et parfois l’ésotérisme du contenu (la reproduction des jardins de Babylone sous MineCraft ou les douze astuces pour un maquillage express réussi le matin). Ces capsules savamment postproduites, bardées d’effets façon Snapchat, sont, en somme, un véritable condensé des codes langagiers et sémiotiques de leur jeune audience.

L’attrait des élèves pour ce média n’aura pas échappé au pédagogue à la recherche de sa prochaine séquence d’enseignement. Comment ne pas être frappé par ces adolescents ou jeunes adultes qui convoquent avec talent tant de compétences ? Écriture, présence face caméra, montage, postproduction, dimensions techniques et matérielles, scénographie, publication sur les plateformes dédiées, communication sur les réseaux… Nous laissons le soin au lecteur praticien de mettre en regard cette liste avec les capacités du programme.

Revenons à notre enseignant. Il tient quelque chose. Le voilà à l’œuvre pour scénariser sa séquence qui, c’est décidé, aura comme produit final une vidéo format youtubeur conçue, réalisée et publiée par les élèves. Cette vidéo pourra être utilisée par le groupe apprenant comme trace mémoire pour réviser les connaissances clés du chapitre ou destinée à une autre classe pour lancer, par exemple, une séquence d’inspiration classe inversée.

L’enseignant va bien entendu viser des éléments de connaissances propres à sa discipline et à son programme : l’ubiquité du monde bactérien, le statut des femmes dans la France de la seconde moitié du XVIIIe siècle ou la notion d’emprunt en musique. En bon ingénieur pédagogique, il va lui-même réaliser une première vidéo pour faire émerger les contraintes matérielles et conceptuelles propres à l’exercice.

Partage d’expertise

Le projet est enthousiasmant et ambitieux. La tâche semble effrayante de technicité, et pour cause ! Notre enseignant aura sans doute besoin de l’expertise partagée d’un groupe de collègues, dans l’établissement ou en ligne, capables de mettre en œuvre, dans des temps, des espaces et des modalités d’enseignements diverses et articulées, les séances nécessaires à la production de ladite vidéo.

Au-delà de sa visée pédagogique, la réalisation de cet outil et objet didactique par et pour les élèves illustre assez bien le souci d’adapter les stratégies d’intervention à l’évolution des modes d’apprentissage et aux médias qui la conditionnent. Elle invite à une réflexion globale sur les objectifs, les contenus et les moyens techniques pour y parvenir, réflexion qui relève de l’ingénierie pédagogique et qui passe par la mise en synergie des compétences individuelles dans des projets collectifs ambitieux.

Régis Forgione, Fabien Hobart, François Lamoureux et Nicolas Olivier


Nipédu fait peau neuve
Ce sont désormais quatre auteurs podcasteurs issus du premier et du second degrés, praticiens et formateurs, du public et du privé, que vous pourrez retrouver chaque mois en ligne et dans nos pages pour une rubrique #École #Éducation et #Numérique.
L’épisode 72 de Nipédu Reboot ! :
http://nipcast.com/nipedu-72-reboot

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