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Article paru dans le n° 465 des Cahiers pédagogiques, septembre 2008

Voyages et sorties : on a besoin de parents médiateurs

Anne-Marie Rabany

L’auteur a mené une enquête dans cinq collèges en Zep ou RAR sur les relations entre les associations de parents d’élèves et les établissements. Parmi les nombreux modes de coopération qu’elle a vus à l’œuvre, elle retient le travail commun autour des voyages et sorties.

Les principaux et leurs adjoints organisent avec les parents élus diverses commissions sur des aspects variés : absentéisme et signalement des absences ; usage du téléphone portable ; sécurité dans et aux abords de l’établissement, dans les cars ; note de vie scolaire ; voyages et sorties pour obtenir un calendrier, un protocole qui tienne compte du coût des sorties, de la durée, d’un encadrement qui ne gêne pas les cours… Dans l’exemple ici retenu des sorties et des voyages, le travail en commun conduit à dépasser le niveau de l’organisation administrative et financière pour traiter de questions éducatives ; les associations de parents se font les relais pour présenter les objectifs poursuivis et réduire ainsi les réticences.

Des projets ardemment discutés

Les sorties scolaires avec nuitée font l’objet d’un débat spécifique pour obtenir le respect de la participation de tous les élèves d’une même division. Des familles ont besoin d’être sensibilisées à l’intérêt d’un tel séjour. Les associations de parents mais aussi de femmes-relais acceptent d’être des intermédiaires pour lever les barrières sociales et culturelles : une médiation interculturelle indispensable.

Les financements sont étudiés mais on ne s’en tient pas aux aspects matériels car bien évidemment il est aussi question de mixité, d’éducation à la citoyenneté. Il est vrai que ce moment de vie collective partagé avec l’ensemble de la classe n’est jamais banal dans l’expérience sociale d’un adolescent et qu’il inquiète. C’est sans doute pour ces raisons que les voyages avec logement chez l’habitant sont souvent écartés, même si les possibilités d’appariements sont étudiées pour les séjours linguistiques dans les villes des jumelages. Des projets de voyage liés à une correspondance avec un pays d’Afrique relèvent d’une autorisation spéciale et peuvent être remis en cause au dernier moment par la crainte des risques du transport mais aussi d’instabilité politique ou tout simplement la peur d’une expérience sortant vraiment de l’ordinaire.

Chacun sait combien un élève, dans de nouveaux contextes d’apprentissage, peut faire preuve de ses compétences et ainsi valorise sa famille. La manière dont les adolescents vont pouvoir rendre compte de leur sortie à leurs parents est une dimension abordée comme partie du projet (courriel, film, carnet de bord individuel puis exposition, projection, débat en invitant les adultes). Les conditions dans lesquelles une mobilisation familiale peut intervenir sont discutées dès l’élaboration. Il s’agit d’inciter les familles à porter un regard sur les recherches préparatoires, de discuter et ainsi partager les travaux de restitution qui gardent une dimension scolaire.

Quelques sorties sur une journée ou deux ont vraiment conduit à des débats animés, moins pour des raisons matérielles que pour des raisons éducatives. Il s’agit de sorties à Caen, à Verdun et en Alsace. Parmi les représentants des parents, certains soulignent que ces visites correspondent à notre vision de l’histoire, socle de notre identité nationale. D’autres précisent que nous sommes dans une ère de concurrence des mémoires. Nous serions aussi dans une culture «  victimaire  » qui se développe. On finit par s’entendre sur l’utilité de rappeler la mémoire sans tomber dans l’excès de commémoration, rappeler le passé sans tomber dans la culpabilisation. Quelques personnes défendraient plutôt l’idée qu’il faut aller vers le devoir d’histoire et non vers le devoir de mémoire et dépasser l’émotion forte volontairement créée.

Stratégies familiales

De ces travaux en commun, autour des sorties et voyages, il ressort une connaissance plus fine des familles et de leur style éducatif en fonction de l’âge et du sexe des enfants, de la taille de la fratrie. Chacun voit bien comment le milieu social influence le style de cohésion familiale qui, à son tour modèle les pratiques éducatives et le regard sur les apprentissages. Les associations de médiateurs constatent que certaines familles ont comme seul repère leur scolarisation élémentaire, souvent nostalgique, et que leur tactique scolaire est soustractive ou d’abstention. Les interventions auprès des plus fragilisées servent à lutter contre un évitement qui prendrait valeur de stratégie défensive : se tenir à l’écart c’est aussi protéger son identité, dans la mesure où le miroir de l’école condense tous les rayons d’une perception sociale stigmatisante émanant du lieu de résidence. Les associations participent avec les personnels de l’établissement à soutenir la bonne volonté des familles, liée à l’idée d’un «  métier de parents  ». L’ouverture à des pratiques socioculturelles comme les sorties, offrant des voies de socialisation moins dépendantes de l’environnement immédiat du quartier, permettent d’utiliser l’école dans une perspective de valorisation parentale.

Anne-Marie Rabany
Inspectrice vie scolaire, académie de Versailles


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