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L’actualité éducative du N°421 - février 2004

Vous avez dit : « changer l’école » ?

Par Edith Miquet


Débat dans mon collège :
- Mardi, quarante personnes dont huit parents, une dizaine de personnels non enseignants, pas de direction. Deux salles, l’animation est confiée à de jeunes profs débutants en matière d’animation, mais les groupes se sont, en partie autorégulés.
- Samedi, jour imposé par le recteur pour que les parents viennent nombreux : vingt-cinq personnes, des enseignants, seulement trois parents venus un peu à la carte. Une seule salle.
Les grandes lignes (analysées avec ma part de subjectivité) :
- 1. la question essentielle : « l’école de la République » n’étant pas posée clairement puisque cette question n’avait pas été retenue, le débat fut inévitablement à dominante « technico-professionnelle » plutôt que citoyen (politique ?) ;
- 2. assez souvent est revenue l’idée de « projet collectif », de « travail collectif » sur lesquels il y avait une sorte d’accord tacite, avec cette grande inconnue : qui donne le « ton » ? ;
- 3. il n’y avait pas d’opposition franche à l’hétérogénéité mais beaucoup étaient d’accord pour dire que lorsqu’il n’y avait pas de brassage social cela n’avait pas tellement de sens puisqu’on avait une forte proportion d’élèves avec des résultats faibles ou très moyens. (Revenus en salle des profs un bon nombre de collègues reconnaissaient qu’ils étaient pour l’hétérogénéité sociale... mais qu’eux ne jouaient pas le jeu pour leurs propres enfants) ;
- 4. pour les IDD peu d’opposition franche mais énormément de critiques sur la mise en place qui caricature le projet. Peu d’opposition franche mais peu de gens convaincus que c’est vraiment une manière de travailler autrement...
- 5. surprise des surprises (pour moi) : des affirmations venant des moins de trente/trente-cinq ans (nombreux au collège) à propos de suivi individuel des élèves, de « pédagogie différenciée », d’orientation etc. Ils pensent qu’il y a des élèves qui sont des manuels, qu’il leur faut donc moins d’activités intellectuelles et une orientation précoce ; l’école, y compris le collège, est là pour aboutir à un choix de métier. Mais la question « Pourquoi est-ce justement dans les milieux pauvres qu’il y a plus de manuels ? » n’a pas été entendue et, comme une collègue (plutôt traditionnelle) de ma génération, et moi défendions le « collège unique » nos jeunes collègues nés avec ce collège nous ont dit « vous, vous NE VOULEZ RIEN CHANGER A L’ÉCOLE ! ».
Pour certain, en 2003 le changement c’est l’orientation précoce ! Eh oui !

Édith Miquet