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La chronique de Nipédu du n° 561

Vaccin pédagogique

Régis Forgione, Fabien Hobart, Jean-Philippe Maitre


À l’heure d’écrire ces quelques lignes, se termine la quatrième semaine de confinement. La suite dira si elles sont à dater au carbone 14 ou restent d’actualité.

-* Immunité
L’école a subi de plein fouet l’attaque du Covid-19 et le confinement généralisé qui s’en est suivi. L’agent infectieux rend impossible de faire classe physiquement.

Quelques jours avant, le ministre Blanquer annonçait que le système éducatif français était prêt pour l’enseignement à distance. Très vite, trop vite (mais c’est un autre débat [1]), la continuité pédagogique [2] est présentée comme le vaccin pédagogique et tout se passe donc comme si nous étions déjà immunisés grâce aux outils numériques en place.

-* Pathogène
Prenons la définition d’un vaccin : une substance pathogène qui, inoculée à un individu, lui confère l’immunité contre une maladie.

Il s’agirait donc de stimuler les défenses immunitaires pédagogiques à coups de classe virtuelle, d’ENT (environnement numérique de travail) et, disons-le, de manière générique, à grand renfort d’école numérique, si tant est qu’elle existe.

L’efficacité d’un vaccin tient au fait d’inoculer un antigénique suffisamment fort pour développer une immunité adaptative contre l’agent infectieux, mais suffisamment bénin pour ne pas faire plus de dégâts. On songe forcément aux débats actuels sur la fracture sociale renforcée avec l’école à distance.

-* Nouvelle souche
Un vaccin n’est efficace que s’il est constitué à partir de souches précédentes, or il n’y a aucun précédent pour ce qui nous intéresse : aucun cas de télé-enseignement à cette échelle. Il a donc fallu expérimenter, tâtonner, inventer avec les moyens mis à disposition et surtout avec les moyens du bord.

Les outils académiques pas du tout calibrés pour une crise de cette ampleur sont tombés dès les premières heures. Les plus hardis et agiles se sont mis à travailler en dehors de tout protocole, à l’aide de solutions alternatives plus fonctionnelles : il fallait accrocher au plus vite un maximum d’élèves et de familles. Le rappel à l’ordre et au RGPD (Règlement général sur la protection des données) a été lancé dans un second temps, sans doute un peu tard tant il est difficile de se défaire d’une solution bien en place au risque de perdre élèves et familles, parfois si difficilement accessibles.

-* Essai clinique
Comme pour l’arrivée de la maladie en France, ou le manque de masques, il a donc d’abord fallu annoncer à cor et à cri que le système était prêt, un des meilleurs au monde (étonnant de voir que la réaction de beaucoup de pays touchés a été assez similaire, chacun est le meilleur), pour peu à peu voir se rétrécir et se rétracter chacune de ces certitudes et formules politiques.

C’est au sortir de la crise qu’on pourra tirer des leçons et potentiellement produire un vaccin pédagogique, ou tout au moins, restons modeste, ouvrir des pistes.

Gageons que les États généraux du numérique éducatif d’ores et déjà annoncés par le ministre [3] iront en ce sens de manière clinique, objective, et sauront tirer le meilleur du laboratoire actuel.


[1Voir l’épisode 114 de Nipédu, «  Continuité pédagogique  » https://tinyurl.com/ya5tckyg

[2Bruno Devauchelle : «  À distance : continuité, rupture, changement… de quoi parle-t-on ?  »,
https://tinyurl.com/yaj7nb4j

[3Annonce faite le 5 avril 2020 sur France Inter.

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